Pour une pensée libre ?

Ecrit par Elisabeth Guerrier le 27 mai 2011. dans Ecrits, La une, Société

Pour une pensée libre ?


Je ne ferai aucune citation.
D’abord parce que je n’ai pas de mémoire.
Ensuite, le concept lui-même ouvre des portes déjà tant battantes que ce ne semble pas nécessaire de se heurter à elles davantage et puis, une citation, une référence, même extraite des maîtres à penser, aide-t-elle jamais à se penser ?
Aide-t-elle surtout à se penser dans l’expérience historique, personnelle, incommunicable, de sa propre liberté ?
Liberté.
C’est lâché.
Voilà le mot magique, fascinant, accessible comme un donné tout en or, avec à ses côtés la cohorte de ceux qui l’accompagnent.
Des poids lourds de l’humaine assomption vers sa légitimité.
Donc partons de là : La liberté.

Ou les libertés, déjà deux champs différents, s’ouvrant sur diverses prémisses.
Gardons « LA » liberté, parce que c’est plus beau, et plus simple aussi.
Parce que c’est une référence qui semble pouvoir s’utiliser comme un acquis stable faisant l’unanimité.
Le point de convergence de toutes les revendications confondues, l’absolu de l’idéalisme, etc.
Et ce que je voudrais avancer, les mains encore chaudes de la proximité de ma propre expérience, c’est ceci.
La liberté n’existe que comme un négatif.
Autrement dit uniquement comme une « anti-entité » disons, qui n’a de définition, personnelle ou collective, qu’en délimitant ce à quoi elle échappe.
Je ne me libèrerai jamais que de quelque chose, quelqu’un, que sais-je, et justement je ne sais pas.
C’est un mouvement, constant et certainement jamais un état.
Même si on rêve sans en démordre à la stabilité des grandes salvations.
Elle n’a pas de matière sauf à s’extraire de ce que nous sommes en mesure de cerner et identifier comme notre propre aliénation ou, du moins, comme notre propre chemin de halage, celui sur lequel nous tirons nos charges en en ignorant l’existence et le poids.
Facile ? Allons-y, cherchons, commençons à identifier nos attaches.
Le premier pas, et c’est un réel pas, une marche s’il s’agit d’oser évoquer « la » liberté c’est de s’y référer tout d’abord comme à une expérience de perte et de perte complètement personnelle, je n’ose avancer d’expérience de perte solitaire mais le pense assez fort pour qu’il s’entende.
Bien-sûr on pourra poser la réalité de la répression, des répressions de tous bords mais ce n’est pas du domaine de la liberté mais des libertés, ça se politise plus aisément.
La liberté, allons-y, nécessite un travail qui ne peut pas se concevoir dans une logique de la volonté uniquement, même politique.
Je peux faire des pieds et des mains, lire et marcher, penser et penser, rien ne pourra me donner les clefs de ce qui pourrait, si elle existe, être ma propre liberté.
D’autant que si elle existe, elle n’est que mienne, fondamentalement différente de celle de mon voisin qui lui aussi se berce aussi de son existence supposée sans savoir ce dont elle n’est pas faite.
Chacun la sienne, c’est d’abord chacun la proximité, douloureuse et salutaire de ses propres limites, un saut donc sain mais peu jouissif dans les bras du principe de réalité.
La liberté, la mienne n’est QUE ce principe de réalité, rien d’autre.
Elle n’est QUE.
Dans l’euphorie des idéaux à fort taux d’adrénaline, c’est certain que le constat est sec, voire amer.
Mais c’est hélas là qu’elle se tient et que je peux espérer la tenir en m’y tenant.
Rien des extases et des drapeaux flottants sur les rayons des étagères.
Un rien humble et sans saveur.
Hormis celle de savoir un peu mieux qui l’on n’est pas.

Elisabeth Guerrier


A propos de l'auteur

Elisabeth Guerrier

Elisabeth Guerrier

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Poésie

Artiste/Peinture/Art Digital

Auteur(e) : "IsolementS"

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Commentaires (3)

  • Frédéric Fauster

    Frédéric Fauster

    31 mai 2011 à 13:46 |
    Chère Elisabeth,
    Si notre liberté n’était qu’un principe de réalité, alors dans ce cas, qu’est ce que nous ferions entrer dans cette réalité ? Qu’est ce que nous exclurions de cette réalité ? Notre expérience, à elle seule, est elle suffisante ou bien ferions nous entrer l’expérience d’autrui ? Et dans ce cas quels textes, quels auteurs, nous sembleraient dignes de réalité ? A qui, à quel évènement ferions nous crédit d’existence ? Vivons nous la même réalité ? Y a t il diffèrent type de rationalité pour l’appréhender ? Et que faire d’une réalité où la vie ne serait plus ? Y a t il un mot qui corresponde à une réalité ou à une vie ?
    Cependant la réalité, à ceci d’intéressant que quand nous avons idée de l’interroger elle nous répond. Encore faut il interroger ce qui vient et le courage de ne pas le nier. Peut être la liberté de la pensée ne survient que dans l’effacement de ce que l’on croit reconnaître pour accueillir un élément du réel ? Peut être même est ce une difficile sortie du langage, des cadres et des étiquettes, pour mieux voir et entendre le réel.
    Les nombres n’existent pas, cela nous dispense t il d’en faire un usage abusif tous les jours ? Bien des choses n’existent uniquement par la volonté à ne pas les voir disparaître et d’autres qui disparaissent pour des choses qui ont bien moins de substance.
    Tout est il dit ? Tout est il connu ? Où se tiendrait notre réalité si la curiosité venait à manquer ?
    Bien à vous.

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  • Eric Thuillier

    Eric Thuillier

    29 mai 2011 à 09:54 |
    Autour d’un mot si gros, on ne pense pas, on balbutie, on babille. Vous faites bien de ne rien citer, de tourner autour pour proposer une vue par l’absence. En tout cas, même si on ne sait pas ce que c’est, d’accord avec vous pour LA liberté et non les libertés qui sont un moyen d’en débiter des tranches pour la consommation courante, d’accord pour son étendue bien au delà du politique qui en rend la meilleure part inaccessible à qui que ce soit. En signe de connivence avec vous et ce mot il me revient quelques formules définitions (pour rire forcément) survenues lors d’un babil sur la liberté. La liberté c’est dessiner un cadre sur l’horizon, y coller un timbre puis attendre le facteur. La liberté c’est construite sois même sa propre prison.

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    27 mai 2011 à 21:19 |
    La liberté, comme jeu de possibilités au nombre quasi illimité, peut donc se concevoir, comme vous le faites, comme un infini ; et bien sûr, la meilleure manière d’appréhender un in–fini est la voie négative, la voie apophatique. Et de décliner toutes les finitudes que la liberté n’est pas ou pas seulement. A la limite, la liberté comme pure potentialité s’opposerait ainsi à l’acte au sens d’« actus » (ce qui existe réellement et de manière achevée). La liberté vs l’engagement, « l’encagement » (dixit A.Barack). Beau sujet de réflexion pour un intellectuel !

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