A Miami (5)

Ecrit par Jean-François Chénin le 01 août 2010. dans Ecrits

A Miami (5)

I - Le jour file du bleu au gris, du gris au noir, soudainement redevenu bleu franc, dans une alternance de mat et de brillant, de fondus enchaînés sur les liserés des vagues, de traits tirés de haut en bas du ciel, lentement estompés avec des saillies brûlantes d’organdi mauve. Puis le ciel s’affaisse d’un coup.

II - Le ciel s’affaisse d’un coup et le vent chaud draine des effluves de miel et d’écorce humide, une haleine âpre de terre embuée, toute une illusion d’un reste d’amour, tout ce qui vient de l’homme en extase, enchaîné à ses désirs battus d’orages, le ciel par-dessus tête dans les ombres noires de ses fantasmes.

III - Le ciel est par-dessus tête où perlent les premiers feux, les premiers phares qui fusent à la va vite dans les fluorescences de la nuit. Et dans l’arrière-cour de la nuit basculée du bleu au noir, où l’horizon, mais caché, cède dans un fracas sanglant, le silence est à portée de main, pour finir.

A propos de l'auteur

Jean-François Chénin

Jean-François Chénin

Rédacteur

Ecrivain ("Grandeur nature des sentiments". The Bookedition)

Directeur de l'Alliance française à Miami

Né en Lorraine en 1954. Je passe mon enfance à l'étranger (Iran, Turquie, Grèce…) grâce à un père voyageur. Un arrière-grand père, prix Goncourt 1907 et j'ai tout lu de son œuvre, même les carnets, inédits. Je tiens à cette Lorraine, celle de la Moselle, des écluses d'Ecrouves et de Pierre-Latreiche, de la forêt de Haye et des Côtes de Toul. J'y reviens parfois et je m'y sens peut-être chez moi plus qu'ailleurs car les visages me sont familiers. Puis Avignon (scolarité secondaire). Puis Grenoble (études de philosophie). Puis, puis, mais je ne compte plus, tant d’autres villes et pays.

Je lis beaucoup. Tout débute avec La puissance et la gloire de Graham Green, j'ai onze ans. A treize, j'ai lu tout Victor Hugo (dans le grenier de notre maison en Normandie), je peine avec Balzac et je ne lirai jamais Proust. Ma bibliothèque de poésie est immense. Plus tard, correspondance éphémère avec Jean-François Lyotard, René Char, Francis Ponge, Gilles Deleuze, Georges Mounin, Eugène Guillevic et d'autres, sans suite. Je sais que je deviens écrivain et, plus je le deviens, plus je m’éloigne de mes contemporains.

Mes références restent Kant (mes débuts en philosophie) et Nietzsche (mes débuts dans la vie). Plus tard, beaucoup plus tard, je découvre Calaferte, je lis Wittgenstein (et le relis encore bien souvent). Je reviens toujours à René Char, pour la joie ou dans la peine. J'édite à un exemplaire Le livre d'art rudimentaire.

J'ai trois enfants. Je passe quelque temps dans deux cabinets ministériels. J'effleure la politique mais je connais mon monde par cœur, ce qui m'en éloignera. Je lis Pascal Quignard et je rêve de bords de mer et d'îles désertes, je fais une escapade aux Etats-Unis, je verrai Albuquerque (où tout commence), puis au Canada, à Québec (où tout recommence).

En musique Mozart, toujours Mozart. En peinture, Francis Bacon et Nicolas de Staël. Je serai maire d'un village de 200 habitants. Tout m'occupe mais d’autres voyages m’attendent.

Je m'arrête de longues heures à ne rien faire. Je lis Yves Navarre, Albert Cohen, je reviens à la philosophie (Spinoza, Foucault, Althusser…). J'écoute encore Mozart. Je travaille aussi à l'étranger pendant quelques années (en Israël, en Inde et maintenant aux Etats-Unis). Depuis l’enfance, j'ai le goût de l’ailleurs. Je dresse la liste de mes voyages et des endroits que j’ai aimés.

Je lis les auteurs des Editions de Minuit et Claudel, Césaire, Blanchot. Je reviens un temps à Montaigne, Voltaire et Herbert Marcuse, Clément Rosset et Marcel Conche et décidément je ne lirai jamais Proust.

J'aime m'attarder à la terrasse d'un café (les passantes), je ne mange jamais de tripes, j'aime le gris, le noir et le bleu du ciel, les déserts silencieux et vides, les fins de journée sauf le dimanche.

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