Le génie du mieux

Ecrit par Mélisande le 06 janvier 2012. dans Ecrits, La une, Société

Le génie du mieux

Dans la foule il y a des affamés de tout poil qui ne rêvent que de vous dévorer, cela passera par votre anéantissement, mais qu’importe, ils seront rassasiés.

Dans la foule il y a des assassins en puissance qui se cachent dans des véhicules puissants à multiples chevaux. Au volant desquels il se rêve quelque anéantissement de l’autre, mais alors avec du sang qui gicle, la preuve tangible d’une puissance matérielle confortée.

C’est toujours ça de pris sur le néant : ce visuel symbole de souffrance et d’agonie, qui en fait jouir plus d’un, sous les oripeaux de « Monsieur, Madame Tout le monde » très propres sur eux, court les rues grises de la cité…

C’est ça la médiocrité, cet abîme de l’âme, que l’on soit en bas, en haut : cette obscénité de jouissance, dans la domination brutale et cachée de l’autre : ce gueux qui ne manque pas d’air, et qui n’a pas su se défendre avec nos armes : celles du terrain conquis, des avoirs et de la possession terrestre.

Quand « l’être » est hors d’atteinte, c’est ça qu’ils font, les gens, en douce bien sûr !

Silence dans les rangs de l’époque, car nous sommes tous historiquement d’accord : « Il y a un temps pour chaque chose sous le ciel ».

Mon frère, ô Dieu, sans réflexion ni désir criant de liberté : cette phase pitoyable où tout un chacun veut aborder, se nicher dans les seins de quelque mère archétype pour retrouver de la chaleur : ce carburant originel…

Sur la route qui mène à la maison, il y a des esprits faibles qui ne savent pas où donner de la tête, et s’abîment dans l’inimitié, le talon posé sur le visage du faible, celui qui a pris d’autres armes, celles des nuages, celles du verbe et de l’aigu dans la voix, pour prier…

Oui je vois cela au volant des vies, sur les routes qui mènent les êtres dans les maisons de leurs désirs, qu’ils soient vénaux, hypocrites et pleins de cailloux, ou bien légers comme l’ange, visage tiède de l’enfant resté pur…

Il y a tout ça sur ma terre…

Grâce soit rendue aux courageux, aux silencieux qui n’en pensent pas moins, aux démunis qui acceptent de trembler, grâce soit rendue à ceux qui sont entre la vie et la mort de leur vérité intérieure, sans souci pour leur advenir… Certains du royaume, comme le sable doux d’un amour inespéré…

C’est la vie que je vois.

Tout près du ciel, et tout près des terres sombres, c’est le cri qui les sépare, les fait naître.

Le cri, celui de l’aube calme, un rappel du soleil, ce grand permanent, qui ne fait chier personne.

Gratuit, comme l’amour, onde douce sur les peaux tannées.

 

 

Mélisande

 

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Mélisande

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Commentaires (2)

  • eva talineau

    eva talineau

    07 janvier 2012 à 00:43 |
    votre texte me fait penser à une phrase qui est une des raisons du choix que j'ai fait de mon deuxième analyste (et oui, pour les analystes, il est rare que la première soit celle qui permette de passer, c'est souvent un brouillon) - il écrivait qu'un homme qui n'accepte pas qu'il pourrait se trouver, dans la vie, seul, et nu, avec son seul désir, à n'importe quel moment, est un assassin en puissance. Beaucoup d'années ont passé, je ne crois pas que cet homme reprendrait tel quel ces propos de sa jeunese - et moi non plus, je ne suis plus si radicale - mais quand même, ça reste en moi suffisamment vivant pour apprécier beaucoup votre texte.

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    06 janvier 2012 à 21:38 |
    Dostoïevski décrit quelque part le diable comme un bourgeois médiocre et ennuyeux, loin des images habituelles, grandiloquentes et grandguignolesques...Peut-être est-ce cela le péché contre l'Esprit dont parle le Nouveau Testament : une vulgarité spirituelle, un avachissement de l'âme? Plus que le mal radical, trop radical pour qu'on puisse le voir en nous, c'est sans doute ce relâchement qu'il faut guetter et combattre.

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