Dans les marais de l’être

Ecrit par Mélisande le 20 juin 2015. dans Ecrits, La une, Musique

Dans les marais de l’être

Il n’y a aucune alternative : il faut se taire et écouter, car la musique est en deçà du sens et découvre en nous des terres lumineuses, mais aussi des espaces obscurs : Ils se lèvent et drainent le sable d’or de fin de juillet, les mousses verdâtres de novembre, mais aussi la mort dans la lumière de décembre, avant de soulever comme le corps de l’amour les espérances blêmes de mars.

Et quand finalement la terre s’agite et tue promptement, avant de redevenir mère qui donne naissance, tout est dit pour qui sait voir, dans le silence absolu d’un langage lumineux de vérité. Quel être a accès au langage silencieux des tempêtes et aux tremblements du piano sous les doigts de celui qui lit la partition tragique du compositeur ? Il s’est tu finalement, mais les notes crient, hurlent, et blêmissent dans l’ardeur de son silence, quand dans le ciel les oiseaux y reconnaissent familier quelque départ de feu, et qu’ils répondent en chœur au fil suggéré de l’amour, mais aussi quand les esprits de la forêt se mettent à la portée de cette étrange voix qui leur rappelle que la vie était belle et pure, avant d’être déposée dans le creux historique des mains calleuses de l’homme.

Si bête dans son uniforme étriqué, si beau dans sa tragédie d’amour quand l’amour s’est absenté de son être et quand il cherche hagard ce qui pourrait lui ramener la pluie, l’arc en ciel gratitude extrême des nuages enfin accordés…

Là où l’humain, gnome poussif, est minoritaire, absent à lui-même, absent des esseités des saisons et déserteur du Beau-en-Tout

Mais qui sait lever l’ancre, n’importe quelle encre au sommet aigu de sa demande éperdue ? Sauvez-moi, qui que vous soyez, sauvez-moi, menez-moi à l’essentiel de ma voix de mon être, permettez-moi, Ô Dieu des vents contraires et de la musique, permettez-moi d’aimer, comme « Le bouquet qui se dénoue », dans le poème d’Aragon… Avant que la mort ne vienne, comme la délivrance, le passage dans l’autre pays, l’ultime frontière.

Voleront alors en éclat les frontières blafardes des humains qui pensent arrêter un désir avec un mur, un désir de vie, de liberté, un désir au risque de la mort, et ce pays où tout le monde est enfin convié, invité, pressé, ce terme frontalier qu’on appelle la mort, comme une égalité universelle enfin retrouvée, cette obligation cosmique, qui ramène chacun à reconsidérer et le temps et l’espace et l’Autre, mon frère, ma douleur, mon autre moi-même, ce pays qui me contraint comme un rayon de lumière, à enfin sortir des gonds de cet horrible égocentrisme, cette sécheresse de la mort en plein bocage de la vie, ennemi, hostile, flèche meurtrière dans le cœur de l’amoureux : un marécage noir où se décomposent et la beauté et l’être et l’amour…

Ce pays du silence où tout ne sera enfin que musique et amour, nous nous y pressons, frileux et déterminés.

A propos de l'auteur

Mélisande

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