Les mille et une trouvailles de Dédé l'Orthosophe (5)

Ecrit par Eric Thuillier le 10 août 2010. dans La une, Ecrits

Les mille et une trouvailles de Dédé l'Orthosophe (5)

Lorsque le hasard a ouvert le tiroir dont le contenu dicte la conférence, Dédé en tire une chemise qui contient des enveloppes. Il les  présente comme un jeu de carte et requiert à nouveau le choix d’un spectateur.

Il annonce alors son sujet. J’ai voulu obtenir la communication de ces textes, il me les a refusés. En usant d’un procédé tout juste honnête, j’ai cependant eu en main celui qui fera la matière de cet épisode. Pour le reste, mes archives sont constituées d’enregistrements sonores qu’il me suffit de choisir et de transcrire. Dédé ne supporterait pas la vue d’un micro, j’enregistre sur un petit appareil photo numérique qui semble pendre, inactif, au bout de mon bras. En utilisant la fonction vidéo sur la plus petite définition on obtient la possibilité d’enregistrer une douzaine d’heures sur une carte d’un GO. Il suffit ensuite d’utiliser un logiciel de traitement audio pour capter le son et le constituer en fichier MP3.

Je m’éloigne un instant de l’orthosophe pour adresser, en mon nom personnel, la parole aux chers amis lecteurs en lesquels se forge à l’instant une pensée entre stupeur et colère, aux chers amis qui ne fréquentent pas « Reflets du Temps » pour lire un article du magazine « Le numérique pour tous ». Si je prends la peine de donner quelques détails techniques c’est qu’ils peuvent apporter des renseignements utiles pour les loisirs et la vie pratique, alors qu’il reste hasardeux de croire que les travaux de l’orthosophe, que je me fais devoir et gloire de porter à la connaissance universelle, puissent orienter qui que ce soit dans la façon de conduire sa vie. Qu’est ce qui est important ? Qu’est ce qui ne l’est pas ? Voilà une question que je ne manquerais pas de poser au prochain café philo qui se tient dans notre ville à l’heure et au jour des vêpres.

Dans une de ses dernières séances,  avant de se mettre en vacances pour le temps d’un festival du mime qui se tient dans notre ville et pendant lequel il ne veut pas se montrer, c’est encore au casier « Contes et légendes pour sortir de la crise » qu’a été emprunté le sujet de la conférence. Dédé préfère le terme de conférence à celui de spectacle dont sa prestation est pourtant plus proche. Le même sujet, selon son humeur, selon la mesure qu’il fait du public, relève du genre sketches ou prêche. Notre ami dentiste, spécialiste de la contraction et germanophile averti les nomme sprecht et se plait à l’ésotérisme des invitations qu’il lance à aller entendre les « Sprecht de la Charlotte ».

Il s’agissait cette fois (j’aurais préféré un autre texte, par exemple celui qui préconise la miniaturisation de l’espèce humaine) d’une « Proposition pour développer le secteur bancaire par le professeur P. Benoid, agrégé de philosophie, vice-Président du comité européen pour le développement du secteur bancaire »

Dédé a collé son original sur une page du « Monde », comme s’il s’agissait d’une contribution aux pages débats de cet excellent journal.

Avant d’entreprendre la lecture, ou plutôt l’interprétation, Dédé fait une déclaration liminaire : « Tout le monde a entendu parler de la crise. La crise !… on ne sait pas si c’est toujours la même ou si une remplace l’autre sans chevauchement, mais qu’elles soient une ou plusieurs, elles ont en commun de ne pourvoir recevoir de « solutions miracles ». « Il n’y a pas de solutions miracles » est la formule magique pour dire il n’y a pas de solution du tout, il y a juste à attendre la crise suivante. Eh bien, moi l’orthosophe je vous le dis et n’oubliez pas de vous en souvenir, il y a des solutions miracles, écoutez celle que propose le professeur Benoid.

Puis Dédé commence.

Dans la période que nous vivons deux impératifs doivent nous gouverner : la lutte contre le chômage et  la lutte contre la dénatalité. Les esprits superficiels (hélas si répandus) discerneront un paradoxe entre ces deux exigences. Ils ont tort.

Pour lutter contre ces deux fléaux il faut revitaliser l’économie. Et pour revitaliser l’économie, que faut-il faire ? Lutter contre le chômage et la dénatalité diront quelques plaisantins dont le triste destin de la chose pensée est de ne pouvoir les éviter… Ne plaisantons pas avec le drame. Qu’est-ce qu’il faut ? Je vous le demande ! Pour revitaliser l’économie il faut revitaliser le secteur bancaire. C’est une vérité dont l’apparente banalité ne rend pas, pour autant, la démonstration évidente. Les choses simples sont plus compliquées qu’il n’y parait. Aussi nous ne démontrerons pas cette affirmation, nous la ferons nôtre après avoir fait observer que s’il est malaisé de démontrer les relations entre dynamisme bancaire et dynamisme économique, nous n’avons pas besoin de démontrer qu’en cas de défection brutale du système bancaire, on fiche l’économie par terre. Par conséquent les lignes parallèles et plongeantes qu’on observe sur les graphiques qui rendent compte de cette catastrophe peuvent être par la pensée prolongées vers la gauche et figurer ainsi l’état des graphiques en cas de phénomène contraire. Démontrer la valeur d’une affirmation par sa mise en miroir n’est pas une simple figure de rhétorique, c’est une méthode d’approche rapide de la vérité qui dispense de bavardages inutiles et nous permet d’entrer plus vite dans le vif du sujet.

-       Chéri, ça sonne ! C’est pour toi ?

-       Attends je vérifie ! Déjà ! Oui c’est pour moi.

C’est ma femme qui, du haut de l’escalier, vient d’intervenir. Je dois suspendre mon récit, nous avons atteint les 5000 signes. J’aurai pu avec un bout de logiciel très simple faire retentir un signal à cette échéance, j’ai préféré profiter des possibilités de ma maison domotisée dont toutes les fonctions sont connectées à mon ordinateur pour déclencher la sonnerie du four électrique. Comme ça je sais quand ma chronique est cuite. Toutefois je dois prévenir ceux qui seraient tentés par ce procédé commode qu’ils doivent choisir un four électrique à sonneries multiples, sans quoi ils courent le risque de rédiger des chroniques trop longues et de manger des poulets trop peu cuits.

Episode précédent :  http://www.refletsdutemps.fr/index.php?option=com_zoo&task=item&item_id=32&Itemid=2

A propos de l'auteur

Eric Thuillier

Rédacteur

Artisan électricien

Auteur de chroniques sur "Le Monde.fr"

Commentaires (1)

  • Jean Le Mosellan

    Jean Le Mosellan

    21 août 2010 à 18:51 |
    Dédé m’a rassuré. Son théâtre porte bien le nom de la Sucette,quoiqu’il ressemble à une Huchette ambulante. Il est prévoyant notre Dédé. Les sièges de son théâtre sont pliantes. Il a remarqué que les spectateurs sont souvent pliés en deux. Pas en quatre,mais ça viendra. Car la rumeur circule que les sièges sont réglables,afin que le public puisse régler le degré de pliage,pour continuer à s’asseoir confortablement. A la fin du spectacle,Dédé repère d’un seul coup d’oeil ceux qui n’ont rien compris à la manoeuvre. Ceux-là sont récalcitrants aux miracles. Ils sont inscrits d’office à un autre pèlerinage.(voir les épisodes précédents)

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