Marie la Magdaléenne sur le chemin de la rédemption

Ecrit par Luce Caggini le 16 janvier 2016. dans La une, Ecrits

Marie la Magdaléenne sur le chemin de la rédemption

Je regardais ma mère avec d’autres yeux. C’était la première fois que le visage de ma mère n’avait plus de lumière.

La fois où nos deux présences détruites, où jour et nuit avaient confondu leurs lueurs, leur matière, leur apparence, même leurs heures, la fois où toutes deux altérées par les lieux travestis de stupeur, lieux vidés de leur tendresse, de leur contenu intime me réduisaient à une pelletée de poussières parce que évidence et obscurité étaient soumises au réel et au virtuel dans le même lit : là, devant moi, ma mère n’était plus ma mère.

Les temps, le sien et le mien flottaient au-dessus de nous, nous unissant dans un lien immortel. Moi, la nomade adorée de ma mère, je me laissais glisser pétrifiée, transie dans cette fausse matière que j’avais créée artistiquement pendant des années un peu partout dans le monde : du marbre ; il s’abattait maintenant en masses sur mes épaules, me réduisant en rognures.

Ma mère naissait dans un ailleurs, moi dans un autre ; les mots ne correspondaient plus. D’ailleurs les mots s’étaient tus. J’apprenais la confrontation d’une mère que j’avais méconnue.

Je quitte la chambre. J’étouffe une violence. Je ne pense pas. Dans ma main un petit mot que ma mère a écrit : « Luce mon double, toi c’est moi, moi c’est toi ».

Les choses qui devaient se faire se firent le lendemain.

J’assiste.

Il n’y a pas de refuge pour les âmes mortes. Ma mémoire est en terre. Une étamine me tient lieu de corps à mi-hauteur entre ciel et ciel appartenant au sentiment du monde de l’apparence. Pendant que je suis dans un vase clos, ma mère erre.

La commotion de la déchirure où m’entraîna la perte de ma mère me pourvut d’une voix d’obsidienne, un état où mon corps s’engourdissait pour laisser place à ce mot apartheid tatoué sur ma chair : avoir été sans plus être, état confus étranger si nouveau qu’un nouvel être ne pourrait qu’en jaillir. Une fois encore ma généreuse mère, ma douce maman me donnait une nouvelle chance.

Quand je rentrais à la maison, entre ses murs, c’est dans les larmes que je reçus sa bénédiction.

A propos de l'auteur

Luce Caggini

Luce Caggini

Peintre. Ecrivain

Histoire  de  Luce  Caggini

Ma  biographie  c’est  l ‘histoire d’ un  pays, l’Algérie  coloniale qui m’a vue naître où j’ai grandi, l’Algérie indépendante qui m’a déconstruite.

Au fil du  temps s’est  édifiée en moi cette force  grandissante, réparatrice , bienfaisante qui me  nourrit d’ un  nouveau  sens de mon histoire.

Toutes ces années passées entre deux  rives, sans jamais accoster.

Dieu  merci, on avait des photos.

Le  moindre détail revenait réveiller la mémoire dont on ne savait plus si on voulait la garder ou l’expulser.

Je vis aujourd’hui dans une maison confortable, entre des murs épais, « Ma terre dans la tête  »  dans un lieu sans nom, peuplé d’ombres.

Un souffle d’air chaud me transporte mieux  que  ne le ferait un « Mystère-Falcon 20 »

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