Bonheur, liberté, humour etc.

le 01 septembre 2012. dans Ecrits, La une, Société

Bonheur, liberté, humour etc.

 

On cherche le bonheur, mais c’est lui qui nous trouve. Le bonheur est distinct en cela de la liberté, que l’on peut effectivement conquérir en se battant contre les us et coutumes, les habitudes, tout ces trucs qui nous tiennent en laisse, un combat respectable et qui n’est jamais gagné d’avance, tant la routine peut cacher une autre routine, mais qui ne nous promet d’aucune façon d’être heureux. C’est qu’il faut du discernement dans les sacrifices qu’on fait ; quand on a jeté l’assiette et le couteau, et la fourchette, il faut bien se faire à l’idée qu’on devra manger avec les doigts !

La liberté n’est nullement nécessaire au bonheur, ou en tout cas, c’est ce que j’imagine, car je crois sincèrement que certains individus s’épanouissent au milieu d’un millier d’obligations et de responsabilités qui les rendent importants à leur propres yeux ; grand bien leur fasse. Évidemment, ça ne doit pas être drôle tous les jours, mais le sentiment du devoir accompli vient les consoler de tous ces sacrifices consentis. Ils sont patrons, pères de famille, élus, médaillés de la croix de guerre, de la légion d’honneur, ou bien récompensés des fameuses palmes académiques, qui vous servent à nager dans les cocktails. Je les hais, bien sûr, eux sur qui repose l’ordre social immuable que nous connaissons, imperméable au rêve et à l’imagination.

Cependant, je n’irai pas jusqu’à affirmer qu’ils ne savent pas ce qu’est le vrai bonheur, car ça n’existe pas ; qui n’aurait mangé que du chou rave toute sa vie pourrait bien affirmer que le bonheur, c’est d’avoir justement du chou rave dans son assiette tous les jours, et je ne l’en blâmerais pas pour autant. Mille façons de vivre, et autant de manières d’être heureux, le bonheur est multiforme.

Alors, la liberté, pour quoi faire, si elle ne nous promet pas nécessairement ce bonheur si simple à obtenir, qui consiste à faire ce qu’on attend de vous ? Miracle des voyelles, la liberté, dans ce sens, c’est comme une pulsion de mort, qui me pousse à me dégager de l’existant, du contingent, du lourd, du grave, du consensuel et du commun. Et puis quoi, se retrouver seul, fasciné par sa propre image ? Non, car, dans ce désert d’azur, j’ose espérer y retrouver quelques semblables ayant opéré les mêmes choix, consenti aux mêmes sacrifices, aux mêmes renoncements. Bien sûr, c’est une vue de l’esprit, puisque je m’assois toujours sur mon cul, et regarde toujours passer les gens et le temps par les deux quinquets que m’a donné ma maman. Devenu homme abstrait, dans ma tête, j’ai pourtant le sentiment profond d’avoir accompli la mutation qu’attendait Léo Ferré, et je l’ai rejoint, par delà la mort et la séparation.

Car, la liberté, c’est effectivement dans la tête que ça se passe, pas la peine d’aller chercher plus loin. Et si notre principale et primitive prison est celle des mots, comme je l’ai dit précédemment, et bien je me bats avec eux, tous les jours, parce que ça me semble plus important que d’aller mettre des pavés dans la gueule des flics, les soirs de mai, quand le lilas fleurit. On peut me rire au nez, mais je persiste et je signe ; plus que les sentiments, les mots sont source de toute dictature, et c’est à eux qu’il convient de s’attaquer, pour changer le monde.

Et vous, si vous aviez le choix entre recevoir la fortune des Bettencourt ou bien faire advenir la paix dans le monde, de quelle couleur serait votre Ferrari ? Ça, ça me fait rire, sans complexe, car ça, c’est un vrai morceau de lucidité grinçante et bon enfant à la fois. Oui, on peut se moquer de tout et de tous, et c’est même un devoir de l’homme, puisqu’il a des droits, depuis 1789. Car, tant qu’à rester en cage, autant se moquer de ceux qui la gardent, non ?

Alors, résumons-nous : être heureux, ça semble jouable, être libre, c’est déjà beaucoup plus douteux. Il nous reste l’humour, pour rester joyeux, et nous évader mentalement. C’est peut-être bien lui qui peut nous permettre de faire le trait d’union entre bonheur et liberté.

 

Gilles Josse

 

Commentaires (2)

  • Simon Dominati

    Simon Dominati

    04 septembre 2012 à 22:16 |
    Bonsoir M. Josse,
    Pour réagir sur un point :
    « …notre primitive et principale prison est celle des mots » « … les mots sont source de toute dictature »

    Avec Luce,les mots sont en liberté, leur sens varie au gré de phrases vaporeuses,supports volatiles, volubiles, et dansent dans un souffle… J’y vois une grande liberté, mais la contradiction guette pour dire qu’elle est prisonnière de sa douleur et que cet espoir lui est nécessaire : les mots lui permettent une libération, une lévitation qui la meut dans l’espace, légère et pesante à la fois. La permanence d’un poids qu’elle tente d’alléger et ces mots lancés pour vivre sont sa liberté.Cette dernière est effectivement dans la tête, à notre guise...

    Et cette remarque, pour ne pas jeter de regard définitif sur les mots…

    Avec la bénédiction de Luce.
    Bonne soirée à tous.

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    01 septembre 2012 à 17:36 |
    Tout à fait d'accord avec vous : le Bonheur, avec un "B" majuscule, ça n'existe pas...Il y a seulement des moments de bonheur; et ce n'est déjà pas si mal! Et il est vrai que le sentiment de liberté - toujours subjectif! - est un ingrédient important de ces moments.

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