Quelques instantanés sur l’indifférence des jours (1)

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 08 octobre 2016. dans La une, Ecrits

Quelques instantanés sur l’indifférence des jours (1)

Voilà quelques miettes d'écriture de notre cher B Pechon Pignero. Quelque chose – a-t-il confié, qui «  dormait au chaud de son grenier » ; donc, en écriture, de bonnes choses généralement, qui ont – si on a de la chance, ce qui est son cas, mûri, bonifié, à l'ombre et au silence. Pendant 6 semaines, ces «  futilités » au sens du 18 ème siècle, vont nous apporter de la légèreté par ces temps difficiles, des sourires et quelques graves et fortes pensées... Bref, un peu de bonheur !

 

 

Cadre

La fenêtre est une amie pathétique. Ouverte, elle disparaît dans un grand appel de liberté qui la nie. Fermée, elle vit douloureusement son mandat institutionnel de cadre. Elle me demande comment je me tire moi-même de mon rôle de cadre. Tant bien que mal, suis-je contraint de lui avouer en m’interrogeant sur ma propre ouverture au monde. Reste pour elle comme pour moi, la faculté de segmenter, de recouper le champ du réel en sous-ensembles dont la cohérence est un peu moins illusoire. Et nous rêvons tous deux de baies idéales dont la vitre ne ferait pas écran aux apparences. Les adorables apparences !

 

Rêve

L’air bleu, au tranchant à peine adouci de brume, n’est pas seulement la configuration habituelle de l’atmosphère des matins, c’est aussi le comburant naturel des rêves.

 

Poussière

Les pieds torsadés de la table sont vrillés dans l’art du souvenir. Le bois ciré dont se réclame l’authenticité du meuble s’accommode, avec une résignation conciliante, d’une mince couche de poussière que le chiffon de laine devrait faire disparaître. Le malentendu porte, à  l’évidence, sur le fait que cette poussière n’est pas celle du temps. C’est le prix à payer pour se maintenir dans l’intemporalité que je lui assigne. Après tout, les magasins de meubles sont pleins de tréteaux en fil d’acier chromé et de plateaux en verre fumé qui seront bientôt candidats à la nostalgie.

 

Colt

Le téléphone portable n’a pas encore su se concilier le vêtement de l’homme moderne. Dans la poche de mon manteau, j’ai l’air de tenir l’humanité à l’écart. Je n’aurais garde de le loger dans la chaleur intime de ma poche de pantalon, par crainte de coups bas. Quant à la poche intérieure de ma veste, avec mon portefeuille et ta photo un peu écornée, ce serait m’exposer à une rupture sans préavis. Faute de mieux, il reste la possibilité de l’accrocher à ma ceinture. Il suffit de m’entraîner à dégainer le premier.

A propos de l'auteur

Bernard Pechon-Pignero

Bernard Pechon-Pignero

Après une carrière professionnelle de cadre dans le négoce sidérurgique puis l’industrie chimique, ancien magistrat consulaire, je consacre ma retraite à mes trois enfants adoptés au Mali et à divers bénévolats associatifs autour du livre, de la lecture et de l’édition.

Sous le nom de Bernard Pignero, j’ai publié un roman chez Gallimard « Les mêmes étoiles» (1998), des nouvelles chez HB, un roman aux éditions des Vanneaux « Mélomane » (2011) un récit aux éditions de la Vague Verte « Mémoires d’Airaines » (2011) un roman aux éditions Encretoiles « Traduit du français » (2015) des recueils poétiques et des articles critiques sur la peinture.

REFLETS DU TEMPS  publie mes articles, chroniques et nouvelles depuis 2010

Je vis en Picardie depuis 2008 après quarante ans dans le Gard. 

Commentaires (3)

  • joubert jean-françois

    joubert jean-françois

    09 octobre 2016 à 10:42 |
    Quelques mots doux, et si réel sur ce mon bouillant qui ne laisse plus guère de place à la contemplation , je viens d'écrire, des mots sur un mur, des mots de l'enfant que je fus... Nostalgie, je m'étonne guère que vous posez votre regard sur mes textes parfois, car nous défendons le même t'aime ! Thème du cadre de la fenêtre sur cours ! personnellement, il me reste en ville de Brest que des souvenirs et des oiseaux marrant tourterelles et Goélands ! Merci pour cet instant !

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    08 octobre 2016 à 13:18 |
    A propos du lien entre poussière et intemporalité, je me permets, cher Bernard, de citer la phrase de Thales observant les grains de poussières éclairés par un rayon de soleil : « tout est rempli de dieux ! ».

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    • bernard péchon pignero

      bernard péchon pignero

      08 octobre 2016 à 18:24 |
      Cette fine poussière qui semble flotter dans l’air et que révèle le premier rayon du soleil en la faisant danser dans le mince faisceau de lumière qui s’insinue entre mes volets clos, peut être effectivement un appel de Dieu à célébrer sa création. Plus prosaïquement mais pas contradictoirement, ce peut être un rappel relevant de l’hygiène domestique à ouvrir grand ma fenêtre pour aérer ma chambre.

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