Le Réveillon

Ecrit par Elisabeth Guerrier le 24 décembre 2010. dans La une, Ecrits

Le Réveillon






On est revenue et derrière elle les portes se sont refermées les unes après les autres.

Elle ouvre maintenant la dernière d’une main, tenant son panier à provisions plein dans l’autre.

On pénètre dans le couloir de l’appartement.

Et puis s’enferme.

Dedans.

Elle est là.

Dedans, maintenant, c’est toujours mieux que dehors.

Elle pose sur la table les courses et les derniers évènements.

Le 24 Décembre, posé sur la table, tout est là.

Tous les ingrédients pour célébrer la fête, sauf les gens.

On retourne un à un les membres de sa famille, elle retourne en tout sens ses amis, ses relations, ses proches, ses intimes, ses voisins, ses amours, ses partenaires.

Partis, ils sont tous partis.

Elle est partie aussi.

On ne sait plus.

Avant de dresser la table elle doit dresser une liste.

Les dénombrer toutes et tracer de petites croix à côté des disparitions.

Avant d’éplucher les légumes, il lui faut mettre à jour son répertoire d’absences.

On commence à passer ses connaissances au crible, vite elle abandonne.

Beaucoup trop d’inconnus.

Et la même question réversible posée à ceux qui sont partis.

À ceux qui auraient pu rester.

Peut-être à ceux qui sont restés sans qu’elle le sache.

Qu’est-ce que j’ai que vous n’avez pas ?

Qu’est-ce que vous avez qui me manque ?

À voix basse.

Attribuer un prix à celui qui part, lui donner le point.

Pourquoi ?

Comment ?

Qu’elle a quitté, c’est tout à fait pareil.

On ne sait pas qui l’a quittée, de qui elle s’est débarrassée.

En fin de compte, c’est tout à fait pareil.

Qui part, ça n’a pas d’importance.

Allant et venant dans la cuisine où elle s’exécute, On marche avec application.

Avant d’effectuer sa mise en place, elle essuie attentivement les traces laissées par toutes ces séparations.

Elle marche et se demande ce qui marche si mal en elle.

Elle sent qu’elle se laisserait bien frémir.

On ouvre alors le réfrigérateur de ses passions et c’est fait.

Se maintenir au frais pour accepter de les payer.

Puis elle repose un moment.

Elle est assise entre deux chaises autour de ce qui devrait rassembler les géniteurs, les fratries, les amis, les amants. Assise, il n’y a plus rien.

Là, ce soir, personne.

Pas de table ou si peu.

C’est peut-être un aboutissement.

On pose délicatement les cinq truffes et les topinambours sur  le plan de travail.

C’est peut-être une étape.

C’est Noël.

Elle a méticuleusement élaboré son menu.

Un vrai menu de fête.

Elle a accordé aux achats le temps nécessaire, choisi avec le plus grand soin les produits.

La tête presque penchée sous le poids de tant de neutralité, elle accélérait soudain ne pouvant pas laisser réduire.

On ne mange pas face à soi seule en toute innocence.

Noël ce sont les autres.

Même en surface.

Noël, d’où qu’on le célèbre, c’est la commémoration des grandes tentatives de victoires sur l’obscurité.

Le réchauffement des indifférences.

Sonnez, sonnez les coups de minuit des rapprochements.

On s’épanchera seule.

C’est Noël.

Elle pose une gousse d’ail et quatre grains de coriandre, le sel, le  poivre et la bouteille d’huile de sésame, sort l’économe et le couteau, la planche à découper.

Son dispensaire est maintenant si propre.

Rutilant sous le lessivage de sa volonté à faire au mieux partout, à nettoyer de fond en comble les angles de chaque oubli, de chaque négligence, de chaque manquement.

Et voilà où l’a amenée cette ascèse de l’essentiel.

Elle l’a poussée là.

Ce soir du 24 Décembre, le soin de la perfection la conduit à réveillonner seule à seule.

Une ligne fine qui la sépare de tous.

On commence l’épluchage.

Passant le doigt sur la lame acérée des exigences qui l’ont tailladées jusqu’à enfin toucher la chair de cette solitude qu’elle hausse à bout de bras au-dessus des étroitesses. Elle érige un principe.

Son principe.

On n’a pas de quoi être fière.

Mais elle se masse.

Elle s’est astreinte  jusqu’à l’absurde.

Beaucoup trop.

Elle exige en veux-tu en voilà, pour elle, pour les autres avec elle, pour elle avec les autres.

Et ça ne marche pas.

C’est insupportable, importable.

C’est impossible.

C’est là, c’est là qu’elle s’est encore trompée.

La mise en action extrême de la purification laisse tout autour des coquilles saint Jacques une légère odeur d’eau de Javel.

Dans sa recherche d’une fidélité qui ne souffrirait pas le moindre faux-pli, le moindre accroc, dans la suite logique de son vœu de perfection, tout a été parfaitement désinfecté, puis désaffecté.

Trop, trop de blanc partout.

C’est aveuglant.

Elle n’en connaît pas le dénouement mais elle suppose qu’il doit avoir été oublié dans un coin sombre.

Il en reste, il en reste.

On n’en doute pas, il y a du travail.

La quête.

Reprendre connaissance.

Elle fera l’effort de s’installer bien au centre de la séquestration qu’elle s’impose.

Elle y pensera durant cette soirée.

C’est Noël.

Réveillonner seule, bon.

Mariner, rissoler.

Bon.

Au fond, non, ça n’a aucune importance.

Réveillonner seule et ne pas y croire.

Elle dîne en peine perdue.

Elle y pensera sans faute.

Y a-t-il une faute ?

La mienne, la sienne, les leurs, toutes enchâssées  sans limites bien dessinées dans l’espace de son appartement vide.

Les disciples de la communication excommuniés.

Les chantres de l’échange rendus muets, attendant devant la porte close.

Sans l’appui mélodieux des bardes du relationnel, On fête seule l’impossible.

La grandeur du pardon.

Elle se retrouve ce soir protégée par rien d’autre que la nudité d’une réapparition.

Privée de tout foyer où chanter les cantiques.

Pas de messe à célébrer, pas d’union.

Et c’est ainsi que c’est arrivé, par manque d’union.

Ce qui reliait les individus entre eux, ce qui la reliait à ces individus reliés entre eux a lentement fondu.

Et avec la dissolution, ce qui s’offrait, il y a encore quelques temps, comme une idée vague, une sorte de marque délimitant approximativement la communauté des valeurs, est devenu une certitude.

L’évanescence, l’impalpable de la valeur.

La sienne, la leur.

Beaucoup trop flou.

Tout ça pareil.

Tout ça devenu inconsistant.

Les ancêtres, les derniers nés, tous ensemble, tous groupés autour d’eux-mêmes, à leur place.

Et un trou, là, à sa place.

Convoquant les ombres réunies autour du souper qu’elle prépare en l’honneur.

En l’honneur, ça suffit.

Bien sûr,  être seule ce jour là, comme à l’insu du monde, ça doit ressembler à une sorte de sanction.

Non, non, ce n’est que la conséquence inévitable d’un décapage.

Elle a été poussée aussi.

Repoussée vers le calme indispensable par l’inflammation chronique des émotions.

On n’est contre personne, elle est plutôt sans quelqu’un.

Elle s’est lentement séparée, passant en quelques années par tous les heurts et les peines d’un long sevrage.

Et la porte de l’édifice qu’elle a construit à partir de ces disparitions vient de se fermer.

On est dans son appartement.

Tout autour, les murs sont de vrais murs.

Au delà, rien, plus personne ou presque.

Ils n’ont pas déserté ses pensées mais On s’est retirée.

Peut-être trop de vigilance pour être sûre de ne jamais s’asseoir malgré soi sur les genoux de l’un d’entre eux.

Trop d’épaules à s’élargir pour s’y mettre.

On ne se sent pas d’attaque.

Jouer des coudes pour se faire une petite place où s’abreuver au sein du groupe et constater avec stupeur qu’elle ne parle déjà plus la même langue.

C’est trop lui demander.

Elle a lentement ralenti le mouvement, détourné la tête et s’est assise là, à côté.

En sortant les mangues du bac à légumes, elle les porte à ses narines comme on porte un toast.

On n’appartient plus au cortège.

C’est venu comme quelque chose d’essentiel et d’intangible à fêter.

L’isolation, la clôture.

La perplexité constante.

Voilà, la perplexité.

Célébrer Noël demande un accord.

La cohésion, même factice, même factice, pour savoir au nom de quoi on sabre le champagne.

La certitude partagée, même fugace, même forcée, de savoir où l’on est.

Il n’y a pas besoin de la perplexité pour nouer les guirlandes, à Noël.

Il faut savoir pendant quelques heures, au milieu des sourires et du scintillement  sur les papiers d’emballage  à quelle lignée on appartient.

Le temps nécessaire, chacun s’installe sur une échelle, dans une rangée.

Chacun prend aussi la place qu’on lui donne.

C’est ainsi que ça marche.

Et elle a passé toutes ces années à se demander quel était le niveau à maintenir, le degré d’insignifiance à préserver.

De quoi parler ?

Á qui ?

Si c’était trop.

Ou pas assez.

Ce qu’il fallait taire, expliquer, ce qu’il fallait exhumer, laisser se perdre.

Parler pour ne rien dire est une formule élégante mais si on ne dit rien, de quoi parle-t-on ?

Et que fait-on de ce qu’on devrait taire ?

Si cela que l’on voudrait pouvoir dire doit rester muet pour faire place à ce qu’on doit dire pour pouvoir parler, à quoi bon ?

Á quoi bon s’entretenir avec quelqu’un si c’est pour s’exiler de soi ?

Comment parler d’ailleurs ?

Parler, parler.

Parler pour se dédire.

Autant se taire.

Mais l’expérience est rude.

On s’est vue enfermée souvent sans espoir de se revoir.

Dans les laboratoires, le découpage phonologique ne l’est pas.

Simple.

On n’y était pas comprise.

Ne pouvait pas s’inclure.

Qu’était donc devenu ce qu’elle avait cédé ?

Ne plus s’y retrouver, son propre égaré sous les locutions.

Impossible de s’entendre.

Mieux vaut presque rien.

Alors évidemment le vide s’est fait.

C’est mieux que le trop-plein des autres.

On abandonne et rentre à la maison.

Le chemin fut escarpé mais semé de l’espoir fou des correspondances jusqu’à aboutir là, face à la raison.

C’est un fait.

Ça n’allait pas.

C'est-à-dire, ça n’allait nulle part.

Il fallait changer quelque chose et On, après un temps très long de réflexion, a découvert qu’il fallait les échanger.

Et commencer par s’en débarrasser.

De tous.

C’était une perte évidemment.

Une conclusion accablante.

Mais en même temps, occupée à ce génocide implacable, elle sacrifiait aussi toutes les désignations dénaturées, les assignations à résidence.

On a eu sa raison de fuir la compagnie.

L’espace qui l’entoure n’est pas vaste et il est vide.

Mais sûr.

C’est une sorte de cercle pas tout à fait clos où elle est au centre, à peu près.

Avec la porte qu’elle a décidé de fermer des deux côtés pour l’étanchéité.

Il n’y a pas place pour l’amertume.

Plus maintenant que le silence des autres enfin s’est fait.

On reprend l’air qu’elle se donne.

Elle retrouve en dressant la table un peu de l’ordre qui la ferait régner.

Elle leur avait dit.

Là où elle est enjointe depuis si longtemps de s’asseoir, On ne se sent pas dans son assiette.

Ça ne va pas.

Elle est dans celles des

Mamans, et des papas.

Des sœurs, filles et fils.

Etc. etc. etc.

Tous ceux à qui On demande et qui lui demandent.

Mais pas de réponse.

Ceux qu’On attend et qui l’attendent.

Mais pas en même temps.

Il fallait que ça circule.

Que ça dégage.

Tous ceux-là qui peuplent les territoires de ses songes, elle les a sortis de chez elle.

On a déposé les paquets au pied de l’arbre où elle a grimpé.

Pour mieux regarder aux alentours.

Ce n’est pas gai.

Qui a pu penser que s’extraire les yeux grand ouverts et à mains nues de ses organes vitaux s’opèrerait dans la joie ?

Ce ne sera pas un joyeux Noël.

Mais il n’y a pas le choix.

La joie nécessite un emportement, le léger choc de l’insouciance, tout à coup l’oubli.

Ce n’est pas encore l’heure.

Il reste bien sûr les relations, les échanges frôlant la surface sans détournement possible.

Dans le code tacite, bien proprement partagé.

On s’est condamnée aux bonjours bonsoirs, le reste est beaucoup trop dangereux.

C’est une affaire de distance, les proches lui sont trop proches.

On déborde toujours, s’ouvre, elle se donne à fond, en oubliant de se circonscrire.

Tout ce qui a été perdu à jamais dans l’oreille de l’autre, ça lui appartenait pourtant.

Qu’il faut à chaque fois reconstituer.

On ne comprend pas pourquoi elle doit constamment se reboucher.

Elle doit se lâcher d’elle-même, une substance qui adhère où elle se mire dans le regard déformant de tout cet entourage.

Dans la vision torve des siens, rien ne sert de parler plus clair.

La reconstruction des remparts est épuisante.

Seule l’auto-défense fait foi.

Et c’est affreux.

Si l’aventure se termine toujours de la même façon, c’est son défaut.

Rien à dire.

Elle regarde tout alentour le nombre incroyable d’individus qui frayent, se mêlent, s’accrochent et se mélangent sans hésiter et elle sait bien qu’elle est largement en dessous de la moyenne.

Si les distances lui échappent, alors que faire ?

Ce soir, On se souhaitera un joyeux Noël.

Elle serrera dans ses bras la bûche pour l’embrasser sur la bouche.

De tout son cœur.

À plein, sans craindre les extrasystoles.

Entrer en sa possession.

Se récupérer et se reprendre à pleines mains sans se diluer.

Trahie de toutes ces choses de l’intérieur.

Définie, serrée jusqu’à l’étranglement par la cruelle bienveillance.

Se confier.

Voilà l’erreur.

A propos de l'auteur

Elisabeth Guerrier

Elisabeth Guerrier

Rédactrice

Poésie

Artiste/Peinture/Art Digital

Auteur(e) : "IsolementS"

Sites :

http://guerrierart.com/

http://guerrierpoesie.blogspot.com/

Commentaires (15)

  • Eric Thuillier

    Eric Thuillier

    31 décembre 2010 à 13:29 |
    Il m’a plu d’avoir une semaine à disposition pour réagir à un texte, d’avoir le temps de laisser courir une sensation de première lecture, sensation étrange, mélange d’angoisse et d’interrogation, qui est Elle, qui est On, qui est l’auteur ?

    L’écho que donne Léon Marc à votre beau texte – je suis un peu embété avec le mot beau ici – renouvelle l’interrogation. Le mot douleur ne m’ était pas venu à l’esprit en le lisant et permet une belle illustration d’une fonction des commentaires, élargir notre lecture, nous fournir une référence littéraire (un livre que je vais lire puisque c’est le piu grande …) ce que fait aussi Martine plus loin.

    Ce temps vous a laissé loisir d’apporter une précision importante à propos d’isolementS, il a laissé remonter en moi le souvenir d’un autre texte de vous sur la multiplicité des Je – bonne idée de les réunir pour un réveillon.

    Il me laisse le temps à quelques heures du réveillon de ressentir – à tord peut être - que vous pourriez partager cet adage (j’allais dire personnel mais je n’en suis évidemment pas l’auteur tant il coule de lui même de notre destinée humaine) : la douleur est un sixième sens et comme les autres il nous frotte aux merveilles.

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  • Martine .L

    Martine .L

    30 décembre 2010 à 19:54 |
    Me revient un ( bon) souvenir de lecture : un remarquable livre de sociologie "les nouvelles solitudes" M.France Hirigoyen ; on y rencontre des gens qui ont fait de la solitude une valeur positive et porteuse ; ça change de la connotation constamment noire et cousue de négatif de ce mot qui d'habitude, fait froid dans le dos, rien qu'en le voyant écrit!

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  • jocelyne

    jocelyne

    29 décembre 2010 à 15:10 |
    Avec la simplicité du coeur et une écriture authentique, vous allez librement à une "investigation" sur la solitude
    et le bouillonnement qu'elle engendre.Lorsqu'elle est choisie, elle revêt un accent majestueux.Merci de susciter la réflexion sur un sujet vaste, complexe et tellement humain!!

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  • Guerrier Elisabeth

    Guerrier Elisabeth

    29 décembre 2010 à 11:25 |
    " IsolementS"
    C'est le titre de la série de nouvelles auxquelles appartiennent les deux premières publiées dans Reflets : " L'épouse" et " Le réveillon".

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  • Léon-Marc Levy

    Léon-Marc Levy

    27 décembre 2010 à 16:20 |
    Il y aura toujours de la solitude pour ceux qui en sont dignes.

    Barbey D'Aurevilly

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    • Isabelle Blavet

      Isabelle Blavet

      28 décembre 2010 à 13:01 |
      Solitude ou isolement ? Il y a plus qu'une nuance. L'isolement est une solitude désirée, construite, parfois durement, précieuse souvent. Votre citation de Barbey d'A. "colle" mieux à ça : la solitude voulue, l'isolement, est la récompense de ceux qui la méritent. Difficile, toujours, mais c'est le luxe des forts.

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      • Jean-François Vincent

        Jean-François Vincent

        29 décembre 2010 à 08:51 |
        Isolement : possibilité d'une île....Etymologie oblige!

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        • Léon-Marc Levy

          Léon-Marc Levy

          29 décembre 2010 à 13:56 |
          Brillant clin d'oeil JFV ! D'autant plus brillant que c'est bien de cela qu'il s'agit dans le bouquin de Wellb : l'hypothèse d'une solitude en réponse au dégoût.

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  • Emile Eymard

    Emile Eymard

    25 décembre 2010 à 19:42 |
    La solitude de la poésie nous enlève à notre désolante solitude et vous avez le don de savoir en user.

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  • Martine L

    Martine L

    25 décembre 2010 à 18:57 |
    Ce que j'ai beaucoup aimé dans votre "expression écrite" ? tant de choses, le sujet, lui même, l'observation quasi scientifique parfois, du phénomène décrit ; la façon - soufflante, et souffrante - dont vous parvenez à vos fins, y compris en donnant le menu ! ce qu'on devine ( en se trompant, sans doute ) de ce que vous mettez de vous...

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    25 décembre 2010 à 15:27 |
    « Noël c’est les autres » ? Noël c’est surtout le Tout Autre, l’irruption de la lumière au cœur de la nuit hivernale mais aussi aux tréfonds des ténèbres, voire de l’enfer de nos cœurs. « S’épancher seule » ? « Réveillonner seule » ? Permettez à un chrétien, le jour de la Nativité, de vous importuner par ce prêche sans valeur : les croyants, dans leur moments de grâce (cela peut leur arriver de temps en temps !) ont un sentiment de présence….Illusion ? Autosuggestion ? Qui peut dire ? Un grand saint byzantin du XVème siècle, saint Nicolas Cabasilas, décrit Dieu comme un mendiant d’amour frappant sans succès à la porte de nos cœurs. Et l’évangile de Matthieu (Mt28, 20) de faire dire au Fils de Dieu : « et maintenant je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ». La fin du monde, ça peut être aussi tous les jours, surtout les jours de réveillon.

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  • M.Guessous

    M.Guessous

    25 décembre 2010 à 13:41 |
    Une prouesse quand même d'avoir fêté Noël avec tant d'absents
    Une victoire de gagnée derrière tant d'huis clos
    Qui ne laissent filtrer que les ruminations assassines
    Pour elle l'enfer c'est sans les autres

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  • Leon-Marc Levy

    Leon-Marc Levy

    24 décembre 2010 à 20:25 |
    La douleur ne peut pas se dire. Elle coule. Ou on se coule en elle. C’est un truc étrange, comme une souffrance inscrite dans une volupté extrême. Je relisais le début de la deuxième partie de « Cognizione della dolore » de Carlo Emilio Gadda. C’est impossible de ne pas pleurer et pourtant on éprouve un plaisir indicible à lire ces pages. Peut-on vous dire Elisabeth que le même mélange se produit devant la matière de votre écriture, douleur et volupté tricotés en une maille serrée, indissociable. La matière même de l’écriture vraie.

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    • Jean-François Vincent

      Jean-François Vincent

      25 décembre 2010 à 15:34 |
      "Cognizione della dolore" ? Questo devo comprare assulamente. Grazie Léon-Marc.

      Répondre

      • Leon-Marc Levy

        Leon-Marc Levy

        26 décembre 2010 à 01:05 |
        "La cognizione del dolore", Carlo Emilio GADDA. Per me il più grande libro in lingua italiana del ventesimo secolo

        Répondre

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