Monde parallèle

Ecrit par Jean-François Joubert, Claire Morin le 28 avril 2018. dans La une, Ecrits

Le duo claire Morin / Jean François Joubert Illustration David Briot

Monde parallèle

Les cicatrices rouge vif font partie de notre histoire et nous avons appris à vivre avec. Tels des shamans jouant, jonglant, avec des charbons ardents. Et puis qui n’en a pas au final ? Gravées dans la chair et inscrites dans nos mémoires, elles nous apprennent à être plus attentifs à tout et à ne pas reproduire nos erreurs. Partagées, nos démangeaisons s’en trouvent soulagées.

Le partage, celui qui empêche d’être otage de soi-même. Un moment d’accalmie au milieu d’un tumultueux orage. Il suffit qu’on ose pour qu’un sourire se dessine, c’en est fini d’être morose. En somme un créateur d’osmose, un baume sur nos ecchymoses.

C’est la promesse d’un esprit plus sain, une prouesse parfois car il est aisé de sombrer dans la folie ordinaire… De ne plus être carré quand plus rien ne tourne rond, que tout semble ne plus avoir ni queue ni tête, des Picasso sots qui piquent la curiosité des foules hiver comme été ; des têtards que l’on a mis dans un bocal. Normal que l’on soit bancals et qu’il finisse par nous en manquer, des cases, lorsque l’on nous met dedans de force et que l’on nous prive ensuite des moyens permettant de grandir correctement.

Il est difficile de s’épanouir quand l’insouciance vient à s’évanouir. Je pense que nous sommes tous atteints, voire touchés, par le syndrome de Peter Pan, et pan ! Voilà le remède permettant de s’évader de ce monde terriblement triste et malade incurable. Un univers imaginaire qui nous sied à merveille, à l’aise comme Alice dans son pays.

Lorsqu’ici tout est trop souvent étriqué et normalisé, nos aspirations grandioses paraissent disproportionnées. C’est pourquoi nous prenons le large, complètement barges, en compagnie de nos semblables ; tels des albatros que leurs ailes de géants empêchent de marcher. La terre ferme n’est décidemment pas pour nous, terre hostile où l’on chasse les rêveurs et où on laisse libres les tueurs de pensées, d’âmes, d’amour et les dictateurs.

Nos mains et nos cœurs débordent de trésors lorsqu’on laisse la parole à l’autre, sans lui imposer de codes ou de limites, comme un papillon voltigeant de fleurs en fleurs satinées d’amitié, plus sage et téméraire à chaque nouvel envol. Et l’écoute n’est-elle pas le plus beau cadeau que nous puissions offrir à notre prochain au sein du brouhaha informe ambiant ?

Il est essentiel de prendre de l’altitude, quand ici les gens tombent sous les balles, que même les anges sont diabolisés. Enfin la paix s’installe, loin de ce charnier brutal où la violence s’est banalisée. Libérés, la peur cesse de nous paralyser. Les ondes négatives sont canalisées en une seule courte longueur de toi à moi, de nous aux autres. Nul besoin d’être psychanalysé quand l’unité fait la force.

Il n’a jamais été question que nous nous vouvoyons comme même les voyous ont coutume de le faire en « bonne » société. Nous tutoyons les étoiles même lorsque le ciel se voile. Par le pouvoir divin que l’Art nous confère, nous devenons confrères se lovant dans d’onctueux divans célestes. La parole est leste, le geste moqueur, le ton évocateur et le verbe haut.

Je n’ai jamais cru au hasard toquant toqué à notre porte, allant de ci de là sans réellement savoir où il va. Si nos routes se sont croisées c’est que nous devions cheminer ensemble, festoyer autour des mêmes tables, ne pas se raconter de fables, se tenir chaud autour d’un foyer sacré dont l’amitié est la bûche et affronter côte à côte les mêmes embûches.

Nous ne sommes définitivement plus des valets ou de simples pions simplets mais maîtres de nos jeux, créateurs de règles égalitaires pour mater nos échecs et nous souhaitons la bienvenue à tous ceux voulant nous suivre sur cette voie royale !

 

Claire Morin

Parfois un éclat d’os bute sur la peau et j’entrevois un voyage vers la sortie élémentaire, l’absurdie, née en syndrome que j’écris « Paon ». Mon pays voyage mais l’âge ne ternit pas le galet, le polissage des mers du cadran solaire, non, mon pays est devenu celui des oiseaux ; les étourneaux étourdis par le vent qui piaillent et deviennent patrouille de France. J’en ai vu de mon balcon, voler, oiseaux de tailles de guêpes espacés de moins de trente centimètres, et là comme j’imagine face à une aurore Boréale, se noyer dans la verdure de la phase de circulation. Eux respirent ces ancêtres de dinosaures aux ailes, aux airs, arbre de révolutions. Nous Humains, qui sommes-nous au juste ? Juste des pousse bouton, acné juvénile devant un jeu de balle, devant une paire de boule, un tonnerre de Brest disait mon oncle pas sympathique, quand petit j’avais peur de sa voix. Cartes célestes, voie royale, je ne sais…

Claire, j’ai peur tu sais : de parler, de me décomposer à l’imparfait, moi qui suis-je ? Ce premier jet de pierre, juste ce sujet de France sans maçonnerie, fabriquer made in Aber-Ildut, un bras de mer, une rivière, une rue, un ru, un crève-cœur de ne plus arroser de vin blanc ma peau rouge sang. D’ailleurs je préfère rougir et oser le maître soleil.

Là, je sors de l’eau, magie de naviguer sur un flotteur à deux à l’heure devant ou derrière le vent, ce vendredi sans Robinson, à quatre pattes pour régler le bateau, nous rions pour une fois que je suis sur la grande eau, le tourniquet de la vie, le tourniquet de l’envie. Et je pense à aile, celle du sac à dos qui convole ailleurs vers la Patagonie, l’Argentine, sans une feuille de papier argentique pour regarder ce souvenir ?

Nous sommes celtes venant du Léon, l’air, la terre, le feu… et dormir, euh, je dérape à fromage, je délire ! Je respire une virgule dans le docile ciel car ma question est là : ai-je le droit aujourd’hui en ces temps modernes d’être heureux ?

Ensemble nous sommes descendus dans un château, à Brélès, Kergroadez, le printemps et les mots. Je pensais à ta chanson Racines que j’adore en attendant ton texte.

Cette rencontre des étoiles sur l’astre terre à terre, nous pouvons tenir compte de l’autre. Nous devons ne pas faire confiture, même aux fraises des bois de l’Huelgoat ou celles du pont levis. Je dévisse, regarde c’est Claire, mon miroir, allons près du sphinx profiter de la toile de rupestre diode (il me manque une case tu sais, je n’ai plus de maison ici-bas, plus de famille, rien !) respirer l’iode à la carrière de grand-père et de son père, « arrière toute » moussaillon, un coup de frein ; un coup de train, un cil qui traîne. Que dis-je ? Je digère mon foie gras, je digère mon intestin et rêve d’un festin. Une grillade, sur le bord du franc bord, des rives qui éclairent Le Stiff, le Créac’h et la Jument. Devant l’étalon, ce percheron de Charlie, qui me faisait lancer des dès de betterave quand nos mères vivaient leur anniversaire, nées toutes deux le 28 octobre 1930. Un autre container, du courage de nos mères au champ de bataille à la couture, de ne pas se plaindre et aimer les enfants, trop sang doute, trop je n’en doute point !

Sur la plage de mes souvenirs il y avait des morts et des corps morts, des roues remplies de ciment, bateaux qui tournent au gré des éléments…

Alors je vous invite à aller vers le lieu de votre mariage, écouter les bleus du propriétaire qui doit se tarir de son éloquence, car nos mères sont sous terre et sans passeport dans le passé, sans château, un corps de ferme.

Après j’ose fermer ma bouche d’égout de sans dent et te dire merci pour ce mariage de nos mots. J’adore suivre ta ligne d’horizon. Moi les mots sont ma prison, je file de rive en rive et je rêve d’être un goéland et de prendre une cuite sur la rue rouge goémon, la rue du Ruludu. Venez voir le ciel se coucher et Le Stiff rouge lumière allumer les fantômes du midi. Oui, il fait chaud, dans ce « saint » et cette sacrée rivière ; au Tromeur où trône la chapelle de Gildas, mon frère de prénom, mon nom de famille qui part à la « Réunion, le chemin de l’union et si les étoiles se trouvaient dans la mer ! », passons cette chanson. Nous ne sommes pas tristes parfois, mais avons nous le droit de jurer et d’être « heureux » ?

Cela est ma question car je connais le bonheur et il est partage d’obus, pas de dérive de la guerre du zeste de citron, du tronc de l’envie, du tronc de l’église, du tronc de l’arbre génétique. Ma montre tic, tac, mon cœur bat.

Eh oui, sur ma plage de souvenir, je me dis non. J’ai tort de me tordre à vos ordres, oublions la psychiatrie. Aidez-moi, moussaillons des étoiles, à hisser la toile et construisons une amitié surla chapelle de météorites que nous allons inventer au barbecue de cette sacrée soirée à venir. Un neuf, un habit neuf, il me faut un beau pantalon et un dentier pour sourire, et ne pas façonner que des apparences, celles de ne pas se marrer. Alors allons rire, « peintre rupestre », nous inviterons Goliath à venir délirer sous le feu de l’école. Je décolle, les étourneaux volent et je suis chez moi au studio, juste dans ma bulle de savon pas savant. Je rêve de vous offrir l’air libre comme toit et un fruit indécent. Vous mes amis, l’hospitalité, le vrai hôpital de la raison, celui du cœur !

 

Jean-François Joubert

A propos de l'auteur

Jean-François Joubert

Jean-François Joubert

Rédacteur

Ecrivain

Jean-François Joubert est né à Brest, une ville où l’on parle souvent des îles qui l’entourent, Ouessant, Molène, Sein… La mer le berce depuis l’enfance et elle s’invite souvent dans ses rêveries. Elle est Source d’inspiration, mais aussi de revenus, pendant longtemps il a enseigné la voile au sein de différents clubs nautiques. Désirs de voyages, de rencontres, d’océans, et ce besoin d’écrire qui s’installe, comme une évidence.

 

Claire Morin

Claire Morin, alias Slamity Jane, est née en 1988. Elle écrit de la poésie depuis l’âge de 12 ans et a fait sa première scène à 13 ans à l’occasion d’un festival de poésie. Claire a découvert la pratique du slam en 2008, a participé à des tournois nationaux et scènes ouvertes à travers la France, ainsi que fondé deux associations à Brest. Elle organise régulièrement des événements culturels variés et a autoédité un recueil et trois albums. Un spectacle, un deuxième recueil et un quatrième album sont en cours de création.

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