Ecrits

Lourdes, l’autre miracle

Ecrit par Lilou le 25 mars 2017. dans La une, Ecrits

Lourdes, l’autre miracle

Quelques pas au hasard de chemins de traverse quadrillant le Sud-Ouest m’ont conduit ces jours derniers à Lourdes plantée depuis la nuit des temps au milieu de la Bigorre sous le regard fraternel du Pic du Midi. On y raconte bien des légendes à Lourdes. La moins épique, probablement, fut celle qui amena de vieux peuples colériques à se soumettre à Crassus, lieutenant de devoir de Jules César. Soumis, conquis, vaincus et concassés, ce fût-là et certainement pour la dernière fois que des Lourdais vivraient sans Lourdes. Des centaines de lunes plus tard, en 1858 exactement, c’est à une autre colère légendaire qu’eurent à faire face trois jeunes filles lourdaises. Pensez-donc ! Parties ramasser du bois mort le long du Gave furibard de ses flots de février, l’une d’elles aperçut sous la grotte de Massabielle un beau visage blanc cintré de bleu lui déclarant sans autre échappatoire qu’elle était « l’immaculée conception ». Ursule, la mère supérieure très tôt informée de la lumineuse rencontre, en avala sa cornette et toutes les perles de son chapelet, fermoir compris raconte-ton encore sous la basilique les jours de grand vent quand le vin de messe coule davantage qu’à l’ordinaire ! Peu importe finalement, 15 apparitions et 160 ans plus tard, la vie de Bernadette Soubirous reste célébrée dans le monde entier, et la sainte femme bercée de la si sainte apparition reste un mythe plus vivant que jamais. La colère ne sert donc pas à grand-chose, quand bien même divine elle serait…

Mais ce n’est pas vers la grotte éclairée que mes pérégrinations me conduisirent. Presque par accident, par confusion de route plutôt, ma voiture s’arrêta au pied du stade de Rugby, l’autre basilique de Lourdes, plus païenne que jamais dans ses habits bleu et rouge et dont on distingue de toutes les bordées aux alentours les poteaux de sa terre promise. Stade Antoine Beguere, c’est écrit dessus ! On y entre avec les pas comptés de celui qui vient voir un ami alité et que d’aucuns, la perfidie en bandoulière, anticipent comme étant parvenu au soir de sa vie. Nul chapelet ou crucifix n’y accueille le pèlerin égaré. Dans ce stade, le bois mort de Bernadette a la forme ovale du ballon de rugby et ses stalles contiennent près de 3000 places assises. On dit même que le 13 mars 1955, le stade avait tellement enflé que 20.000 fidèles lourdais et montois rivalisèrent de cantiques de bienheureux pour se recueillir auprès des 2 équipes en tête du championnat de France de rugby. Il y eut dans ce monument beaucoup de rivalité sportive, sans aucun doute. Il y eut surtout beaucoup de cœur à afficher urbi et orbi, la supériorité d’un terroir sur un autre… Je n’ai aucun doute là-dessus non plus, le vent de Bigorre et des Landes souffle en effet toujours ces curieux messages nous venant du fond des âges. C’était ainsi, et ce le sera toujours dans d’autres milliers de lunes.

Le stade est aussi vide que la grotte de Massabielle la veille de la première apparition. Tout y est pourtant en place, et si l’on tend l’oreille du côté du romantisme le plus assumé et surtout dans les pages d’histoire de ce jeu, on croit pourtant percevoir la ferveur en forme de clameurs vieilles de plus de 60 ans pour s’enthousiasmer des exploits de l’un des plus prestigieux clubs de rugby de France et de Navarre. Je ne jurerai d’ailleurs pas ne pas les avoir entendues, moi qui, cherchant l’air du temps glorieux du FCL, entrepris de traverser le terrain hanté par ses plus fameux exploits. Ma pélerinade commence par les quelques pas qui amènent au seul angle mort du stade, la sortie de ses vestiaires à l’ombre maintenant muette d’une foule si souvent heureuse. On sent dès la sortie de cet escalier bétonné de vieux les maints tumultes qui continuent d’y vivre dans le secret des souvenirs, on le sait, ça ne s’explique pas. C’est là que ça a débuté y aurait même pensé Louis Ferdinand de passage dans le coin avant de se raviser et d’écrire le Voyage au bout de la nuit en commençant autrement avec ça a débuté comme ça. Vingt mètres plus loin – il faut traverser la piste d’athlétisme – on se retrouve sur la ligne de touche, puis sur le rectangle vert qui pour de si nombreuses équipes mesura bien plus que 100 mètres sur 50.

Abri Sadi Carnot

Ecrit par Jean-François Joubert le 25 mars 2017. dans La une, Ecrits

Abri Sadi Carnot

Qui est cet homme qui un jour d’explosion, et pas de rire, va passer une nuit d’enfer dans sa ville de Brest le 7 Août 1944, quand l’abri fait pour protéger les gens de la ville sous les bombes alliées, la ville brûle. Un début de réponse ?

Le commandant se trouvait là, près de l’escalier, entre la rue de Siam et l’abri Sadi Carnot, il se souvenait de ce vaisseau fantôme qui hantait les marins, du Sud au nord de nos questions. La mer est source de mystère en son fond, mais aussi dans le ciel, orange orage, clair de plume. Pierrot le mousse, il était ce jeune garçon qui poussait le balai sur le pont d’ébène du capitaine, il avait vu la légende du hollandais volant, avait ri des mouettes et des goélands, de l’albatros, et du petit gris du Gabon qui hurlait « ta gueule sale con », c’était son surnom au petit. Il ne digérait pas cette période, où on le laissait faire le ménage, lui qui comprenait l’orientation, la déclinaison, les lieues, les éphémérides, toute la navigation astronomique et le fameux sextant, le bel enfant avait une cervelle, des méninges et on le laissait dans un hamac au fond de la cale du bord, sale et puant. Tous les soirs, il sortait humer l’écume, la pipe des marins, le rhum, et les jeux de cartes, et lui savait que la Terre était un œuf de dinosaure, un truc gigantesque et que seul le scorbut pouvait nuire à l’homme au regard vaillant, à l’allure droite et saine, qui jamais ne saigne du cœur, il savait que la lune reflétait le soleil et que jamais elle ne l’épouserait sinon nous serions cimetière.

Nuage, poussières, l’odeur de chair, l’explosion, conflagration, embrasement, le mal de crâne, et la rue morte, déserte, reste l’escalier, l’abri Sadi Carnot vient de sauter, oups, une étincelle et plus rien, plus de fleurs, disparue la Bétoine de mademoiselle Rose, son lotissement de chèvrefeuille, envoyé promené le Lotier corniculé, aplati le millepertuis, et j’en passe de peur que l’odeur pestilentielle de la viande se recommande, le commandant avait eu le nez fin, il s’était évaporé comme un soupçon d’alcool dans l’azote, envolé tel un macareux qui cherche son nid, prit la poudre d’escampette sur le chemin des alouettes quand d’autres connurent le grand virage, pire qu’un naufrage l’implosion d’une ville, le débarquement nous sommes le sept août 1944, les forces alliées veulent reprendre leur droit, le port, le château, la ville de Brest. Restent un saule pleureur et deux trois sapins, mais plus de corps tant la tempête, le vent des âmes, pleure sur leur silhouette, le ciel est pourpre c’est chouette se dit ma mère qui regarde cette misère en compagnie de son regard d’enfant de Lampaul-Plouarzel, le feu d’artifice est géant. Comment a-t-il fait pour survivre à la nausée, sans pleurer ? Tout simplement marche par marche, il sentait derrière lui le souffle de la mort, à ses trousses, la frayeur d’être balayé comme une simple poussière, alors il montait ces marches, pas une à une mais quatre à quatre avant de finir en haut, sauvé, et muet. L’escalier, le commandant est à bout de souffle, il se met dos au mur de peur d’une balle qui traîne d’un chambardement loufoque, et plus des phoques, ni des génois, il s’adosse à l’église Saint-Louis, pas encore en brique rouge, sang, mais lui teinté de vermillon, il crie à Dieu sa colère : « Qui es-tu pour laisser l’injustice sur notre terre ! ». Un cri si fort que les morts ressuscitèrent, un instant avant de trouver le grand couloir et la lumière du chemin, la longue voie de la béatitude.

La pièce se fait écho des pas de ses voyageurs

Ecrit par Gérard Leyzieux le 25 mars 2017. dans La une, Ecrits

La pièce se fait écho des pas de ses voyageurs

La pièce se fait écho des pas de ses voyageurs

Bruits et odeurs, sons et couleurs

Un flot de sensations et de saveurs

Un assemblage de multiples ardeurs

Des jours premiers à ceux du soir dernier

Les pierres du mur traversent les années

Les planches de l’escalier et des parquets

Boiseries et huisseries portent les souvenirs de gestes

Passage obligé au long de la cheminée

Marche à suivre au contour des entrées

La matière absorbe les présences du temps

Les reflétant aux moments et endroits opportuns

Paroles également inscrivent leur histoire en ces discours habituels

Les pierres du mur, planches et boiseries aussi

La maison des vies intemporelles où souffle l’éternel

Nourrit son avenir de ces instants d’échanges éphémères

Visibles sous le masque d’actualité dont ils sont recouverts

Cher Imad… Hommage à Imad Ibn Ziaten, mort le 11 mars 2012 à Toulouse

Ecrit par Sabine Aussenac le 18 mars 2017. dans La une, Ecrits

Cher Imad… Hommage à Imad Ibn Ziaten, mort le 11 mars 2012 à Toulouse

Cher Imad,

Le temps passe si vite, et si lentement aussi, depuis que tu es parti…

Cinq ans. Cinq ans déjà ont passé depuis cette belle journée du 11 mars 2012 où, jeune Maréchal des logis-chef de la caserne de Francazal, tu as refusé de te coucher sur ce parking non loin de la Cité de l’Espace, dans la Ville Rose, devant un individu sans foi ni loi qui t’a abattu à bout portant simplement car tu étais militaire.

En allumant le poste, ce matin, j’ai entendu parler de toi. Mais très brièvement. Il faut dire que notre actualité est bien chargée, entre les pitreries pré-présidentielles et les manifestations contre le nucléaire, en hommage aux milliers de morts de Fukushima et du tsunami…

Tu es mort seul, toi. Seul, mais debout.

Je peux imaginer les millions d’images qui seront passées en ton esprit en ces dernières secondes. Une vie d’homme, c’est toujours un univers entier. Et chaque mort est une apocalypse.

Tu sais, cher Imad, aujourd’hui, tu n’es plus seul. Nous sommes des milliers, des millions de Français même, à avoir entendu parler de toi et de ton courage en ce dernier instant, grâce à l’immense force de cette femme qui t’a donné la vie et qui chaque jour se bat pour que ta mort n’ait pas été vaine.

Je peux imaginer le sourire de Latifa, ta maman, en ce jour de juillet 1981, quand elle a serré dans ses bras ce beau poupon qui deviendrait un serviteur de la Nation, de cette France où elle vivait depuis 1979, de cette France où elle a élevé ses enfants dans le respect de leurs racines marocaines, mais aussi dans l’amour des valeurs de la République…

Cher Imad, je ne vais pas te mentir. Quand j’avais 16 ans, moi, je chantais Parachutiste de Maxime et je regardais d’un œil assez méprisant les « paras » du huitième RPIMA de Castres, où je grandissais à l’ombre de mes lectures plutôt antimilitaristes… Et puis j’ai grandi, et un peu mieux compris le rôle de l’armée dans le fonctionnement d’un pays.

Aujourd’hui, en regardant défiler ta vie dans les photos et les vidéos que j’ai regardées sur le net, j’ai compris que ta courte biographie mettait en lumière un garçon droit dans ses bottes, ancré dans les valeurs familiales – une des dernières vidéos sur la page Facebook de ta maman te montre aux côtés d’une adorable petite poupée, une nièce peut-être ? – et dans cette autre fraternité qu’est l’Armée Française, où, depuis Saint-Maixent-l’École en 2004 jusqu’à ta préparation du Brevet supérieur de Technicien de l’Armée de Terre en 2012, tu avais servi, voyagé, progressé avec passion.

C’est surtout ton sourire éclatant qui me bouleverse. Je suis certaine que tu as souri à Merah en le saluant en arrivant à votre rendez-vous, comme tu souriais à tes camarades, à tes supérieurs, à tes amis et à ta famille, simple et direct, heureux comme un garçon sans histoires.

Je suis heureuse pour toi, tu sais, et pour ta mémoire. Heureuse qu’une loi ait été votée le 27 novembre 2012 devant le caractère inédit de ta mort et du geste barbare envers un militaire assassiné en raison de son appartenance à un corps de métier, portant création de la mention « Mort pour le service de la Nation ».

Heureuse que tu aies reçu le 11 mars 2013 les insignes de Chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume.

L’Allemagne? Tout un poème, le vôtre !

Ecrit par Sabine Aussenac le 04 mars 2017. dans La une, Ecrits

L’Allemagne? Tout un poème, le vôtre !

À l’occasion du Printemps des Poètes 2017, j’invite les poètes de tous les pays à rédiger un texte sur l’Allemagne, sa culture, son histoire, sa géographie, mais aussi sa langue, car l’allemand aussi c’est tout un poème !

Vous pouvez écrire en allemand, en français, dans la langue de votre choix (avec dans ce cas la traduction de votre texte en français ou en allemand !).

Ce blog poétique sera inscrit sur le site officiel du Printemps des Poètes, mais aussi diffusé largement pour promouvoir l’enseignement de la magnifique langue de Goethe !

Vous pouvez envoyer vos textes par mail en allant sur « contact », ou me trouver sur Facebook et Twitter.

https://www.facebook.com/LAllemagne-Tout-un-po%C3%A8me-375546452813667/

La crue d’une nuit sombre (Nouvelle)

le 04 mars 2017. dans La une, Ecrits

La crue d’une nuit sombre (Nouvelle)

Entortillé jusqu’au cou dans ma confidente couette,

Je prélassais comme une insomnie dans ma sombre nuit, dans mes profonds soupirs ;

Je pourchassais, subrepticement, quelques bribes d’émotions errées dans mon intuition sans griffer ou érafler la présence des ténèbres tremblants ; ou étouffer le surgissement au dépourvu d’une lune émigrante !!

Elle succombait

Je succombais

Nous dévalâmes notre sentier infinitésimal… un noir ébouriffé… je raidis, acharnement, une querelle passagère ; mais effrayante.

Je chialais comme un môme.

Elle pleurait en douceur telle une pluie fine en gouttelettes

Je sentis sa saveur, elle sentit la mienne à travers une sérénade exténuée ; partagée

Je méditais son regard opalescent confisqué, crucifié

Je contemplais son agitation dissipée, fondée tel un carré de chocolat ; tel un vent dans mon regard

Je frissonnais,

Je ne savais où avais-je la tête ? Dans la crue d’une nuit sombre ou dans mes ailleurs sinistrés, exilés !!

Je trébuchais

Elle y était

La volonté de dieu

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 25 février 2017. dans La une, Ecrits

2ème et dernier épisode

La volonté de dieu

Résumé du premier épisode : Léonie n’aime pas son Minet gris, pilier de bistrot qui rentre souper à n’importe quelle heure. Elle s’en plaint à Tite la perruche qui l’approuve.

Depuis des années, qu’il vente ou qu’il pleuve, Léonie quittait son sombre logis aux premières heures du matin, elle marchait à petits pas sur l’étroit trottoir, bousculée par le déplacement d’air des camions mais définitivement indifférente à leur fracas. Elle coupait par la traverse du cimetière, s’engouffrant sans appréhension dans le tunnel ménagé sous la voie de chemin de fer en regrettant l’ancien passage à niveau et la conversation laconique de la garde-barrière, et atteignait les quartiers neufs dont elle aimait l’animation et le luxe relatif.

Ses pas menus la portaient jusqu’à une église ronde, claire et pimpante, où elle avait son banc attitré. Elle n’avait pas beaucoup de religion, ce qui, à ses yeux, lui interdisait l’accès quotidien à l’église sombre et odorante de son quartier, à part pour les enterrements. Mais elle aimait se reposer de sa marche dans la nef accueillante et spacieuse de cet édifice d’une architecture trop audacieuse pour qu’elle le tînt tout à fait pour une église. Personne ne lui demandait de comptes, tout au plus lui adressait-on un salut respectueux. Quand le jeune prêtre qui officiait dans cette paroisse la découvrait assise sur son banc de pin vernis, il avait toujours un sourire engageant à son égard mais il la laissait débiter ses prières sans l’interrompre tandis qu’elle faisait mine de ne le voir qu’à peine, perdue dans de feintes oraisons.

Le véritable objet de ses méditations était en fait l’opportunité de remplacer son chat acariâtre par un de ces mignons petits chiens dont tant de vieilles dames du voisinage avaient fait leur petit compagnon fidèle, docile et enjoué. Léonie était transportée d’envie quand elle croisait un de ces couples unis par une laisse, quand elle entendait les conversations intimes faites de paroles tendres, de promesses de sucres, de petits ordres affectueux.

Elle connaissait par leur nom plusieurs de ces petits toutous et elle complimentait leurs maîtresses de leur chance d’avoir un si gentil partenaire. C’était une façon de se faire des relations hors de son quartier gris et triste et, qui sait, le moyen de se mettre sur les rangs pour l’adoption d’un éventuel descendant de Miquette ou de Tobbie. Seulement, voilà, Minet n’accepterait certainement pas un rival chez lui et il le chasserait, toutes griffes dehors, en crachant le feu de façon horrible.

Léonie n’avait pas l’âme assez noire pour demander au Seigneur de ce lieu de paix et d’amour de la débarrasser de son vieux compagnon pour lui permettre de convoler avec un représentant d’une espèce plus conforme à ses vœux, mais il ne lui venait pas davantage à l’esprit l’idée de confesser ses velléités d’infidélité. Elle supputait ses chances qu’un camion lui rende enfin sa liberté et songeait aux moyens d’obtenir la garde d’un petit chien qu’elle promènerait en laisse, qui dormirait à ses pieds et qui mangerait de bon appétit à l’heure dite. Elle pourrait lui parler, le faire jouer avec une balle, le caresser et le brosser. En plus, le chien la défendrait de toute agression et des tentatives de cambriolage.

Grand froid, médias, femmes, manipulations…

Ecrit par Sabine Aussenac le 25 février 2017. dans Ecrits, La une, Société

Grand froid, médias, femmes, manipulations…

Attention, ceci est un message de prévention… Billet d’humeur…

Je ne sais pas vous, mais moi ils commencent à me les briser menu.

Je parle de ces annonces qui passent en boucle sur nos radios et télévisions, comme si nous étions en alerte chimique ou à l’orée d’un conflit international.

Attention, ceci est un message de prévention du ministère de la Santé. Il va faire très froid. Ne sortez pas sans vos bonnets, couvrez les extrémités du corps, etc. etc.

On croit rêver. Que les étés de canicule, quand il fait quarante degrés à l’ombre des terrasses et que nos Anciens tombent comme des mouches, on leur rappelle de s’hydrater, passe encore. Tout le monde sait que l’on oublie de boire, passé un certain âge, et que cela peut vite s’avérer problématique.

Mais là, vraiment, on prend les Français pour des cons. Peut-être nos dirigeants pensent-ils, depuis l’obscure commission constituée en urgence pour constituer un groupe de réflexion qui se chargera de donner des directives aux millions de coincés du cervelet (en partenariat avec l’agence de communication dépensant les deniers du contribuable à lui expliquer comment s’habiller le matin), que les habitants de l’hexagone sont tous atteints de quelque maladie orpheline qui les empêcherait de ressentir les températures extérieures et ferait que, par moins dix, la plupart de nos concitoyens décideraient d’aller en tongs au bureau, ou, par trente-huit, de sortir promener Médor en chaussures de ski.

Parce que voyez-vous, c’est là où je vois rouge : d’une part, notre argent sert, visiblement, non seulement à faire de la France le premier exportateur d’armes au monde – et là, comment vous dire, ce matin, j’ai juste envie de voter Mélenchon jusqu’à la fin des temps, voire même de quitter mon appart pour une ZAD – et donc à élaborer des « campagnes de prévention » à l’usage dudit contribuable mais d’autre part à infantiliser totalement les Français… Cela avait commencé il y a longtemps, avec les « 1 verre, ça va, etc. », et c’est de pire en pire…

Voici en effet la politique du « care » portée à son apogée, le summum de l’état providence, contrepartie rêvée de l’état d’urgence, 1984 mâtinée de Grey’s Anatomy : nous vivons donc à présent dans une société qui nous surveille et nous piste de la naissance à la mort, 24 h sur 24, mais qui plus est nous ordonne de prendre soin de nous, à tous les niveaux.

Certaines choses ne me semblent pas absurdes : oui par exemple aux images de cancer du poumon sur les paquets de Camel filtre, en espérant que les ados – qui grillent leurs clopes par centaines devant les établissements scolaires où normalement les « attroupements » sont prohibés – cesseront de trouver hyper cool de sortir fumer pour finir avec un respirateur pas bien glamour… Oui aux limitations de vitesse, bien sûr, parce que, qui aurait envie de se retrouver sur une petite chaise roulante, regardant l’océan des heures durant depuis le centre de rééducation, après avoir décimé les cinq membres de sa famille ?

La volonté de dieu

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 18 février 2017. dans La une, Ecrits

1er épisode

La volonté de dieu

Je dédie cette modeste nouvelle à notre nouveau rédacteur, le chat Boubou. Il y lira ce que dans sa grande sagesse il suppute certainement, à savoir qu’il ne faut jamais faire une confiance absolue aux humains, individus versatiles dont la duplicité se cache trop souvent sous des caresses et des promesses à l’exemple des rapports hypocrites que les propres maîtres de cette espèce entretiennent avec leurs crédules affidés.

 

Léonie posa la soucoupe sur le bord de la fenêtre et y versa le fond de la bouteille de lait. Il n’en restait que quelques gouttes qui mouillèrent à peine le premier cercle de l’assiette. On voyait encore, à travers la mince pellicule blanche, les fleurettes d’un bleu délavé qui en avaient constitué la décoration dont les filets de dorure avaient disparu depuis longtemps. C’était bien assez pour le Minet gris qui, dans le cas le plus favorable, reniflerait la soucoupe d’un air soupçonneux et daignerait laper trois gouttes avant de laisser la poussière de la rue, soulevée par le va-et-vient incessant des camions de la fabrique, salir la blancheur bleutée que le soleil finirait de jaunir.

Léonie n’aimait pas son chat et elle avait ses raisons. Mais elle avait aussi des obligations envers lui et elle n’aurait jamais manqué de lui assurer, à divers moments du jour et en divers endroits immémorialement consacrés de la cuisine, une alimentation parcimonieuse et peu variée dont l’essentiel lui était gracieusement fourni par le boucher du quartier, bien que Léonie fût depuis des lustres une de ses plus modestes pratiques.

Mais le Minet gris, animal prévoyant et d’une duplicité indigne, n’honorait ces abats que de quelques coups de ses vieilles dents, afin d’en perpétuer, à toutes fins utiles, l’attribution quotidienne mais superflue. Il avait pris pension à l’année au café tabac établi de l’autre coté de la rue, juste en face de la maison dont Léonie occupait deux pièces au rez-de-chaussée. Il venait assez souvent, quoique sans y mettre la politesse élémentaire de la régularité, prélever sa dîme et en commenter la qualité de quelques miaulements aigres et sonores, n’hésitant pas à récriminer si le mou était desséché ou si le lait avait tourné. Pourtant, la responsabilité en incombait évidemment à sa nonchalance puisqu’il savait exactement à quelle heure ses repas lui étaient servis. Seulement, s’il était occupé au bistrot à surveiller de son œil jaune et triste, depuis la banquette qu’il s’était attribuée, une belote dont il comptait les points ou si la livraison des fûts de bière nécessitait l’enregistrement par son greffe, il pouvait différer indéfiniment de traverser la rue, au mépris des horaires qu’il avait lui-même imposés.

– C’est son droit, expliquait Léonie à Tite la perruche, mais qu’il ne râle pas si c’est gâté, il n’a qu’à rentrer manger à l’heure.

Boubou déménage, et c’est pas rien !

Ecrit par Martine L. Petauton le 11 février 2017. dans La une, Ecrits

Boubou déménage, et c’est pas rien !

Quand j’étais petite, le Kiki la Doucette de la grande Colette fut mon chat d’entrée en littérature…

 

Ils me les font toutes, et ça n’en finit pas…

Elle m’avait nommé au coin d’une page FB, Sire Boubou Le Loup. Tu parles ! le côté régalien (qui, mine de rien, flattait en moi le chat de gouttière) est passé à la trappe. Mon stock d’opinions favorables fond comme celles de Fillon et Valls réunis (oui, je vis dans un milieu très politisé et j'ai mon avis là aussi)

Ils sont pressés, ils caquètent – ça résonne dans les pièces vides, ils déversent tout ce qu’il y avait dans les placards et les fonds de cellier, sortent barbouillés de toiles d’araignées – pouah ! avec de drôles de petits cris de joie parce qu’elle a retrouvé (c’est surtout elle qui vide) un objet oublié, sans intérêt aucun. Ils disent qu’ils déménagent…

3 jours, un week-end, à la rigueur, ça passerait, mais ce temps long, comme saison sans croquettes… impensable.

On leur a apporté – il paraîtrait qu’ils payent ! – des plaques de cartons d’une affligeante banalité, qu’ils montent (c’est surtout elle, là aussi) avec un crissement insupportable du scotch, à la fin, qui agresse mes soyeuses et fragiles oreilles. Ils m’interdisent à grands cris énervés de sauter dedans – m’enfin ! ne savent-ils pas depuis tout ce temps de chats divers dans leur vie, que rien n’est plus agréable au minou… pire, me faire les griffes sur ces mochetés maronnasses semble relever à leurs yeux d’un sacrilège de religion antique ; allez donc comprendre…

Au début – ces livres, CD (là, c’est lui qui officie et mes avis de chat mélomane sont peanuts), ces vaisselles, ces vêtements, finissant au fond des cartons, avec des signes cabalistiques de couleurs au-dessus – m’ont fait poser l’hypothèse complexe d’un vaste élagage, en partance pour d’obscurs coins de la maison ; genre opération archivage. C’est quand j’ai vu que les dits cartons envahissaient « notre » espace de vie sans bouger – et dans toutes les pièces – que ma perplexité a frisé l’inquiétude ; je n’ose dire l’angoisse. Que c’est inélégant, inesthétique, tout ça ! Y verraient-ils quelque design moderne et tendance ? Aurais-je loupé, un soir de fatigue, une émission de « La maison France 5 » qu’elle, ne rate jamais ? Si c’est le cas, c’est l’austérité des Cisterciens du début qui est visée, puisque les murs, eux aussi sont délestés de leurs objets et tableaux, posters, tentures, rien d’épargné ! Mazette. Ce que nos goûts en matière de déco, d’ameublement, diffèrent, quand même…

Et, puis, un jour, comme on monterait en puissance dans un thriller, voilà qu’ils ont commencé à « sacrifier » (je ne trouve pas de mots plus adaptés) les meubles ; vous avez bien entendu ! Elle fait des photos, se cale sur son ordi – Le Bon Coin, ça s’appelle – et quelque temps après, sonnent à la porte d’absolus étrangers, qui ne me jettent pas un regard, et repartent, à peine vus, à peine connus, avec nos meubles ! Baste ! C’est ainsi que se sont volatilisés des tables sur lesquelles je perchais, des armoires et leurs si chères odeurs de mon enfance, jusqu’à – j’ai frisé l’infarctus – l’un de mes canapés préférés. L' armoirette bleue et le petit congélo, une chronique que j’aurais pu vous faire ! Mon interprétation de la chose est aussi délicate, incertaine, interrogeante que le « Penelopegate » : seraient-ils en faillite ? Auquel cas, mes croquettes et mon gîte à venir seront-ils encore assurés ? Où vais-je atterrir ? L’un de ces mystérieux cartons a-t-il une place pour moi ? Ou, demain, dès l’aube serai-je condamné à errer dans une maison vide, sans plus âme qui vive ? Frissons de fin d’un monde.

 Elle (il lui arrive d’être fine) a dû sentir quelques effluves de mon malaise, car hier, lors du câlin du soir (assorti de ces croquettes du soir qui rythment mes journées), elle a parlé de la terrasse aux tourterelles, et du grand soleil du sud. Qu’est-ce qu’elle croit ? J’ai là-dessus une mémoire qui vaut bien celle des éléphants. Ce serait donc là, qu’on irait poser les cartons ? Why not, c’est un endroit où j’ai déjà quelques heureuses habitudes, et qui, dans mon souvenir, est très convenablement meublé et équipé. Quand ?? ai-je miaulé, c’est alors qu’elle a parlé d’un gros camion… je sens qu’ils m’en réservent encore des surprises ; il vaut mieux avoir les nerfs solides, et ce rien d’orientalisme qui, nous les chats, nous permet de voler haut, tellement au-dessus des basses contingences.

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