Marianne, pleure ? Ou La « res-publica » en danger

Ecrit par Bénédicte Fichten le 27 avril 2013. dans La une, France, Ecrits, Politique

Marianne, pleure ? Ou La « res-publica » en danger

Avant de commencer cet article pour rendre hommage au dernier pamphlet de mon ami Charles, qui m’a offert ce volume prêt à sortir dans les bacs, le copiant ainsi lui-même, voici mon préambule. Je lis : « Celles et ceux qui trouveront trois fautes dans cet ouvrage se verront offrir un verre de vin de noix ou une coupe de champagne (…) lors d’un prochain salon du livre ». Comme j’en ai trouvé plus d’une, d’avance je me réjouis donc de partager, avec sa douce et le pseudo-nommé Duchêne, un véritable « Canard » aux « Escales hivernales » de Lille 2013.

En attendant, à regarder la très belle couv, il semble que les « drôles de dames » ne soient pas au rendez-vous de ce nouveau « Charlie chapeau ». Et, sans vouloir parler morse (référence à l’inélégante comparaison animalière qui transforme Laurence Parisot en « otarie contente de ses facéties » (p.173)), aucun « (tango) bravo » non plus – loin s’en faut – n’est décerné à notre actuel Président « François III ».

Il est vrai que le genre pamphlétaire ne survit que dans la critique (encore que je rapprocherais davantage ces textes de la satire) et que ce début de quinquennat avait quelques chances de passer au crible de la lorgnette. Si le titre m’évoque Vanessa Paradis et son « soldat » (Aux, aux armes, je t’aime bien ; aux, aux larmes citoyen), d’après mon bon ami Charles, notre Marianne nationale et la « Respublica » en ce début de printemps ne pleureraient pas de joie : « Le peuple de gauche est déçu et il verse des larmes de colère », nous écrit-il dès la page 10. Je ne sais pas : je suis de gauche et observe. « Il faut laisser du temps au temps » (p.37). Certes, « l’étendard de la lutte des classes, celui de la France qui n’aime pas la réussite et l’argent » est levé, mais « les gouvernements successifs, en particulier le dernier, sont(-ils vraiment) autistes à la colère du peuple » (p.11) ? « L’Europe » serait « la caution des chefs de gouvernement sans audace » : « A quoi sert l’Europe, et à quoi sert l’Euro ? » (p.15), s’interroge-t-il.

Je compatis aux « anti-sarkosisme » et « anti-copéisme » pas si primaires (p.31) ; « Les copies sont toujours pires que les originaux, et les Copé que les Sarko, même si je pense parfois que c’est blanc Copé et Copé blanc » (p.220), mais Fillon – encore un François au pouvoir, bien avant qu’un pape démissionnaire ne s’efface ! –, et affaire de goût, ne me déplaît pas autant. Peu importe : je ne suis a priori pas comme mon ami Bruno Masure qui sévit sur LCP (« Politique matin ») fin analyste politique, mais analyste littéraire, alors tenons-nous en à nos attribut(ion)s ! Que se passe-t-il donc aujourd’hui dans notre pays ? Nos actus : « Florence Cassez », « le Mali », « mouvements sociaux » (p.35), j’allais dire sans oublier la toute récente affaire Cahuzac ; le pessimisme est là, qui ne voit que la part négative. Cependant, je l’accorde : l’héritier de François Mitterrand n’y parviendra pas comme ça : si « Liberté, égalité, fraternité » reste le mot d’ordre français, la population n’est pas prête à accorder tous les souhaits au Président sous prétexte qu’il est en avance sur son temps. Pour ma part, je tenais à deux lois : « Le mariage pour tous », et le « vote des étrangers », comme mon ami Charles (p.38), mais, si François Hollande est un homme de talent, n’oublions pas et jamais que « gouverner la cité est une chose publique et collective ». Patientons, car « le cœur a ses raisons que la raison ignore », et faisons confiance à l’armada de conseiller(e)s qui l’entourent.

Si je prends un plaisir non dissimulé à distinguer dans ce pamphlet les traces émaillées d’une sympathique autobiographie – un remerciement à Chantal, fidèle compagne de Charles (p.86) ; « ma terre d’accueil picarde » (p.175) – et un plaisir bien plus grand encore aux bons mots, parfois désopilants, ou à l’autodérision à la truculence parfois grinçante (« C’est la méthode Sarko des arbres qui cachent la forêt en se levant les uns derrière les autres » (p.46) ; « suivi de Fillon en 2003 qui se succéda à lui-même en 2008 » (p.89) ; Les choses changent et se dégradent. Et nous aussi » (p.92)) ; « au fil des années, j’ai pris de l’ampleur, au propre et au figuré » (p.176) ; « Notre président normal prend le train comme tout le monde. C’est bon de le savoir proche de nous. Encore que… vous avez remarqué qu’il prend le train sans valise ! Pas nous » (p.191) ; « à la SNCF, les clients sont des usagers et lorsque l’on est usagé, on est jeté » (p.191) ; « il est vrai que la culture ça pèse, au propre comme au figuré » (p.198) ; ainsi qu’à la théâtralisation d’une nouvelle forme de gouvernement rebaptisée « gouvernance », en revanche je ne partage pas tous les points de vue, même s’il me semble en effet que le « je viens sans doute de vivre la journée la plus importante de ma vie politique » de François Hollande au Mali prend tout son sens là-bas, mais pas ici ! Hommage, peut-être, dissimulé et bien caché, à Ségolène (vraiment « Royal(e) », elle) qui naquit en Afrique noire et à leurs enfants ? « Honni soit qui Mali pense » (p.123). Les réalités sont dures et la politique extérieure également à mener.

Mais, comme j’acquiesce en souriant au : « Quand vous aurez fait de la France un pays de bac +5, +7 ou plus, vous aurez des chômeurs diplômés (pardon, des demandeurs d’emploi), des caissiers, des caissières (pardon, des hôtesses de caisse), des balayeurs (pardon, des techniciens de surface), des éboueurs (pardon, des agents de propreté urbaine), des gardiens de prison (pardon, des surveillants de privation de liberté) qui seront donc surdiplômés pour leur travail, parce qu’il faudra toujours des gens pour faire ces « petits » boulots (p.51) ! Oui, quelle sagacité ! J’ose espérer, quand-même, que certains diplômés trouveront un poste qui leur convienne. Dans ce pamphlet, Charles Duchêne ne dit pas toutes les vérités, plus précisément subjectif comme chacun de nous, il nous donne ses vérités, mais quel régal, souvent, à la lecture de ce texte, quels éclats de rires, parfois, et donc quelle finesse, pour n’en déceler que le meilleur, à la manière de notre Président…

Peut-être que « l’humour (…) est la politesse du désespoir » (p.55) ; je crois qu’il est, à l’un comme à l’autre, l’un des plus beaux atouts. Ne serait-ce pas, alors, pour sa bonhomie et sa propension à nous faire rire (demandez à Bergson) que notre vingt-quatrième Président, François Hollande, fut aussi choisi et élu par le peuple de France ? Mesdames et messieurs les journalistes et médias, ouvrez les yeux et redonnez donc à François ce qu’il mérite : la tâche de dérider les consciences et de redonner espoir par le sourire, qui est le propre de l’homme. Le talent d’un homme d’Etat, c’est d’emporter l’adhésion : en cela, en tous cas, je crois et comme l’auteur de ce livre, il réussit. Il est aimé pour cela ; c’est un Président populaire par le rire. Et pas seulement. Malgré tout, je dois dire que Charles n’a pas tort lorsqu’il tire la sonnette d’alarme pour les plus démunis (Missive à François III (…) : « Arrête de pousser les pauvres à économiser en augmentant le plafond du livret A, ils n’ont pas assez d’argent en ce moment pour économiser et dépenser (…) », et qu’il enjoint, d’une façon ou d’une autre, la France à relever la tête, comme « la cinquième puissance du monde » (p.59).

Est-ce que « l’explosion sociale s’approche » (p.63), notamment parce que les français se sont appauvris (…), voire « endettés » (p.75) ? « Sarko était (bien plus) une catastrophe pour les petites gens » (p.77). Alors, venons-en aux faits, car ensuite le récit se corse. Pour le moment, d’après Charly : « la grande différence entre la droite et la gauche, c’est la sémantique » (p.79) – je vous avais dit que vous ririez aussi à lire ces lignes –, tandis que, d’autre part, « le principal défaut de Hollande (serait) sa compagne Val ». Lien de cause à effet ou pas ? Peu à peu, et sans le vouloir, nous nous rapprochons de l’héroïne de ce récit qui n’est peut-être pas tant la femme qui pleure qu’on le dit, tandis que l’homme rit (ou pas ?). Une idée germe en moi : ne serait-ce pas plutôt l’auteur de ce livre qui, tenant difficilement sa garde, passerait l’arme ? Tout cela est à double tranchant. Il me semble qu’il n’est, en tout cas, absolument pas question d’accompagner maintenant Leconte de Lisle en entonnant la Marseillaise : et la « Fraternité », là-dedans ?

Si j’avais de l’humour, je me réfèrerais même – et pourquoi non, quand mon ami cite Coluche (« L’homme naît égaux entre eux » (p.184) ; « l’UMP est copé en deux. Coluche voulait la plier en quatre » (p.219) ? – à Patrice Leconte et à ses bronzés, mais on m’accuserait d’autopromotion « post-beatnik » (référence à ma Lettre sans mots, Éditions Myriapode et à ma personne), citant le fameux « planter de bâton »… Mais revenons à nos moutons (de Panurge ?) qui, ne sachant plus où donner de la tête, sont bien tentés de retourner leur veste : « l’homme sait être versatile, l’industriel vénal et le politique opportuniste » (p.102) ; « C’est, hélas, l’esprit et la mentalité de nombre d’industriels, pour lesquels le profit passe bien avant l’humain » (p.169) avec toutes « les affaires qu’il est possible d’y réaliser » (p.177).

Savourons plutôt notre chance, puisqu’elle est là ! « Il faut garder à l’esprit qu’il n’y a pas eu de président de gauche entre 1995 et 2012, soit dix-sept ans » (p.163). Cher Charly, si nous voulons vraiment que « Nicolas (le petit) quitte définitivement la politique » (p.194), peut-être alors faut-il faire autrement ? Et ne pas dévier, car à lire certains passages, j’ai ma réponse, cessant de me demander qui est de « la vieille garde conservatrice » quand un chapelet d’injures (d’où qu’elles viennent) se répand sur une page entière entre de belles lignes (p.202). L’explication serait là : « la bonne, rigide et dure éducation judéo-chrétienne reçue dans les années 60, complétée et assistée par un collège catholique dans lequel j’ai fait enfant de chœur (…) n’était guère propice à une évolution et à un élargissement de l’esprit sur des sujets si peu catholiques et même pas très orthodoxes ! » (p.203). Passons, et fermons les yeux bien fort sur cet égarement…

Hormis cela, les sujets abordés sont intéressants : du chômage (des cadres commerciaux aux plus humbles) au « papy-boom » et à ses retraites forcées, brimant tous ces « sexas en mal de reconnaissance » (p.137), à l’« hémorragie de l’industrie » notamment « automobile », qui devrait plutôt appuyer sur la « pédale de l’accélérateur de la croissance » car « le riche qui a les moyens illimités de s’adonner à des sports, à des séances de thalasso, voire à des coaches veillant à son bien-être et à son paraître, peut se livrer à quelques excès sans affoler sa balance électronique et digitale, tandis que le pauvre mal nourri grossit » (p.225). Il est vrai. Sauf, qu’à lire certains passages, j’ai l’impression, Bénédicte Fichten, d’être à moi seule et comme d’autres plus célèbres une forme de « privilège », ou de privilégiée. Je n’ai pourtant pas ce sentiment : « J’offre ou j’ai offert certains de mes ouvrages à Jean-François Kahn, qui me fit compliment en son temps, écrit Charles. Croyez-vous qu’il m’en ait acheté un ? Dans tes rêves ! Mieux, il m’est arrivé de m’intéresser à sa prose abondante et il est encore plus prolixe que moi ! Croyez-vous qu’il m’ait offert l’un de ses livres ? Le doigt dans l’œil ! » (p.183). A suivre ces questionnements, moi Bénédicte Fichten, je me demande finalement : serais-je du côté de ceux-là susmentionnés, une chanceuse qui reçoit gratuitement des ouvrages sans en acheter en échange ? Si je les donne à partager, c’est peut-être différent…

Laissons de côté Stéphane Bern (p.182) qui mérite, je crois, sa réussite professionnelle : comme Jean-Pierre Pernaut cité plus haut, en tant que « people », ils savent prendre des risques que d’autres ne prennent pas et offrir (culture) et bonne humeur au plus grand nombre. De son côté, Dominique Strauss Kahn, dont je critiquerai avec force l’apparente désinvolture, n’est pas si « fortuné » qu’on le pense : « il est pété de tune » (p.148), nous dit Charly ? Je répondrais : il a perdu épouse et emploi. Complot politique ou pas, et avec tout le respect que j’ai pour les femmes, je reste très mitigée quant à ce sujet-là. Par ailleurs, je n’ai pas honte moi-même de porter « la paire de boots du parisien branché » (p.186) à la Beigbeder, suis-je devenue « people » pour autant ? La richesse et la chance ne se mesurent ni aux centimètres abdominaux, ni aux frivolités apparentes. Qui pense vraiment que Louis XIV était le plus heureux des hommes ? Dans un destin d’envergure on trouve parfois bien plus de misère intérieure ou de doutes que dans un simple parcours. Pour changer de sujet, à la page 229, nous trouvons le classement des femmes politiques françaises : « virage à droite toute, avec la mère la rigueur et la mère tape dur dans les sommets. Quelle tristesse pour l’image du pays et aussi pour celle de la femme que nous pouvions espérer comme un recours, un avenir, pour remplacer nombre de mâles politiques en manque d’intégrité et de sens de l’humain ».

J’acquiesce, là, sans aucun doute, car je partage avec Charles Duchêne une réelle peur : « la droite UMP œuvre pour le succès futur du bleu plus foncé » (p.224), même si la « lame de fond » (p.212) « (d)es illustres inconnus (…) du gouvernement en place (le)) font en silence et sans faire de vagues » leur propre révolution. Mais définitivement, je refuse sa conclusion, « une prédiction sur la sortie de la crise : il n’y en aura jamais, elle arrange trop de monde, du patronat aux banquiers en passant par l’Etat » (p.232).

Moi, fille de banquier, qui ai réécrit le mythe de Danaé, pourrais pourtant, telle Marianne, pleurer toutes les larmes d’un corps perdu avec son âme, je ne le ferai pas, car « un garçon ne pleure pas » : en cela je suis, moi aussi, rétrograde (et qui niera en bloc ma double identité –sexuelle, cela va de soi – pour toujours se fourvoiera dans les méandres d’opinions pour le coup sans richesse). J’ai commis une erreur, peut-être, en hésitant sur un éventuel pseudo comme bon nombre d’auteurs lorsque je débutais en 2009 dans la publication (mais nous nous éloignons du sujet principal).

L’évidence, c’était d’ôter le « e » de mon prénom : « Benedict » me sied mieux, sauf qu’alors, je perds une part de mon identité française, perçue uniquement dans la linguistique de mes textes ; je serais devenue alors –peut-être ? – l’icône européenne du troisième sexe ? Qu’importe, nous ne sommes pas là pour parler de moi.

Revenons-en aux femmes d’Aux larmes citoyens ! : à aucun moment le nom de Marine Le Pen n’est prononcé – j’en suis reconnaissante à notre auteur de salons, qui d’ailleurs, façon ADAN (Association Des Auteurs du Nord) a la mauvaise idée d’en ériger le classement (p.181) –, ni même celui de la femme de tête qui était l’espoir des Lillois et de pas mal d’entre nous, hommes ou femmes. Seules quelques lignes évoquent « l’abolition des trente-cinq heures, déjà détricotées » (p.43). Je ne reviendrai pas en arrière car rien ne me va moins que la nostalgie ou le regret, émotions qu’un jour un directeur de collection me conseilla d’endosser.

Martine Aubry est Maire de ma ville natale, je continuerai à admirer son curriculum vitae et garde l’espoir qu’une urgence la rappelle au gouvernement en place, mais aujourd’hui que voir ? La France est trop latine pour avoir exaucé mon souhait d’une femme Président(e) ; d’autres rêves l’ont été. Alors, revenons à nos lauriers, et ne cherchez plus, ne cherchez pas, car c’est une évidence. Faites donc un tour sur le site internet de la République française et à ce jour, dites-moi, qui est notre Marianne ?

Elle m’inspire, elle respire, elle est là ; elle bat même de tout son plein, en cadence : belle comme Michèle Mercier, notre toujours « Angélique marquise » et pareille à Danièle Mitterrand brillant au bras du Président, que vois-je et qui est-elle, symbole de toutes « ces femmes qui ont réveillé la France » ? Entrée dans l’Histoire brodée en union libre à l’Elysée, c’est Valérie Trierweiler, Première Dame de France. Alors, moralisation de la vie publique française ? Que nenni ! Car le principal apanage de la gauche, c’est cette tolérance qui rime avec intelligence. Je dirais donc plutôt quel courage, quelle avancée pour nos deux tourtereaux ! « Liberté, égalité, fraternité » : notre Marianne ne pleure pas, messieurs-dames, non, en vérité, regardez-la, elle exulte sourires et larmes de joie !

A propos de l'auteur

Bénédicte Fichten

Bénédicte Fichten

Rédactrice

Bénédicte FICHTEN est née et vit à Lille. Auteur passionnée, elle a étudié les Lettres jusqu'au master. Elle est également Secrétaire de l'Association Des Auteurs du Nord.

 

L'amour, parfois absent, souvent absolu, est le fil conducteur de ses romans qui tentent de mettre en exergue les relations humaines, notament par le biais de la sexualité.

 

 

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