La Barque

Ecrit par Mélisande le 09 mars 2012. dans La une, Ecrits

La Barque

 

 

Quand le mal est en toi

Ruisseau acide minant la terre

Qui aujourd’hui s’offre au printemps

Telle une jeune-mariée-fringante-qui-a-su-oublier,

Et qu’il réduit à néant tes efforts

Pour suivre le mouvement de la vie, cette vie qui monte

Comme des mains le long de l’univers,

Dans un cri ample de jouissance,

Déchirant la fragile membrane de l’apparence.

Et que tu n’y es pas.

Fais tes valises, ô, va-t’en !

Le jour se lève ailleurs comme ici, mais les murs de ton être

Sont empreints de cette suave odeur du passé, poison violent

Qui rend les jours anciens, éthérés, merveilleux,

Six pieds sur terre, loin devant comme le regard.

Oui, ne reste pas ici : il te faut fuir, laisser en plan,

l’armure surannée, vieille carcasse vide.

Abandonner ton corps ici, tout de suite,

Et tes vieux vêtements, il faudra les brûler.

Pars en voyage au son d’une voix, elle te sauve,

Et cette lumière qui te bascule dans une autre maison,

D’un regard embrassant ta silhouette

Qui a perdu son être. Il saura tout :

Par une tendre attention, dans une chaleur soudaine,

Saisissant au plus profond de lui ta vie

Il te tirera puissamment sur le rivage,

Même si tu n’es personne.. Oui.

Il voudra que tu vives, toi, son cœur.

Ophélie diaphane, qui a mal quand les autres

Sont ensemble pour ne pas ressentir cela :

Les frontières de soi, cette nuit parfois quand il fait jour

Dehors et qu’il faut remercier.

Néant que l’on traverse, barque molle sur la dérive d’un jour.

Ignorant qu’il y a toujours une voix qui dira :

« Terre ! Terre ! » au profond de la nuit !

Regard qui discerne de loin le moment

Où cette océanique clameur prendra fin.

Les contours de la vie dessineront à nouveau

Un soleil tendre dans tes yeux petite fille,

Mais aussi au creux de tes mains

Qui s’agrippent, pour ne pas être quittée.

Lâche tout ! Saute par dessus bord, c’est un fil qui nous tire

Même si les ronces blessantes de certains jours,

Nous le cachent.

Tu lui donneras présence par ton désir

Il deviendra cordage puissant pour t’arrimer,

Arbre ouvert sur le ciel.

Quelqu’un qui existe parlera doucement à tes oreilles

Pour y faire à nouveau monter l’équinoxe, le chant du monde,

Il te fera lever comme tu aurais dû, dans un sourire confiant,

Douce Ophélie qui défie la mort sous son chagrin,

Cadavre inutile, alourdi par le temps.

 

Mélisande


A propos de l'auteur

Mélisande

Rédactrice

Commentaires (1)

  • Zoé Tisset

    Zoé Tisset

    09 mars 2012 à 19:05 |
    Beau chant de l'espoir et de la vie.

    Répondre

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