Ecrits

Une histoire humaine !

Ecrit par Michel Tagne Foko le 14 avril 2018. dans La une, Ecrits

Une histoire humaine !

Un Américain nigérian a dit : « lorsque vous rentrerez, n’oubliez pas de mettre des chaussettes propres, on déchausse les gens à l’aéroport de Lomé ». Un Togolais norvégien a dit : « ah, c’est cool, jusqu’à la fin, ces Togolais m’ont rendu ce pays exotique […] ». Une dame de Guinée Biseau a dit : « c’est la même chose en Israël, c’est pour lutter contre le terrorisme ». Un Américain béninois a dit : « il paraît qu’ils ont peur des djihadistes de Sokodé [ville à forte population musulmane, où il y a souvent des manifestations et des morts] ». Un Américain togolais a répondu : « Il ne faudrait quand même pas exagérer […], ils n’ont que des bombes de Sorabi [boisson locale, bien alcoolisée]. Combien de ces gens à Sokodé ont les moyens de prendre un avion ? ». Un Français togolais a répliqué : « Pour faire exploser un aéroport, on n’a pas besoin d’être dans l’avion. Il suffit d’avoir une ceinture explosive et entrer vers le hall des départs […] ». Un autre dit : « Ne dis pas ça, ils sont tous fous à Sokodé. Bientôt, ils vont demander l’indépendance de la ville et instaurer la charia ». Les gens ont éclaté de rire. Ça riait dans tous les sens et à ne plus s’arrêter…

Il y a un jeune homme qui s’approche de moi, se présente et me demande, en souriant, pourquoi je ne ris pas. C’est un Sud-Coréen. Outré, je lui dis : « ce sont les blagues de ce type, dans ce genre de lieu, qui amènent très souvent les gens en garde à vue ». En effet, ces gens semblaient oublier là où ils se trouvaient, nous étions au service de l’immigration à Lomé [capitale de la République du Togo], un endroit rempli de policiers, pour récupérer nos visas…

Je me rends compte que je n’ai pas maîtrisé ma sonore. Mes mots ont certainement provoqué une stupeur. Certains me fixent, l’air effrayé. Chacun se met droit. C’est silence radio. On pourrait croire que je suis l’espion du pouvoir en place…Et puis, comme ça, les gens se remettent à refaire le monde. Donald Trump devient le sujet principal des moqueries. Ils refont le portrait du couple Macron. Il y a quelqu’un qui dit que Patrice Talon [président de la République du Bénin] a un problème grave à la prostate…

Quelques heures plus tard, je suis sur la route, je conduis en partance pour la cascade de Yikpa [la plus grande chute d’eau d’Afrique de l’Ouest, à la frontière avec le Ghana]. À ma droite, le jeune sud-coréen, je dois le déposer à Kpalimé avant de continuer. Pendant que nous blablatâmes, il me dit : « je suis bénévole ». Comme quelqu’un dirait « je suis président de la République, je suis ministre, directeur de société, etc. » Il a dit : « je suis bénévole ». Dans sa bouche le mot « bénévole » prend un sens particulier, un corps, un souffle de vie… Ça m’intrigue. Mais que peut-il bien se passer dans la tête de quelqu’un qui part à plus de douze mille kilomètres pour travailler gratuitement ? Je lui dis : « pourquoi êtes-vous devenu bénévole ? » Il a dit : « C’est ma première mission, c’est mon premier vrai voyage. Avant, je n’avais jamais quitté Séoul ». Je lui demande : « Et pourquoi l’Afrique ? » Il dit : « J’étais dans une sale période de ma vie. Je pense même que j’étais en pleine dépression. J’avais besoin de me sentir utile. Alors lorsqu’on m’a proposé de participer à un projet de forage au Togo, je n’ai pas hésité… Je suis ingénieur […]. Pour répondre à votre question, je pense que, quelle que soit la destination, je serais quand même parti… C’était important pour moi ».

Recueil de poèmes courts

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 14 avril 2018. dans La une, Ecrits

Recueil de poèmes courts

Mots d’amour et d’hiver (15) «  je prends les mots… »

 

Je prends les mots

comme ils me viennent

et les virgules et tous les points

 

Je prends les mots

comme un marin

qui prend la mer et ses refrains

 

Consonnes éclair

et dures

obscures

phrasés d’ombrages

et de lumière

 

Consonnes éclair

et douces

rouges

le feu s’endort

vos vies s’embrasent

Corruption, corruption, et alors ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 07 avril 2018. dans Ecrits, La une, Politique

Corruption, corruption, et alors ?

Sarkozy mis en examen pour corruption passive, financement illicite de sa campagne électorale et détournements de fonds publics libyens (les 5 millions d’euros remis en espèces, dans des valises, par le sulfureux Ziad Takieddine) ; Chirac – un autre ex-président – condamné à deux ans de prison avec sursis, en 2011, là encore pour détournement de fonds publics et abus de confiance ; et je ne cite là que les actuels ou futurs repris de justice présidentiels… quid de tant d’autres, connus ou moins connus ?!

La corruption, dont on découvre seulement depuis quelques années l’ampleur et la diffusion, demeure un vice qui infecte l’ensemble du corps social, les puissants comme les humbles, la droite comme la gauche ; l’opinion outrée (ou faisant semblant de l’être) en appelant alors, et de façon répétée, à un improbable chevalier blanc dont l’incorruptibilité à toute épreuve serait censée laver enfin la société de l’opprobre pesant sur chacun – ou presque ! – de ses membres…

Nemo auditur quam suam propriam turpitudinem allegans dit l’adage romain : personne n’écoute celui qui invoque sa propre turpitude. C’est pourtant ce que beaucoup – pour ne pas dire tous – pourraient invoquer. Oh, certes ! A des niveaux mesquins, voire minables. Deux exemples proches de moi. Un ami de mon grand-père paternel, vénérable chanoine, traducteur des lettres de Saint Basile aux Belles-Lettres, désirait ardemment la Légion d’Honneur pour ce fait d’armes philologique. Il le fit savoir à mon père, son ophtalmologiste, qui lui-même en parla à ma mère, magistrat et protégée du premier président de la Cour de Cassation de l’époque (années 60), qui lui-même avait ses entrées dans les milieux gouvernementaux gaullistes. Le révérend père obtint finalement la distinction tant désirée. Péché véniel, dira-t-on ? Cela ne lèse, ni ne dérange personne ? Bien sûr ! Mais le paradigme corrupteur avait opéré ici aussi, comme toujours souterrain et quasi omniprésent.

Autre cas : moi-même. Lauréat du bac en 77, j’avais pris pour option facultative à l’oral le corse, histoire de glaner quelques points supplémentaires (manœuvre bien inutile : j’eus la mention Très Bien y compris sans cet apport). Bref, mon grand-père m’avait rédigé un petit texte en corse. Le jour de l’oral, ma mère alla trouver l’examinateur en pleine salle d’examen. Serrement de mains, « pace e salute, va bene ? ». Vint « l’épreuve » proprement dite. Je lis le topo grand-paternel. L’homme, professeur d’italien (comme beaucoup de Corses officiant dans  l’Education Nationale) me posa une question en corse. Rien compris ! Est-ce l’émotion ? Je répondis d’une petite voix : « yes ! ». « Ne vous en faites pas, continua l’examinateur, cette fois-ci en français, l’Angleterre est également une île, vous savez. Entre insulaires, on se comprend. Je vous mets 16 ».

Raz de marée

Ecrit par Jean-François Joubert, Claire Morin le 07 avril 2018. dans La une, Ecrits

Raz de marée

Je sais ce que c’est que d’avoir les yeux secs d’avoir trop pleuré, de devoir serpenter sur des sentiers escarpés avec un lourd bagage sur le dos ; à quel point il est difficile d’être obligé d’avancer en y voyant flou, les yeux noyés de larmes, face aux violentes rafales de la vie et de n’avoir pour phare qu’un vague espoir. Quand un épais brouillard trouble l’esprit, désoriente le cœur. Ce que c’est que de perdre la boussole, notamment lorsque la personne que l’on aime, notre repère, est parti.

Mais j’ai conscience également qu’il est essentiel, voire vital, de savoir s’arrêter ; prendre le temps d’affronter les tempêtes en créant le calme en soi pour apprendre à les chasser, déposer son fardeau sur le bord de la route et l’y laisser puis reprendre son chemin vers des horizons dont on a balayé les nuages.

Je suis moi aussi familière du pays du Léon. J’y ai passé une bonne partie de mon enfance. C’est la source de mes bons souvenirs et de mes premières fois. C’est un pays qui a forgé mon caractère, m’a sculptée. Avec son authenticité, la culture de la terre, ses paysages sauvages, ses traditions… Aujourd’hui encore, mon âme vogue toutes voiles dehors sur sa mer grise/turquoise et capricieuse. Comme les marins, je récolte tous les jours ses trésors.

Mon voyage m’a menée à faire escale à Brest il y a quelques années. Poussée par un irrésistible besoin d’indépendance, de concrétiser mes attentes de femme. J’y ai jeté l’ancre, c’est devenu mon port d’attache.

J’ai sûrement choisi cette ville car elle est pleine d’Histoire, ouverte sur le monde et que c’est ici que se trouvent mes racines. Née à Brest, petite fille d’une relecquoise, fille d’une brestoise et d’un père militaire d’origine ch’ti qui y a posé ses valises il y a des décennies.

Ville qui a été détruite par la guerre, souvenirs de ma mère et de la sienne, dur héritage. Heureusement elle n’a tué personne de notre famille. Cependant, pour en avoir souvent entendu parler depuis petite et avoir vécu quelque temps dans un bâtiment d’avant-guerre, je dois dire qu’elle m’a aussi marquée.

C’est aussi le symbole de ma guerre personnelle. L’endroit où j’ai rencontré la mort, où je me suis battue pour garder la vie. Je suis devenue un point d’interrogation, seule à pouvoir trouver les réponses ; une virgule fragile attendant la suite de la phrase. Il a fallu beaucoup de temps et de courage pour reformuler mes vœux, repartir au front et savoir que j’étais suffisamment armée pour affronter demain.

Recueil de poèmes courts

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 31 mars 2018. dans La une, Ecrits

Recueil de poèmes courts

Mots d’amour et d’hiver (14) : «  à marée lasse traîne l’écume…

 

A marée lasse

traîne l’écume

des moutons noirs

comme une plume

 

A marée basse

qui déshabille

vole aux moissons

le blé qui brille

 

L’antre

du désespoir

qui aspire et rejette

tel un enfant gâté

que rien ne satisfait

Duisbourg ma jolie ville en barque sur le Rhin… (partie 2)

Ecrit par Sabine Aussenac le 24 mars 2018. dans La une, Ecrits

Duisbourg ma jolie ville en barque sur le Rhin… (partie 2)

Mais Duisbourg explose et expose aussi à l’air libre, au gré de l’imaginaire de l’architecte britannique Lord Norman Foster, qui a entièrement redessiné le port intérieur. Et c’est ici que Duisbourg la confluente réunit à la perfection son histoire et son avenir, lumineuse passerelle entre les échanges portuaires séculaires et cette nouvelle agora ouverte sur les liens de proximité et sur la culture. Les anciens bâtiments des docks, les silos, les moulins à céréales et les vestiges industriels ont ainsi été reconvertis en bureaux, en logements, en établissements de culture et de gastronomie jalonnant le bassin portuaire.

C’est là, dans ce nouveau quartier à proximité du centre-ville, que se croisent en chiasmes audacieux des habitants ravis et des « bobos » et autres hipsters décrivant cet endroit comme ayant ce que les Allemands nomment du « Flair », ce qui s’apparenterait à du « chien »… Certains vont jusqu’à évoquer une « Sylt-Atmo », en référence à l’atmosphère isloise faisant les beaux jours de la fameuse île de la mer du Nord, entre les cliquetis des mats des bateaux de plaisance, les docks de bois menant à des établissements trendy et les événements culturels transformant ces quais historiques en un mélange de Beaubourg et de l’île de Ré.

Suivons-les, ces quais, et allons jusqu’au Schwabentor, la « Porte des cygnes », pour embarquer enfin sur sa Majesté le Rhin. Nous voilà aux portes du monde, à portée de navire de Rotterdam, Anvers, Hambourg, mais prêts aussi à entendre les échos des chants de la Lorelei et à déguster l’un de ces gouleyants vins rhénans… Duisbourg se fait carrefour des terres et des mers, et l’Histoire ne s’y est pas trompée y arrimant tous ces échanges commerciaux, puis en permettant à l’industrie lourde de s’exporter facilement. Bien sûr ce n’est pas la Seine, dirait notre Barbara, mais quand l’immensité de la géographie maritime et fluviale croise ainsi les rumeurs du passé tout en se conjuguant à de nouvelles architectures futuristes, on a un plaisir infini à se sentir un maillon de cette chaîne en revenant au port après la promenade…

Les habitants de Duisbourg, eux, vont plus loin. Ils ont appris à ne plus voir les restes des carcasses rouillées qui parfois encore abîment le paysage et ne se souviennent plus vraiment de cette époque où l’on devait chaque matin balayer devant sa porte pour effacer les scories s’y étant déposées durant la nuit. Car ce qui frappe avant tout, lorsque l’on discute avec les Duisbourgeois, c’est leur fierté culturelle devant le superbe Parc paysager de Duisbourg-Nord : lorsqu’il a été question de remodeler l’ancienne friche industrielle, autrefois cœur en fusion de la cité, on a su intégrer et relier des signes existants de la fonction industrielle pour attribuer à l’ensemble une nouvelle syntaxe dans laquelle s’enchevêtrent îlots de végétation, voies ferroviaires, vestiges et land art. Cette ancienne cathédrale industrielle est ainsi devenue l’une des attractions majeures de la Rhénanie du Nord-Westphalie.

Recueil de poèmes courts

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 24 mars 2018. dans La une, Ecrits

Recueil de poèmes courts

Mots d’amour et d’hiver (13) : «  l’inventeur…

 

L’inventeur

a tout inventé

 

L’inventeur

a tout essayé

 

L’inventeur

n’a même pas pensé

que chaque heure

est une vie

qui s’invente

 

Chasseur de beauté

juif errant des musées

tes yeux partout

regardent

volent en éclat

pour prendre encore

Une poupée dans la Ghouta

Ecrit par Sabine Aussenac le 17 mars 2018. dans Monde, Ecrits, La une, Politique

Une poupée dans la Ghouta

Sur un tas de cendre humaine une poupée est assise

Ou plutôt serrée dans les bras autrefois potelés d’une enfant.

C’est l’unique reliquat de la vie qui autrefois fut normale

Dans l’ancien verger de Damas. Quand l’oasis charnue embaumait

De ses fastes les paisibles villages où seul régnait l’ordre du châwî.

Là où était la beauté se tient, éventré, le désordre.

Là où palpitait l’eau vive, l’addân, les peupliers aux lignes accablées ne boivent plus que

Leur mémoire.

La poupée les a vus :

Les enfants aux yeux fixes tournés vers le ciel impitoyable, leurs petites mains encore

Suppliantes accrochées à leurs gorges de tourterelles suppliciées,

Quand le gaz faisait de leurs rires un enfer.

Les mères portant à bout de bras les bébés émaciés au ventre ouvert

Dépecé empli du déluge de fer de feu d’acier de sang, les mères portant le fruit de leurs

entrailles soudain réduit en charpie, piétas portant leur croix.

La poupée les a entendus :

Les bombes déchiquetant la nuit de leurs hurlements incessants les fracas sans nom

Des Maisons des immeubles des écoles des hôpitaux des fermes éplorées

Quand là où la main de l’homme avait forgé demain, soudain tout redevenait poussière

Du passé.

Les cris des vieillards aux djellabas rougies, les gémissements des mamans aux abayas

soudain empourprées, les pleurs des bébés aux linges vermeils. Puis

Le silence.

La poupée a de la chance car elle est protégée. Protégée par cette enfant

Survivante qui a caché les yeux de son jouet, car ce jouet est l’unique autre survivant dans

Mystère de feu, notre galère

Ecrit par Jean-François Joubert le 17 mars 2018. dans La une, Ecrits

Mystère de feu, notre galère

Allo, qui est là, sur Terre. Toi, assis sur le cul de l’univers tu te crois supérieur aux autres mammifères, seulement, voilà, tu es misère taille de guêpe, face au cosmos, alors on va écrire une histoire, pas mon histoire, notre histoire, deux êtres humains face à face, deux pays, sans gêne, nous partageons une passion, l’art, pas le dollar, ni le dos large, face à face, pile ou farce, kig ha farz, là je déconne mais entrons simplement dans la zone de décombre de notre monde, trop de monde y respire, et je suis fou de le dire. Un conte de fée commence toujours par il était une fois l’évolution, moi, qui suis-je au fond ? Une urne vide, je sais que je ne sais pas grand-chose, un peu d’un autre millénaire, né une année exotique, tic, tac la montre avance, j’aime écrire, toi tu livres tes toiles sur l’écran de ma mémoire. Elles sont là, je regarde, je voyage, vers un autre monde, l’art pictural, l’art rupestre, l’art majeur de l’Humanité, l’art que je ne peux imaginer, alors prenons le train en marche, pas le président de la république, ce que je sais c’est qu’on avance vers l’extinction et l’éviction du monde, celui de mes vingt ans, ah tu n’es pas d’accord ! Tu voles de miles en miles dans un oiseau de feu, nom de dieu ne te casse pas la pipe, nous fumons, car un être un jour de notre race commune a gravi un sommet, trouvé le feu, et nous, tranquilles maintenant sans gravir de montagne, paf une allumette, un bric-à-brac de sobriquet et nous allumons notre tabac, mais j’ai les yeux lumière de la mer qui entoure les côtes de mon village de naissance Brest, où je reste bloqué depuis des lustres.

Digression, mon ami petit, j’ai jeté un regard de traviole, de travers, dans un microscope, pas pour disséquer une grenouille, ça je refuse de le faire en classe, sortez me dit-on, il fait froid dehors, mais je suis fier et chaud dedans, non faut pas faire crever le croque-madame, non je me souviens de ce refus, car je ne suis pas un exterminateur de cette extra-terrestre, de ce petit bonhomme vert, non, la grenouille j’irai pas y deviner l’avenir, je m’en tape une côte de granite ! Attention, tu es chaud Stéphane, maintenant, nous entrons dans le vif du sujet, ce fut mon premier porno, un microscope pour voir la copulation de la plus grande population de notre Terre, le plancton, notre oxygène. Surprise, je naviguais par hasard, à Ifremer, et moi ventre et yeux avides de découvertes du haut de mes quinze ans, je vois un homard dans une cage pleine d’eau, à l’étroit, un aquarium à souvenirs, un vin fin, pas une marée de caviar, sais-tu toi Stéphane, mon ami du pays au ventre froid, connais-tu le parfum d’une marée noire, je n’entre pas en polémique sur l’immigration, dans mes cauchemars récurrents les êtres portent des masques couleurs de l’arc-en-ciel, du vert, du jaune, du rouge, et puis j’oublie toujours les autres noms de couleur, la douleur accompagne ma cervelle, ballade, allez du zinzolin, comme cela je vais paraître zinzin, je me tais. Chut, ça danse dans ma tête, cet artifice, jamais je ne pouvais imaginer que j’allais entrer dans un gros mot au pays qui me récupère, ma mère patrie, deux rapatriements sanitaires au compteur, trois si on compte le véhicule infirmier qui m’a ouvert les portes d’une piste d’aviation versus ministre, comme les deux cents ans qui me séparent de mon arrière-grand-père, tailleur de pierre. Cet être a écrit son nom au Tromeur, un patronyme que je porte anonyme, Joubert, sur une pancarte, en créant une confusion sociale, il a ouvert sa gueule en 1905 et créé un syndicat pour vivre du fruit de son travail, ses mains d’or, moi piètre orpailleur de passage en Guyane, je ne cherchais rien, vu de la Terre, mystère, bref, je stop là, las, non, lasso, tomberas-tu dans mon filet, ma nacre, mon opale, ma Bretagne. Je t’y invite, attention pas de mouette, de chouette-hulotte, seulement des oiseaux de passage, et moi un enfant sage, tu me crois, et taiseux au regard nu. Un sacré culot d’ouvrir ce débat sur notre culture de la révolution, Français par inadvertance, si je t’écris ces mots crus, que je dis ce que je pense sincèrement, c’est que j’ai paumé une confiserie, déposé mon sac de marin à une iode, usé par le manque de savoir, en me disant deux rapatriements sanitaires, et un avion qui attend ma présence, c’est pas mal comme curriculum vitae, j’habite un pays sonore, une insulte communautaire, qui m’isole et m’assomme, comme les anciens abusaient de la drague à coups de gourdin, nom de dieu, j’ai une camisole de force dans les pattes, pas la patate, ami avance, peints, écris, fais-moi vivre, là je suis un crève-cœur, une douleur à sec de toile, ce qui ne fait pas avancer mon tableau, façonne le tien, arrive dans cette lettre sans timbre mais qui sonne espoir, j’ouvre les consonnes, le débat, la balle est chaude, à toi la parole, moi je sors du sujet, mais rebondis car j’adore l’idée de construire ce truc épistolaire, sans pistolet for me. En compagnie d’un fusil je rate un bananier, alors près de nids de pie, j’ai une utopie, une vraie, elle me tient en vie, connaître la paix du citron, je suis cigale et fourmi, un être double. Je te passe le microphone, parle-moi de tes blessures, moi, j’ai juste une fissure, j’aime une femme lointaine, et grande, sinon je serais une morsure de vipère, père l’a eu, il s’est tu, et délivré de son manque de tendresse d’un coup d’adresse, sur l’estran de vase, donné la mort, la morsure du temps, marin d’Etat, sur la grève, la plage qui conduit ma vie d’eau, et d’Océan, devenu une baleine, allez stoppons les balivernes, réponds à ma question, connais-tu la mer qui peuple les nuages de notre Finistère ? Viens mon ami, la route est touristique, son nom le pays du Léon.

Et ces mots essaimés au haut des monts

Ecrit par Gérard Leyzieux le 17 mars 2018. dans La une, Ecrits

Et ces mots essaimés au haut des monts

Et ces mots essaimés au haut des monts

Ils s’immobilisent au fil dithyrambique des amours

Jusqu’au mutisme ils défi(l)ent en invocation des sons

Syllabe erre sur terre à la recherche de son partenaire

Forme solitaire émerge du désert. Un appel à plaire

Pendent alors aimés mots de tous ces jours assommés

Cri soudain d’oiseaux sur l’émotion de l’attente

Rien ne se voit sinon l’arrondi du dit si beau

Son œil enregistre la trace de la colline démontée en vallée

Pendant que le geste ex/imprime lettres en guirlandes

Encore une farandole de mots semés de long en large

Ils sont émis informes et gondolent leur apparence sous l’expression de la pensée

Mots essaimés puis malmenés jusqu’au débouché du rejet

Où langues s’emmêlent en une respiration commune à tout échange

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