Musique du soir

Ecrit par Mélisande le 18 mai 2013. dans La une, Ecrits

Musique du soir

C’est une note qui court sur le clavier.

Elle brise le calme apparent d’une vie qui serait là, plantée comme un miséreux sur l’avenue d’une cité blessée par cette coupure entre les êtres. Elle arrive en vaillance sur le piano du monde et l’on respire un bon coup, à cœur fendre. C’est la musique de Chopin, elle nous mène en bateau sur les vagues du monde, tuant parfois la vie l’espoir, elle sait aussi prendre par surprise le moribond revenu de tous les royaumes, flaque de soleil au seuil d’un matin, cavalier fourbu, en lice vers le nord. O mon âme puisses-tu comprendre, puisses-tu sentir l’absence aiguë qui a négligé mes tourments, cette folie qu’elle a fait naître en moi, blessure profonde ensanglantée silencieuse peine éperdue qui se noie dans le verbe. Meurtre impardonnable du bien en tous, gris sur la lumière, voix de fausset, blâme mouillé sur le printemps heureux. C’est l’enfant qui s’affaisse comme une fleur fanée, ô grand néant des êtres.

Sois-en sûr ce n’est pas cela qu’il fallait faire. On n’achève pas ceux qui quémandent, êtres fragiles qui se cherchent une parure et un ciel, pour faire taire en eux et ce creux et cette honte, cet abîme noirâtre dans la terre sévère, qui tire vers le bas sans un mot sans un ordre :

« Lève-toi, ami du nord, et mon frère, et mon âme, il est l’heure ! Il est temps de ne plus être esclave ! C’est l’aurore qui s’annonce, contre vents et marées, au natif prudent, à l’esclave terrestre, à tous ceux qui ignorent, comment au bout d’une aile, tous les destins s’allègent ». Chrysalide blessée, et litanie sans fin, mais est-ce vraiment ainsi « que les hommes vivent ? »

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Mélisande

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