Aux alentours…

Ecrit par Martine L. Petauton le 27 septembre 2017. dans Ecrits, La une, Voyages

Aux alentours…

Comme une expression un peu surannée. On va si vite à présent jusqu’au bout du monde : – ah oui ! elle revient de New-York ; je ne sais qui me l’a dit…, ponctuait, d’un revers de mémoire, pas plus tard qu’hier, une bobo à l’accent d’ici, chez ma coiffeuse.

Les alentours, cet autour, de voyage presque chiche, sentant son pas de diligence. Cette merveille, fine comme sel réservé à l’aristocratie de ceux qui savent le goûter, tenant dans si peu de kms-compteur. J’en reviens tout juste.

 Chaque début septembre, nous avons pris cette douce habitude, une amie et moi ; butiner, pas seulement à pied – trop sportif –, en voiture, mais la carriole à cheval serait probablement l’idéal. Quelques kms entre cette étape et l’autre ; on se perd un peu, tant mieux, on se promène, on a le temps, et tout le sens de nos jours de retraitées, de se révéler là, dans ces moments alanguis, contemplatifs – un vague guide vert un peu usé à la main – dans ce temps qu’on se donne, précieux évidemment à l’aulne de la fin de la pelote… Chacune a quelques voyages à convoquer pour l’autre, et de communes émotions, naguère, dans des criques grecques, par exemple. Mais le mode de communication est économe, parcimonieux – on se connaît si bien, et de tellement longtemps – juste ce qu’il faut pour ne pas effaroucher ce bonheur simple, au ras de terre, d’être là, aujourd’hui, de savoir « profiter », ce mot tant usité.

Le Nord-Est de Montpellier, la métropole suractive, était au menu de ces grands-petits jours. De petits cercles guère éloignés de 15 à 20 km de la place de la Comédie. Une étrangeté de paysages, passés les premiers tournants : plis calcaires endormis en vrac, foutoir de pierres, garrigues desséchées, « oueds » attristants, tel le bébé Lez parti je ne sais où ! Chênes kermès, moins sensibles au feu que le cousin liège – se réjouissent les habitants - cystes, thym, romarin… odeurs de Pagnol. Quel été sec encore cette année ! planait dans ces bouts du monde presque peureux, la menace de l’incendie, loup du Gévaudan des temps modernes, aussi imprévisible, menaçant, sautant d’une colline à l’autre, que celui du fond de l’Histoire, à moins que des légendes. Silence – non, silences – ceux des insectes murmurants, et des souffles de vents difficiles à identifier : une pointe de tramontane, un zeste de mistral, un rien de marin égaré ? c’est vrai que la mer est à trois coups d’ailes de mouettes. Par instants – les soirs surtout – un oiseau, mais lequel ?

On a tourné autour – on n’a pas grimpé ; mon amie, chevrette de haute valeur, doit le regretter encore à cette heure – de ce Pic Saint-Loup, veillant du haut de ses 600 et quelques mètres sur la plaine. Immense et massif – un quasi Mont Blanc - quand on le recherche depuis la mer, ou les étangs, les rues de la ville, les chemins d’oliviers. Un phare pour tout le pays montpelliérain ; une mémoire, une assise et maintenant un vin plus que renommé. En s’en approchant, c’est son côté pierreux, solitaire, même avec le flot des vignes à ses pieds, rébarbatif, qui rebute ou fascine (moi, c’est clairement rebute). Comme on lit dans les revues touristiques, la nature domine, prend le dessus. Une mâle montagne, qu’imaginer l’hiver fait presque frissonner en cette fin d’été.

De tous petits bourgs, qui furent riches du temps de la cochenille rouge et du safran pétant de jaune, du vin, celui d’avant le phylloxera, de l’antique olive ; protestants souvent, persécutés non moins. Pierres austères ou décorées, au long de venelles fleuries : merveilles, et de Saint-Martin-de-Londres (ce qui veut dire marécage), et de la perle des Matelles ! Beaucoup plus loin – distance « immense » et tortueuse d’à peu près 30 kms maxi – comptez bien l’heure de route, car vous vous perdrez au moins deux fois –, gratifiée par le bleu de l’Hérault au fond de ses gorges à canoë, blottie (ou réfugiée) contre la montagne apparemment infranchissable, Saint-Guilhem-le-Désert (entendre, par là, méditation des moines), sur les Chemins de Compostelle, est le jour un Mont-Saint-Michel assourdissant de boutiques et d’impossibilité de se garer, et la nuit entrant, à peine éclairé dans des ruelles aux volets fermés et aux rares sonneries de cloches, un semblant de coupe-gorge qu’on arpente à pas peureux, sous un petit vent aigre.

Et puis, quelques « folies », pour sucrer la balade, comme autant de loukoums après le sec des paysages. Châteaux bâtis aux XVII/XVIII, par les riches marchands ou intendants royaux de Montpellier ; petits Versailles à rocailles, statues et surtout jardins à la française. Presque incongrus dans ces terres qu’on devine avoir été si dures au travail des hommes de peu… merveilles de Restinclières et tutoyant la métropole et son tram à 1 quart d’heure de la gare, le fastueux Domaine d’Ô (on disait « eau » dans le temps, car abondaient les sources). Dans ces deux cas, c’est, où qu’on se promène dans les domaines, le silence et un visuel complètement protégé qui dominent : horizon végétal, pas une seule maison, un moindre chantier, une route visible, en perspective ; la plaine et la ville qui s’y loge nous gratifient de leur absence, bien qu’à deux pas !

L’auberge de Saugras, nichée au diable vauvert, abritée dans un mas vigneron – murs datant quand même du XIIème, et ce fut une étape pour les Jacques d’antan  - notre adresse vivement conseillée ! Quelques belles chambres d’hôtes avec terrasses ; on est à trois sauts de puce de Montpellier, sur la route de Grabels. Repos, balades et randonnées, piscine et tous les parfums de la garrigue. Excellent accueil, discret et professionnel. Restaurant, bien sûr, aux produits, comme on lit souvent, du terroir, mais ici, c’est incontestable ; un adorable vieux monsieur, perché à Argeliers, les fournit en légumes et fruits frais.

Baladez, donc, musardez, tanguez à deux pas de chez vous… allez dans ces alentours, dont on parle tout le temps, qu’on connaît théoriquement depuis des lunes, en s’étant promis de… sans l’avoir jamais fait. Le goût des petits chemins de ce qui est autour vous viendra, vous quittera ? pas sûr ! On a presque envie de dire : régalez-vous ! C’est assurément de ça dont il s’agit.

A propos de l'auteur

Martine L. Petauton

Martine L. Petauton

Rédactrice en chef

 

Professeur d'Histoire-Géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)

 

Commentaires (1)

  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    27 septembre 2017 à 15:47 |
    Un véritable petit traité de sagesse pratique que votre texte! A mi-chemin entre Epicure et la littérature sapientale (l'Ecclésiaste). "Profiter" dit-on en français; je préfère l'allemand "geniessen" (néerlandais "genieten") avec cette notion d'attraper (étymologiquement relié à "greifen", cf. carpe diem!), de savourer, de jouir, de consommer, de manger (geniessen/essen), bien loin du profit thésaurisateur francophone...
    Et merci pour l'adresse!

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