Quelques instantanés sur l’indifférence des jours (3)

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 22 octobre 2016. dans La une, Ecrits

Quelques instantanés sur l’indifférence des jours (3)

Illusion

L’intérêt d’être abonné à un journal du soir est de lire le lendemain des nouvelles que l’on connaît déjà. On jouit à peu de frais de l’illusion de maîtriser le destin du monde. Les informations démenties entre-temps donnent un vif sentiment d’objectivité.

 

Prélude

Y a-t-il dans la maison un objet qui ait exactement le même âge que mon amour pour toi ? La cafetière ? Tu te souviens, nous l’avons achetée ensemble peu après. Le disque des Préludes et fugues de Chostakovitch, ton premier cadeau. Non, je sais. Ce vieux pull bleu marine sur lequel dort le chat. Tu le portais pour la première fois. Je t’ai dit que je l’aimais. Je ne savais pas encore que ce n’était pas le pull mais toi.

 

Nécessité

À la tombée du jour, la montagne se découpe en bleu gris sur le gris rose du ciel. La ligne est nette. Les tons sont tranchés. D’évidence, une nécessité dans cette mise en scène immuable. On ne se pose pas tant la question de savoir quelle est cette nécessité mais quelle obstination dans l’espoir nous permet d’accepter de l’ignorer toujours.

 

Fantasme

Les messes d’enterrements sont parfumées à l’encens. C’est leur avantage. Ils se tiennent tous les deux au premier rang devant l’autel. J’étais déjà à leur mariage, mais cette fois-ci, il y a la boite en bois verni avec le coussin de fleurs. Son père à elle ou à lui ? Pas très âgé. Cancer ou infarctus ? J’aime regarder sa nuque. Cheveux courts, cou dégagé. Irrésistible. Le désir dans ces circonstances ! Dans une église ! Un hommage à la vie. À la création, donc ! Pénétration rapide, souple, profonde, d’un seul coup de reins jusqu’à la garde. Pur fantasme. L’âme n’attend pas la mort pour entamer sa putréfaction.

A propos de l'auteur

Bernard Pechon-Pignero

Bernard Pechon-Pignero

Après une carrière professionnelle de cadre dans le négoce sidérurgique puis l’industrie chimique, ancien magistrat consulaire, je consacre ma retraite à mes trois enfants adoptés au Mali et à divers bénévolats associatifs autour du livre, de la lecture et de l’édition.

Sous le nom de Bernard Pignero, j’ai publié un roman chez Gallimard « Les mêmes étoiles» (1998), des nouvelles chez HB, un roman aux éditions des Vanneaux « Mélomane » (2011) un récit aux éditions de la Vague Verte « Mémoires d’Airaines » (2011) un roman aux éditions Encretoiles « Traduit du français » (2015) des recueils poétiques et des articles critiques sur la peinture.

REFLETS DU TEMPS  publie mes articles, chroniques et nouvelles depuis 2010

Je vis en Picardie depuis 2008 après quarante ans dans le Gard. 

Commentaires (1)

  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    22 octobre 2016 à 16:57 |
    Bien jugé, Bernard, même l'âme est putrescible (sauf peut-être - et encore! - celle des saints). Huymans demanda, un jour, au prêtre auquel il était allé se confesser : "avez-vous un peu de chlore pour mon âme?"

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