La vraie vie

Ecrit par Mélisande le 13 janvier 2012. dans La une, Ecrits

La vraie vie


L’année commence et nous avons tous le cœur léger.

Quelque départ nous a éloignés de nos démons, un visage perçu dans le récit d’une existence nous a montré que pour tous, le chemin est dur.

Quand on s’approche de son être réel, quand on a de cesse que de vivre dans cette recherche de vérité de soi, le chemin est souvent âpre : même si le bonheur en est l’objectif ; peut-être que ce bonheur, désiré comme une lumière brillante dans le champ de bataille, n’est en fait que le repos, une paix profonde et fertile, dans l’océan des existences devenues enfin vivables par quelque renoncement à l’absolu ?

Cette passion qui nous anime, brûlant tout sur son passage, consumant si vite notre énergie vitale, doit peut-être s’ordonner comme un beau jardin qui deviendrait calme et serein par la grâce du temps ?

Aujourd’hui, il eut été impossible, même au pire cartésien, de mégoter sur la preuve éclatante de l’existence de Dieu. Lorsque cet après-midi, j’ai quitté la maison de Pierre Rabhi que j’interviewais, j’ai été accompagnée tout au long de ma route par un arc-en-ciel cercle parfait. Deux piliers de lumière posés çà et là, à l’orée du monde.

Nous venions de parler du silence et du mystère de la Création. Personne ne pouvait ne pas être sous la magnificence de cet extraordinaire arc-en-ciel sur la route d’Aubenas à la vallée du Rhône, en contrebas. Le cœur muet, saisi du respect du disciple qui n’a plus rien à dire, car on ne voyait que lui dans sa volumineuse et immatérielle présence.

Preuve éclatante d’un univers intangible, structuré, magnifique, qui révélait en sa magie fugace son architecture secrète. Nous prenant de court, comme le point d’orgue d’un rare moment de communion humaine, faisant écho à notre conversation sur la Cause créatrice, démontrant l’unicité et l’instantanéité de la perception et de la chose perçue.

Tout à fait étranger à la soutane grise et blême des récupérateurs de tout poil du principe divin ! C’est à se tordre de rire de pouvoir confondre l’église quelle qu’elle soit, souvent totalitaire et meurtrière, avec ce que nous avons tous vu et admiré ce jour-là. La bêtise et la lourdeur de l’homme sont décidément incompressibles.

Cette soudaine prise de conscience d’une unité absolue sous-jacente à l’univers, qui pouvait participer à ma joie, et agrandir par sa manifestation le champ de mon expérience individuelle, a pour moi un caractère absolument fabuleux : rejoignant dans ma perception tous ces moments d’enfance où je sollicitais, à cœur fendre, le merveilleux, le miraculeux, et tirant par la manche quelque magicien, pour le contraindre. Impossible de vivre en dehors de ce tapis volant que j’imaginais tous les soirs en m’endormant, quittant silencieusement la maison et ses troubles tout humains, pour des voyages qui commençaient par le ciel..

Comment une telle perfection circulaire était-elle possible ? Arche d’alliance en dégradés, camaïeu de couleurs toutes mariées sans conflit, sans outrance, effacement de l’une pour faire naître l’autre, éphémère présence et disparition instantanée provoquant le bonheur ineffable d’être, pour une fois, au bon endroit au bon moment. Comment ne pas y déceler une réponse ? Douleur moins aigüe dans le cœur, comme une parole qui contrerait superbement l’impression d’une absence originelle et terrible.

Evidence éclatante d’une oreille attentive à nos tourments, perche divine à saisir comme le vol évanescent des oiseaux migrateurs à l’équinoxe de notre peine, quand nous comprenons le cœur noué qu’ils échappent bel et bien, eux, à l’attraction terrestre…

Des entités facétieuses sont sans doute déléguées pour nous déciller, tâche on ne peut plus héroïque, en ces temps bruyants qui en rendent sourds plus d’un..

Bref, une belle journée…


Mélisande


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Commentaires (1)

  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    13 janvier 2012 à 17:44 |
    L'apparent contraste entre la fulgurance du divin, telle qu'entraperçu dans la beauté de la Création, et les cultes, tels qu'ils ont toujours existé et existent encore, ne doit pas induire en erreur : le divin est incompréhensible, au sens où il ne laisse pas cerner ou appréhender ni par l'observation de la nature ni par les différentes révélations à l'origine des religions monothéistes. Privilégier celle-ci ou celles-là est un choix individuel qui ne doit pas occulter le caractère évanescent et limité de la connaissance que l'on acquiert de Dieu.

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