Mishima « La Musique » en trois mots : mi… chimérique… digitale

Ecrit par Luce Caggini le 23 janvier 2016. dans La une, Ecrits

Mishima « La Musique » en trois mots : mi… chimérique… digitale

Mentir.

Mentir.

Mentir.

Étendre sur un tatami deux odalisques dénuées de sens musical.

Mémori­ser un nocturne de Chopin.

Enivrer trois hommes en même temps uniquement avec un mensonge, ce fut le miracle d’un livre névrotique passé au fil de l’épée car ni les unes ni les autres n’étaient en état de mesurer le rêve médiéval de celui qui en était le géniteur.

– Romancer un rêve me fut donation entière de la tradition nippone dans le monde endoloré du troisième immense Dieu de ma vie, le Soleil des côtes des îles grecques dont je fus le miroir et le génome muet enfermé inique­ment dans un corps enduit de nudité mentale et de mentalité nue et crue. Amants et menteurs méprisant don et talent de mentir, nuisance et densité de nuisance, anéantis par leurs efforts de relier mensonge et danger d’être ingérés par leur propre jeu de romanciers nourris de leur mortifère myriade de nids d’oiseaux pris au piège de leur musique atonale, ils n’eurent aucun plaisir ; ils mirent à l’unanimité tous leurs petits égos en mille petits nuages de papier de riz, transposèrent un danger mentalement minime en un amour pitoyable entre un Dieu de moralité pénalisant rêves et musique de monastère, entraîné à éteindre et allumer un pénis de papier pendant deux cents pages, privé d’orgasme, monté en épingle, transmuté en note de musique.

– Cher Mishima, contre toute attente, ma modeste et petite mémoire de mu­sique me dit qu’entre le minable et le glorieux comportement d’un amné­sique de la jouissance, un musicien, même un chef d’orchestre de mon propre corps épouserait une partition numérique manipulant en amour comme en prétention d’amour certaines touches avec un doigté de même immensité que me le permettrait mon désir de symphonie. Boulez nous dit que rien n’est plus conditionnant que la mémoire visuelle car la mémoire auditive est liée à l’instant ; dans ces conditions, l’apparence d’un corps de jeune femme générerait au moins momentanément une pulsion orgas­tique mais clairement mémoire auditive et mémoire visuelle ont été deux artificielles modes de plaisir repu de contretemps.

– Madame Caggini ! Manager de partition, mondanité et munificence mènent dans des draps de soie dont le partage est en partie dû à votre beauté de femme immensément initiée à la méditerranéenne odalisque que vous avez été dans les temps antiques, mais au Japon, amants et amantes entrent en amour comme le Printemps, imitant les amours des cerisiers en devenant un beau jour le musical croisement d’un son et d’un grain de mensonge, donc je vous en montre le germe dans toute sa double mise en duplicité de ma vie, de mon seppuku et de mon éblouissement face au Dieu Soleil.

– Mon cher immense romancier de mensonges, ma crédulité m’accorde une au­dacieuse indécente jouissance initiée par votre indécision à ne jamais monter à l’assaut des personnages de vos rêves, mais en même temps, mon admiration pour votre cerisier en fleurs me rendrait la plus jalouse de votre musée de pétales en magnifiques costumes de soie, donc cher Yukio, le plus chéri de mes auteurs défie les deux mensonges de ma vie, vous, Boulez et moi ne serons jamais deux amants ni trois doigts d’un même gant car ni les cerisiers, ni les nomades ni les musiciens ne peuvent murmurer aux oreilles du Roi Soleil les mêmes mots d’amour.

A propos de l'auteur

Luce Caggini

Luce Caggini

Peintre. Ecrivain

Histoire  de  Luce  Caggini

Ma  biographie  c’est  l ‘histoire d’ un  pays, l’Algérie  coloniale qui m’a vue naître où j’ai grandi, l’Algérie indépendante qui m’a déconstruite.

Au fil du  temps s’est  édifiée en moi cette force  grandissante, réparatrice , bienfaisante qui me  nourrit d’ un  nouveau  sens de mon histoire.

Toutes ces années passées entre deux  rives, sans jamais accoster.

Dieu  merci, on avait des photos.

Le  moindre détail revenait réveiller la mémoire dont on ne savait plus si on voulait la garder ou l’expulser.

Je vis aujourd’hui dans une maison confortable, entre des murs épais, « Ma terre dans la tête  »  dans un lieu sans nom, peuplé d’ombres.

Un souffle d’air chaud me transporte mieux  que  ne le ferait un « Mystère-Falcon 20 »

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