Chou, hibou, caillou, GENOU…

Ecrit par Sabine Aussenac le 23 août 2014. dans La une, Ecrits

Chou, hibou, caillou, GENOU…

Bon, je sais, je n’écris pas dans The Lancet ; je ne suis même pas bloggeuse sur Doctissimo. Ni même interne à l’hôpital d’Auch, hôpital sur lequel je n’ai pas le même regard attendri que ce jeune bloggeur devenu écrivain, lui…

Baptiste :http://www.ladepeche.fr/article/2013/11/01/1743385-auch-alors-le-voila-ce-celebre-baptiste-blogueur-ecrivain.html...

Sabine : http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2014/04/18/la-chute/

 

Pourtant, aujourd’hui, ni poème, ni coup de tête contre les masculinismes, ni rêves culturels : je voudrais vous parler de mon genou.

Le droit, plus précisément. Et puis à tant qu’à faire, de tout le « membre inférieur droit ». Oh, rassurez-vous, je n’ai pas les chevilles qui enflent, je ne me prendrai pas pour une spécialiste en blouse blanche. Juste un petit récit, qui voudrait dénoncer certaines dérives des « hommes en blanc », justement, et des incompétences…

C’était, je crois, en février. Un samedi matin, me voilà à changer, dès potron-minet, le bac de mon ex-chat. En me baissant, soudain, je sentis comme un frémissement dans le genou. Comme si ma jambe avait, une fraction de seconde, lâché. Je n’y prêtai pas attention, plutôt préoccupée par mon dos de quinqua, toujours à rouspéter dès que je porte du poids…

La semaine qui suivit cet incident mineur fut marquée par une mémorable grève de Tisséo, le service de transport toulousain. Plus aucun bus, ou presque ! Hélas, je m’étais, comme chaque année, inscrite à l’agrégation. Et comme tout prof qui se respecte, même sans avoir lu la moindre œuvre au programme, je voulais y aller, pour me colleter aux traductions – l’espoir fait vivre… Me voilà à arpenter ma ville rose en tous sens, marchant plusieurs heures par jour pour attraper le métro, depuis mon quartier qui, sans bus, ressemble à quelque banlieue esseulée. C’est en fin de semaine que je ressentis les premières douleurs.

Une gêne, d’abord, à la marche. Dommage, car je venais de reprendre, presque un an après mon accident sus cité, le jogging, le yoga, le step… Une douleur, très vite, aussi, sourde, au départ, vaguement située autour du genou, et puis, de plus en plus lancinante, gagnant la cuisse, la hanche, le mollet, même, mon beau mollet d’ex-cycliste ayant fait l’Europe en vélo avec ex-mari number one, et, pire, le pied ! Me voilà à me tordre de douleur toutes les nuits, ne trouvant plus le sommeil. Me voilà à ne plus pouvoir me lever après être restée assise sans une grimace de souffrance. Me voilà à boiter, comme dans :

https://www.youtube.com/watch?v=GG6cN5Gnf7k

Plus question de yoga, car la première position, celle de l’arbre, vous savez, où l’on pose simplement le pied sur la face de la cuisse opposée en levant les bras, m’était devenue insupportable, puisque je ne pouvais plus plier le genou… Impossible, et c’était plus grave, de me baisser ! Très ennuyeux pour le ménage, pour lacer les chaussures, pour soulever des courses… La douleur traversait tout mon corps, du pied jusqu’à la cuisse, si atroce que j’en criais.

La généraliste me proposa des antalgiques et des anti-inflammatoires. Bon, je ne suis pas ch… que dans la vie de tous les jours, mais aussi « difficile à soigner », ne supportant pas grand-chose du fait de mes lourds soucis intestinaux – que je vous épargne ! Ma doctoresse était perplexe. Le genou ? Mais aussi la cuisse, le pied ? Une sciatique ? Mais la douleur n’était pas caractéristique.

Un ostéo (médecin remboursé) et un « rebouteux » (médecin de campagne non remboursé) plus tard, je poussais la porte d’un autre généraliste – la mienne était en vacances. Mal m’en a pris, d’ailleurs, car voilà ma mutuelle à ne rembourser que 11 euros pour « parcours non coordonné » – mais ceci est une autre histoire… L’homme de l’art m’envoya illico passer deux radios, hanche et genou, qui ne montrèrent qu’un très, mais alors très vague début d’arthrose de hanche. Mais à peine, hein. Le docteur se montra très direct : dans moins de dix ans, je devrais être opérée. En attendant, re-prescription de médocs que je ne pouvais prendre.

Le quotidien devint quasi insupportable. Il faut dire que même si je n’y allais pas tous les jours, le rectorat m’avait envoyée civiliser l’Ariégeois : sans permis de conduire, je me levais donc à 4 h, pour faire six heures de trajets par jour en bus-métro-TER-car, et… en marchant, bien sûr ! Et puis les courses, les sorties… La douleur ne me quittait plus, je laissais un bâton de randonnée à côté du lit pour me lever, je grimaçais sans cesse, je ne dormais plus ; j’ai peur des escalators qui descendent et ne prends pas l’ascenseur, vous imaginez donc le doux mariage de mes phobies et de mon genou bloqué…

La généraliste finit par évoquer une douleur « psychosomatique », comme la plupart des médecins devant des souffrances inexpliquées. « C’est le poids des années que vous avez traversées »… Certes. Mais 80.000 euros de dettes laissées par ex-mari number two, la bouffe du secours pop et les centaines de kilomètres que j’endure du fait du rectorat n’expliquent pas FORCÉMENT un blocage de genou, si ?

Je me tournais alors, en juin, vers un rhumato. Il tenta de me faire une « infiltration » sans mon accord – j’ai bondi de la table, non mais oh, mon corps m’appartient, non ? – et pencha lui aussi pour le psy, mais me prescrivit des séances de kiné (on ne sait jamais…). Lui-aussi était perplexe, car sans arthrose, sans gonflement, il ne comprenait pas.

Le premier kiné, tout proche de mon domicile, m’expliqua au téléphone être « méziériste » ; cela signifiait apparemment « une approche globalisante du mal » – chouette, moi qui, vous l’aurez compris, suis plus branchée granules qu’antibios, je trouvais l’idée sympa ! Je déchantais en voyant le cabinet tout crassou, et le pendule que ce monsieur me balança devant le torse pour tester mon « être intérieur ». Je n’appréciais pas vraiment non plus ses explications de deux séances à 40 euros dont il ne facturerait qu’une seule pour que ma mutuelle me rembourse, chut, il ne fallait pas le dire. Et lorsqu’après m’avoir fait mettre en sous-vêtements et me coucher sur la table crasseuse, non seulement il examina la jambe, mais aussi appuya longuement de ses deux mains sur les os de mon bassin, et sur… ma foufoune, là, je vis rouge.

Je finis par atterrir chez un kiné ami d’amis kinés d’une autre ville. Parfait, le sosie d’un Bee Gees, mais aussi tout à fait normal et compétent, qui me dit, lui aussi, que ce « blocage » serait long, et qui me fit une simple séance d’étirements.

Un peu rassérénée, je rentrais, me disant que la solution serait donc dans l’attente, me sachant entre de bonnes mains. Mais je claudiquais encore…

Et puis il y a quelques jours, en me pressant pour monter dans le bus, empêtrée par mon caddy et par le parapluie – chez vous aussi, il pleut, cet été ? –, je sentis soudain un craquement atroce à l’arrière du genou, et ressentis une douleur telle que je tombais… à genoux dans le 16 ! On m’aida à me relever – il était midi, et j’ai vu des mamies hocher la tête d’un air méprisant… Non, je n’avais rien bu !

J’appelais vite le dernier kiné, mon sauveur récent, mais c’était un vendredi, impossible de le voir. Pourtant, la douleur et surtout la claudication s’étaient potentialisées à l’extrême…

Et puis le dimanche matin, soudain, je me levais du lit… tout simplement ; j’avais dormi toute la nuit. Je pus descendre l’escalier comme si de rien n’était, alors que depuis des mois je descendais marche après marche !

J’étais… guérie ! Bon, pas tout à fait, ça tiraille encore, c’est fragile, je sens que je vais avoir besoin des fameuses séances de kiné. Mais… je crois que ce n’était ni de l’arthrose, ni… psychologique. J’avais un blocage, je ne sais pas où, à la rotule, au ménisque, un blocage que ni les deux généralistes, ni le rhumato, ni deux ostéo, ni les kinés n’avaient pu diagnostiquer. Un blocage sur lequel des anti-inflammatoires et des infiltrations n’auraient pas été efficaces, puisque cela n’aurait pas soigné la cause. Un blocage peut-être engendré par mes soucis, oui, mais qui résultait, j’en suis certaine, de ce faux-mouvement de départ cumulé à la marche forcée pendant la grève de bus… Et, comme tout n’est que cycle dans la grande marche du monde, je me suis « débloquée »… en montant dans un bus !!

Voilà. Chou hibou caillou GENOU… C’est tout !

A propos de l'auteur

Sabine Aussenac

Rédactrice

Née en 1961, Sabine Aussenac est un professeur et écrivain français.

Auteur de romans, de nouvelles et de poèmes plusieurs fois primés, elle s'attache aussi à faire connaître et aimer la poésie en dehors des sentiers battus de la modernité, sa langue étant proche de celle des auteurs du dix-neuvième siècle. Elle combat le minimalisme des formes actuelles et l’intelligentsia des revues et des grandes maisons d'édition, les premières n'acceptant qu'une certaine forme de poésie, les secondes ne publiant que des auteurs disparus. Son crédo est que les Français sont de grands lecteurs et auteurs de poésie - on le voit à l'implosion des blogs et forums consacrés à cette forme de littérature - mais que l'édition demeure un terrain réservé. Elle en appelle à une poésie vivante et libérée des diktats littéraires et éditoriaux.

 

(Source Wikipédia)

Commentaires (1)

  • Martine L

    Martine L

    23 août 2014 à 18:54 |
    le genou ! on vous plaint ; le caillou ? un responsable dans le genou flanchant ? le hibou ? entendu par vos nuits sans sommeil à cause du genou ; le chou ? en manger ? pas bon pour le genou ! ou alors, un de vos bons amis s'est-il fendu d'un " mon chou ! " pour vous consoler ??

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