"Au sourire de dieu qui s'en va dans ma tête" *

Ecrit par Mélisande le 18 novembre 2011. dans La une, Ecrits


Mon amour, toi qui es roi dans la nuit, est-ce que tu me vois quand je suis de l’autre côté ?

Sens-tu ce craquement solitaire du doute, cette faiblesse comme une injure ?

Sur le versant de la colline, en face de ta maison, je t’appelle chaque jour.

Mon cœur blessé, honteux de sa déroute, est comme un piéton qui perdrait pied sur la montagne de la vie. Il trébuche.

Et face contre terre, ne sait ce qu’il faut faire pour que le ciel au-dessus, impose sa majesté, sa clarté, le hisse tel un pantin parjure.

Car le fossé, en ce mois de novembre bleu et doux chuchotement à l’oreille, est difficile à enjamber dans les campagnes lointaines et aimées, liberté, clarté, liberté, mélopées scandées comme de claires prières au Dieu silencieux de l’univers.

Entends-tu ma voix, mon amour, quand le vent vers l’ouest s’est chargé d’un cri qui est le mien ?

C’est ma bouche qui dit ton nom, esquissant un pas sûr, sur le versant hostile du monde.

Pardonneras-tu ma colère, cher amour, et ce sang des batailles qui sort de mon être pour te blesser dans ton désert ?

Sais-tu qu’il est long d’attendre ?

Et que personne qui pourra venir ne comblera cette béance à la place de toi.

Ce manque qui creuse dans le temps vaste de la vie, c’est le début d’une prière nue comme un souffle, celle du trépassé qui revient à lui.

Ce manque de toi, si violent, fait naître, en son désert, quelque chose qui est la vie.

C’est le soldat qui revient des batailles, en vie et en gloire, celui qui frôle son désir de mort tous les jours et en sort tremblant, mais vainqueur.

Dans le matin brillant et généreux, qui toujours parle d’amour, c’est toi qui es absent et je ne sais pourquoi…

Je sens ta main ouverte, ta pensée chaude sur moi comme un baiser brûlant sur ma petite vie dans ce vaste monde en guerre.

Car il faut tuer, c’est ainsi.

Ne pas ressentir la souffrance qui nous empêcherait de porter le coup fatal, il faut mettre ses hardes ses frusques d’assassin pour tuer chasser faire mal, sans rien éprouver de cette mort que l’on donne.

Baiser sur la croix de l’inconscience, anesthésie générale dans les cloaques des êtres en perte totale de substance.

Le vrai programme, c’est posséder dominer, et moi, avec mes petites intentions, j’en étais !

De ces colons qui posent leurs bottes sur l’autre, en léger conquérant mais quand même ! Jouissance froide envers ces prisonniers que l’histoire fait affluer dans nos consciences, et loin de ces colonies tristes, il y avait toi :

Toi qui montrais, impérieux, ce qu’était vraiment l’Amour :

Pieds nus dans la lune, épousailles crues sous le vent de n’importe quel ciel, aux vues et aux sus de n’importe qui, n’y voyant que du feu…

Mais aujourd’hui que le temps s’est écoulé, entends-tu mon pas, mon amour ?

Ce pas obstiné dans le secret des terres silencieuses qui ne sont plus miennes ?

Scrutant l’espace où le sang a coulé, et le feu de la nuit.

Cherchant ta voix, condamnée, exilée, cherchant ta voix, comme l’or du ciel.


* Léo Ferré


Melisande


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Mélisande

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Commentaires (2)

  • SALMON

    SALMON

    25 avril 2012 à 15:25 |
    Dans les commentaires écrits après chaque texte, océan de sentiments et ressentiments, je ne garde que la dernière phrase délivrée très délicatement par Jean-François Vincent : "Il y a, chère Mélisande, dans votre esthétique mélancolique et sensuelle comme un schéma de chute et de rédemption : attendez-vous votre messie ?

    Je rajouterais tout modestement ces deux "vérités" toujours recherchées, toujours courtisées : AIMER ET ETRE AIME !!
    J'ai même employé le mot "ETRE" que vous écrivez si souvent...
    Puis j'écrirais, ce qu'aucun cartésien ne pourrait écrire, "Celui qui ne croit en rien est de mauvaise foi"...
    Quand pensez-vous chère Mélisande ?
    Alain "le Pèlerin", "le Mousse" mais parfois "L'intérimaire de l'Amour".
    Bien cordialement à vous.

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    18 novembre 2011 à 22:25 |
    Il y a, chère Mélisande, dans votre esthétique mélancolique et sensuelle comme un schéma de chute et de rédemption : attendez-vous votre messie?...

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