L’offense de notre mère, la terre

Ecrit par Jean-François Joubert, Claire Morin le 12 mai 2018. dans La une, Ecrits

L’offense de notre mère, la terre

Mes 30 ans ont sonné. Eh oui le temps passe et s’écoule entre nos doigts, en sable parfois fin, parfois grossier. Pourtant, nous sommes d’éternels enfants aux yeux scintillants des milles merveilles qui nous entourent, l’émerveillement à fleur de peau ; et à chaque fois heurtés brutalement, un trente tonnes qui nous rentre dedans, comme la première fois, quand survient la Mort, physique ou celle de nos émois.

C’est une mécanique bien rodée qui peut facilement tout broyer dans ses rouages. Elle nous rend parfois clowns tristes, voire pathétiques, avec l’humour et l’autodérision pour seules armes afin de contrer le sérieux autoritaire de ces gens cyniques qui éradiquent leurs semblables sans remords à grands renforts d’arsenic. Il me semble évident que Charlie, humain plein de bon sens, a trouvé la parade idéale pour dénoncer ces grotesques mascarades et les actes odieux de ces pantins sans âmes. Son remède est intemporel, thérapie par le rire.

En ces temps modernes dont tu parles et qui te posent question ; bien sûr que tu as, que nous avons le droit, surtout le devoir d’être heureux. Nous n’avons pas à passer notre temps à pleurer toutes les larmes de notre corps sur le passé ainsi que sur toutes les misères du monde, ce poids est bien trop lourd à porter seul(e). Ce n’est pas un élan égoïste loin de là, mais il faut aussi savoir se préserver un minimum, avoir conscience que dans cette vie parfois si dure, un grain de bonheur est bénéfique pour tous quand il se propage en traînée de poudre. Alors oui, je veux te voir sourire sans te retenir et qui plus est, en être fier.

En ces temps modernes où l’industrialisation, l’urbanisation, la condamnation, la digression ont la part belle, remplacent l’émotion pure ; nous restons authentiques, fidèles aux valeurs antiques ; et retournons à la nature. Ecole cynique, école buissonnière qui nous apprend à nous défaire des conventions sociales, de l’opinion publique ; au mépris des pseudos « bien pensants » dont nous faisons fi.

Nous progressons les yeux grands ouverts, peu soucieux de passer pour des cancres utopiques tant que nous apprenons les bonnes leçons, suivant nos instincts sauvages mais assagis par les meilleurs aspects de la nature humaine.

Là, quelques bouteilles jetées à la mer, pas de frontières, tout juste quelques balises rouge passion et vert espoir. Faut-il tourner à gauche ? A droite ? Je me sais parfois gauche, cependant je m’escrime à être de plus en plus adroite au fil des courants, des alizés.

Je ne crains plus les naufrages, guidée par une solide équipe. Entre celui qui ne perd pas le nord, celui qui sait lire les cartes et lignes de la main, celui qui tient la boussole et sait s’aiguiller au soleil. Nous tenons le bon cap, les écueils sont derrière nous.

J’aime cette image d’alliances ; cercles que prolongent nos mains enlacées, nos regards croisés, nos mots identiques, les courbes de nos cœurs battant au même rythme. Elles font le tour du monde en une éternelle ronde des aubes jusqu’aux crépuscules. Se sont ces mariages parfois incongrus qui font que l’on avance au fur et à mesure que l’incompréhension recule.

Nous divorçons seulement d’avec ceux incapables de tenir leurs promesses.

Au sein de cette jungle urbaine où tout le monde est pressé et n’a du temps que pour son nombril, où on vit les uns sur les autres sans se voir. Nous, nous suspendons le temps à des accroche-cœurs ; les cheveux en bataille et les idées folles fusant en feux d’artifice, fleurs multicolores perçant le béton ; nous graffons nos signatures en fluo dans la marge.

Nous avons rencontré beaucoup de vieux loups de mer qui nous ont conté leurs histoires. Ils ont bourlingué par-delà les océans déchaînés et ont plongé dans des eaux claires turquoises. Leur visage est un livre ouvert, leur regard en dit autant que mille mots. Ils ont la peau burinée par l’écume houleuse des jours, les soleils ardents auxquels ils se sont réchauffés ; les mains calleuses d’avoir fait et défait les nœuds marins les liant solidement à l’existence. Ils éclairent tels de majestueux phares le chemin de leurs pairs et des plus jeunes qui les écoutent. Lors des veillées, ils nous laissent imaginer les morales qu’ils se garderaient bien d’imposer. Leurs odyssées nous invitent à quitter le port et à voguer coûte que coûte vers les horizons espérés.

Claire Morin

Longtemps, je fus niais. Je regardais juste la cime des arbres, veste fuchsia, celle de la voile de Robby Naish, un dieu vivant de mon sport de véliplanchiste, en compagnie de mon frère et de notre diadème, notre diane. Nous voguions vers La Torche allumée, nos yeux, notre regard, sur un ami Fanc’h qui allait toujours à dreuze au départ et revenait comme une bombe vers les premières places. Heureux enfant que je fus. Puis vint l’exode, la patrie mère qui m’expatrie pour cause scolaire vers la grande Nantes, terre belle de ces heures d’esclavage. Oh ! qu’elle est belle notre tour, la Duchesse Anne et les murs Haussmanniens. Mais je suis juste un bon compagnon de voyage qui nourrit sa plaie ouverte de ne plus naviguer ou si peu.

Aujourd’hui, je suis un fruit vert, une jeune pousse qui compte les graines du temps. Bientôt cinquantaine hurlante, ex-capitaine de rafiot, ex-dirigeant de pacotille de voilier que je trouvais au hasard de mes pérégrinations sur la toile d’araignée de ma mémoire, est une dame, je la sais bien entourée, elle. Quand moi je m’ennuie à mourir lentement du manque d’eau de vie, l’autre. L’autre c’est le slam, ouvert sur l’herbe de la Penfeld, lieu où j’ai osé poser mes balbutiements, te lire. Eh oui, j’aime lire mais l’âge est là et l’apprentissage de cet enfant peu sage m’entoure plus de silence et de peu de science.

Poète, pour moi c’est une belle-sœur qui descend un escalier en furie et crie le nom de famille madame Joubert, en dévalant quatre à quatre les marches de l’escalier. Je prends ce mot en injure je te jure, Claire, car elle a lu mon premier opus Ma chienne de vie qui orne la vitrine du géantissime américain et personne ne s’étonne que je reste confidentiel.

Tiens, je ne verse pas de larmes sur mon passé bien au contraire radieux, et adieu La Nausée de Jean-Paul Sartre. Je suis ce fou qui ose tout, entrer des caractères spéciaux dans mes livres pour noms de personnages. Je nage à contre-courant mais je suis ce mode alternatif. Hier contrôle au faciès, mon premier car je ressemble à mon chien Punk, lui qui sautait si haut qu’il dépassait le mur d’enceinte qui entourait le 45 route de l’aber. Ma veine, mes reins, ma souffrance de ne plus la voir cette rivière porteuse de b.b lieu jaune sous une pierre triangulée façon navigation à l’estime. Et je vous estime, vous le couple qui cherche, messieurs, damoiselle, à me redonner de l’air.

La cime du pin maritime et les vaches en 1987 qui regardent les bateaux dans leurs champs, tempête du jour. Aujourd’hui on appelle tempête un ouragan, démesure de notre déconstruction de dame Nature. Celtes certitude que je suis devenu lentement à force de croire en rien. Je crois aux civilisations éteintes comme la lumière du fruit de ma passion. Je suis un mort vivant mais quand je compose de la prose, je respire l’iode. Tiens une averse ! Ah non juste le charme d’un humain qui pleure les défunts. Juste un homme qui pleure sa déesse, partie le sac à dos de marin, un bleu, un jaune, le tout entremêlé. Je suffoque, je suis dans la chambre de torture de Bohars, je n’arrive plus à respirer et mes dernières pensées sont sauvages. Je demande de l’iode pour ne plus souffrir et sortir de cette mascarade sans camarade, cette chambre au hublot huileux, où des femmes viennent voir si votre bile habille le sol. La clef, la clé de sol, je l’ai jetée. Comment je l’ai fait ? Je l’ignore. Simplement en voulant changer je crois. Ne pas être handicapé par ma timidité. Et pourtant je vogue encore sur le tableau de mes nuits blanches, des rêves s’allument.

Eh oui, un conte pour la planète. Conte que les enfants du Sahara et ceux de la mer d’Iroise comme ceux aux regards clairs, Claire. Il éclaire le ciel d’un savoir ancestral. Le calcul pas de nos reins, mais des coordonnées géo-galactiques. Je rêve à voix haute de liberté et Charb habitait Lanildut, tu sais. J’ai pas pleuré mais je me suis mis sur les marches de la Place de la Liberté tant j’étais offensé que penser tue !

Oui, Le Carnaval des Cieux me parle, schizophrène que je suis, et mayas, incas, celtes pensaient que l’eau, la terre, l’air et le feu étaient les mamelles du destin. Je te sais d’accord, alors on avance et on danse un tango sur le dos d’un éléphant de mer, un phoque qui est pataud, telle que ma petite personne hors de l’eau et glisse dans la mer, la seule qu’il connaisse : l’eau au sel fin.

Et avant d’aller à la fin de ce court texte, je te dis Merci !

A propos de l'auteur

Jean-François Joubert

Jean-François Joubert

Rédacteur

Ecrivain

Jean-François Joubert est né à Brest, une ville où l’on parle souvent des îles qui l’entourent, Ouessant, Molène, Sein… La mer le berce depuis l’enfance et elle s’invite souvent dans ses rêveries. Elle est Source d’inspiration, mais aussi de revenus, pendant longtemps il a enseigné la voile au sein de différents clubs nautiques. Désirs de voyages, de rencontres, d’océans, et ce besoin d’écrire qui s’installe, comme une évidence.

 

Claire Morin

Claire Morin, alias Slamity Jane, est née en 1988. Elle écrit de la poésie depuis l’âge de 12 ans et a fait sa première scène à 13 ans à l’occasion d’un festival de poésie. Claire a découvert la pratique du slam en 2008, a participé à des tournois nationaux et scènes ouvertes à travers la France, ainsi que fondé deux associations à Brest. Elle organise régulièrement des événements culturels variés et a autoédité un recueil et trois albums. Un spectacle, un deuxième recueil et un quatrième album sont en cours de création.

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