Et si ..? (2)

Ecrit par Eric Thuillier le 18 juin 2010. dans Ecrits

Et si ..? (2)

Un incident inattendu me contraint à modifier mon programme de publication et à avouer plus tôt que je n’avais prévu de le faire que je ne suis pas l’auteur des textes qui défileront sous la rubrique « Et si… ». Le véritable auteur est Dédé l’Orthophose auquel je pensais rendre sa juste place dans quelques semaines.

C’était compter sans le prestige grandissant de notre revue dont un lecteur, intrigué de trouver un texte de Dédé sous le nom de son meilleur ami,  n’a pas cru mal faire en interpellant l’Orthoshose en ces termes : « Alors tu publies tes conférences dans Reflets du temps ? »

  • Comment ça dans reflets du temps ? Le « Reflets du temps » de Léon-Marc Levy ?
  • Oui, j’y ai lu un compte rendu sommaire de ta conférence sur la réparation de l’humanité par l’amour de la pluie signé par ET
  • Non, j’te crois pas ! Tu parles bien de la revue internet dans laquelle écrivent Martine Lamouché, Jean le Mosellan, Jacques Petit…
  • Et même cette semaine Tahar Ben Jelloun
  • Celui ci je ne le connais pas mais je peux t’assurer que ce cochon de T ne m’a demandé mon avis…

C’est comme ça que j’ai entendu au bout de ma rue la carriole de Dédé. Ses grelots l’annoncent sans méprise possible mais le rythme de leurs tintements m’a tout de suite alerté. Ce n’était pas le Dédé placide qui arrivait.

Après quelques éclats de voix nous nous sommes réconciliés. J’ai eu peine à lui faire admettre que je n’avais pas l’intention de passer pour l’auteur de ses textes, que c’était une surprise que je lui ménageais. Je renouvelle ici solennellement devant vous et devant lui mon affirmation, je n’ai jamais eu la volonté de dérober quoi que ce soit à Dédé. Je voulais introduire plus tard ce personnage, après avoir donné quelques échos de sa douce folie. Je me trouve maintenant dans l’obligation de vous le présenter.

Rapidement puisque ses dires et ses manières fourniront la matière de ce feuilleton. Il se définit lui même comme un élément de mobilier humain mobile, un montreur de rêve, un bouffon du peuple souverain.

Notre lien est né d’une circonstance extraordinaire qui m’a amené à le sortir du gouffre de crasse et d’alcool dans lequel il était plongé. Je n’ai pas de grandes dispositions pour la charité mais n’importe qui passant a coté de lui à ce moment là aurait fait ce que j’ai fait, consacré quelques jours de sa vie, quelques jours de son souffle pour maintenir en vie une flamme dont la couleur ne trompait pas, il fallait la préserver. J’en ai tiré grand bénéfice. La reconstruction d’un être est aussi reconstruction de soi. C’est une fierté de se sentir un peu responsable de la survie d’un homme dont la déchirure arrondie, cautérisée, laquée, ouvre une lucarne sur les beautés du monde.

Pour cette fois, je n’ai pas le temps d’entreprendre la description détaillée de sa charrette caverne d’Ali Baba. Il a adjoint à un étal roulant de marchand des quatre saisons dont les grandes roues permettent le franchissement aisé des trottoirs les plus hauts, un carénage en planches peintes, portes ouvrants sur d’autres décors et des batteries de tiroir débordants de collection diverses, photos, lettres, insectes, pastels, jeux de cartes, gravures, autant de casiers dont le contenu émerveille tous les enfants et quelques adultes. L’ensemble est surmonté d’un toit à deux pentes de protection de ces trésors sur lesquelles figurent des enseignes que je ne peux citer sans explication.

Le coté droit de la charrette (quand on la suit), est orné du visage qui figure ci dessus, monté sur un panneau basculant vers le bas, relié à la charrette par une charnière, équipé dans sa partie haute de deux pieds qui le place le en position horizontale à environ 25 centimètres du sol. C’est la petite estrade sur laquelle, chaque jour, à diverses heures et divers coins de rue, Dédé tient salon. Ce qu’il raconte, qui vient le voir, nous en parlerons dans les épisodes suivants. Je vais seulement vous révéler un secret ou si ce n’est pas un secret une chose que la plupart des spectateurs ignorent : sur l’envers du panneau estrade, trois repères figurent la position des yeux et de la bouche du visage tourné contre le sol. Trois petites cales permettent à Dédé de maintenir les trois pieds du  siège qu’il utilise juste sur les repères et tout ce qui monte vers sa propre bouche lui est transmis par ces deux grands yeux et ce visage penché avec douceur vers le monde.

A propos de l'auteur

Eric Thuillier

Rédacteur

Artisan électricien

Auteur de chroniques sur "Le Monde.fr"

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