Je me souviens souvent du granit du Sidobre

Ecrit par Sabine Aussenac le 25 avril 2015. dans La une, Ecrits

Je me souviens souvent du granit du Sidobre

Je me souviens souvent du granit du Sidobre,

Des sentes oubliées comme un soleil d’octobre.

Comme au matin du monde les rochers s’élevaient,

Beaux géants tutélaires, immobiles guerriers.

 

Nous ouvrons les fougères comme on peigne une femme,

En marchant sur des mousses aux murmures secrets.

La source, serpentine, un grelot à nos âmes,

Toute ourlée de cresson, en attente de fées.

 

Tous ces noms aux symboles, Roc de l’Oie qui étonne,

Trois Fromages empilés par les siècles amusés,

Et puis le Lac du Merle aux fraîcheurs empesées :

 

Nous foulons en silence le Chaos qui résonne…

Je reviendrai bientôt, Autanette rêveuse,

Vers la Quille du Roy qui me rendait heureuse.

 

Lo ròc tremolant…

 

Il se dressait, seul, imposant, terrible.

L’orage déchirait la nuit, les grands sapins ployaient sous la neige. Un sanglier passa en humant l’air chargé d’éclairs, puis ce fut le silence.

Cela faisait si longtemps. Les nuées avaient laissé la place au soleil, et puis les grands animaux avaient parcouru les terres et les vents. L’eau s’était retirée bien des siècles auparavant, laissant non loin de lui ce lac entouré par ses frères, et ce coulis qui faisait grisonner la montagne.

Ils étaient apparus ensuite ; nus, apeurés, affamés. Seuls ou en groupes, ils l’évitaient, enjambant de leurs pattes velues les ronces et les fougères, grognant et rugissant. Il devinait que ces animaux-là n’étaient pas comme les renards, les belettes et les loups ; leurs regards lui parlaient, et lorsqu’ils commencèrent à enterrer les cadavres de leurs tribus, il comprit que la terre avait trouvé ses maîtres.

A propos de l'auteur

Sabine Aussenac

Rédactrice

Née en 1961, Sabine Aussenac est un professeur et écrivain français.

Auteur de romans, de nouvelles et de poèmes plusieurs fois primés, elle s'attache aussi à faire connaître et aimer la poésie en dehors des sentiers battus de la modernité, sa langue étant proche de celle des auteurs du dix-neuvième siècle. Elle combat le minimalisme des formes actuelles et l’intelligentsia des revues et des grandes maisons d'édition, les premières n'acceptant qu'une certaine forme de poésie, les secondes ne publiant que des auteurs disparus. Son crédo est que les Français sont de grands lecteurs et auteurs de poésie - on le voit à l'implosion des blogs et forums consacrés à cette forme de littérature - mais que l'édition demeure un terrain réservé. Elle en appelle à une poésie vivante et libérée des diktats littéraires et éditoriaux.

 

(Source Wikipédia)

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