La mort du daim

Ecrit par Mélisande le 20 avril 2013. dans La une, Ecrits

La mort du daim

Sur la forêt planait l’esprit de la mort et l’animal en était : sa fatigue le conduisait durement sur des terres inconnues et nul n’était besoin de résister, car sa chair abîmée prenait du champ. Du bleu du rose, et une infinitude qui l’étranglait, dans le silence pâle de sa solitude. Son regard fixe et figé sur le ciel buvait les forces éthérées des nues, son esprit vagabondait entre mort et vie, et ce voyage dans l’urgence, ces derniers pas fragiles et hésitants, sous les yeux d’amour alanguis du Dieu vivant dans les choses, tout cela avait l’intensité d’une voix qui appelle. Juste quelques secondes pour prendre et donner. Puis crier quelque chose de l’ultime. En ces lieux la mort exposait un jour nouveau : un changement radical aux sources du domaine. Et dans le silence montait une voix, une belle voix de femme. Allégement bienvenu des forces vives, et derrière son regard embué, il lui semblait voir « l’esprit du daim voler sur la plaine.. ». Voyage désiré, comme un baume, sur les douleurs que la vie avait en son cœur infligées. Et la douceur des lieux en ces mains, témoignait.. Des courbes douces ouvraient un champ de paix, ailes déployées, promptes à l’évasion. La fatigue intense de son corps à présent couché sur le flanc, le sang qui dévalait les pentes séculaires de sa vie, la venue au jour de ces printemps successifs qui proposaient une réconciliation, tout cela faisait un bruit tardif. « Trop tard, murmurait-il, trop tard.. »…

Aujourd’hui, une fleur naissait sans cris de joie, autour d’elle, des naissances à l’infini venaient à éclore et les gens aimaient cela. La fin, le début, la nuit, le jour et dans la lumière,  les sources infinies du temps qui ouvraient un espoir grandiose. Couché, le daim n’était pas seul. Dans le sillage de sa défaite bruissaient les feuilles qu’il avait dévorées, le sentier que ses pas avaient foulé, l’eau souple de ses venues claires et fébriles au crépuscule des désirs violents d’amour. Mais la fatigue était là, vaste marée silencieuse qui emportait tout pour réduire à néant le moindre sursaut pour se lever vainqueur. Alors l’animal choisit l’endroit, celui qui dans le vert et le bleu du printemps résonnait en son cœur. Il plia dans un souffle, il rompit soudain, puis sentit ses forces partir dans le dernier nuage, un galop aigu capable de foudroyer les cœurs les plus durs. Il se réconcilia enfin, et rendit l’âme. Dans les voix qui s’élevaient autour de lui, un chœur puissant, le chœur vibrant du grand Voyage.. Nuages pesés, nuages légers, espace délié ouvert à l’infini. Sans larmes. Que de la force et que du Bien… Le daim est mort de cette fatigue des vivants qui nuit à l’espérance, et sa beauté source vive, lance des éclairs vibrants. Tout est  petit, Seigneur, tout est petit..

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Mélisande

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