Qu'est-ce que que ? La méthode du cheval

le 09 septembre 2011. dans La une, Ecrits

Qu'est-ce que que ? La méthode du cheval

 

L’idée de base est que la meilleure façon de marcher, c’est de mettre un pied devant l’autre. Appliqué à « la résolution de problème », cela consiste à dire que, pour résoudre un problème, il convient avant tout de s’y attaquer et puis de s’y tenir, vaille que vaille. La deuxième idée est que toute erreur est riche d’enseignement et que l’on progresse plus vite vers la solution d’un problème en acceptant d’y apporter une solution comprenant des erreurs, plutôt que de chercher à les corriger au fur et à mesure. La solution obtenue se révèle globalement cohérente, rendant la correction des fautes non nécessaire. La troisième idée est que l’on obtient des résultats beaucoup plus intéressants si l’on se passe de plan préconçu ou préétabli. De cette manière, la solution apportée colle et s’adapte au problème. Ainsi, on comprend mieux pourquoi j’ai appelé cette méthode « méthode du cheval ». Car, pour aller de A à B, le cheval marche, sans se soucier des faux pas et en adaptant son itinéraire et son allure au terrain rencontré. La M-du-C ne paie pas de mine mais elle est terriblement efficace.

Elle présente une approche pragmatique de la réalité et des problèmes qu’elle nous pose, qui se joue de la prétention à la perfection et à l’infaillibilité. On peut en effet remarquer qu’aussi bien qu’on fasse, et malgré tout le soin qu’on apporte à un travail, il se trouvera toujours des gens pour y trouver quelque chose à redire. Autant prendre alors ce fait comme une donnée incontournable du problème, et s’accommoder soi-même des coups de ciseaux qu’on peut donner de travers en réalisant son ouvrage.

Il me semble aussi que la M-du-C est particulièrement adaptée à l’écriture, et qu’elle permet de produire des ouvrages créatifs, bien sûr pour peu qu’on possède soi-même cette qualité, dans la mesure où elle nous retient de nous enfermer dans un schéma préconçu, mais au contraire, laisse la possibilité de broder, ou de développer la chose à sa convenance.

Ainsi, pour ma part, quand j’écris une nouvelle ou un roman, je commence par poser le titre, et je démarre avec une simple et vague idée de ce que sera l’histoire, me réservant le loisir d’en inventer le contenu et ses développements au fur et à mesure. Et je crois bien que si je devais construire une maison de mes mains, je procéderais de même, me réservant le droit d’ouvrir une fenêtre à un endroit inattendu à tout moment.

La M-du-C, cela n’échappera à personne, est aux antipodes des nécessités de la production de masse, mais se situe plutôt dans l’optique du sur mesure individualisé. Elle permet des créations toujours originales, un rien déconcertantes, dans la mesure où l’on reconnaît sans peine à l’occasion un certain manque d’unité dans l’œuvre. Pour ma part, je tiens que cela ne gêne que parce que c’est inusité. Elle est l’équivalent de l’improvisation musicale, et en partage les défauts et les inconvénients.

Une question se pose néanmoins à son sujet ? Est-elle à la portée de n’importe qui, et notamment de « l’amateur », ou du « débutant » ? Pour ma part, je tiens bien que oui, et les jeunes ne s’y sont pas trompés, qui pratiquent le slam de cette manière, à peu de chose près. A la base, la M-du-C demande essentiellement un abandon intérieur à toute espèce de jugement. Il s’agit de faire abstraction de ce que l’on connaît, en vue de faire éventuellement émerger quelque chose de nouveau.

Je tiens qu’on devrait l’enseigner dans les écoles, même si ça peut sembler complètement utopique, puisqu’elle est de nature fondamentalement anarchiste et libertaire. Mais, après tout, est-ce que cela vous étonne vraiment ?

Je suis d’ailleurs aussi en partie persuadé qu’elle se rapproche des méthodes de construction utilisées par les maîtres maçons du moyen-âge, qui bâtirent ainsi les églises de nos villages, en se passant de plans détaillés. Cela me semble d’ailleurs être une méthode naturelle, empirique, que j’ai tout d’abord utilisée et éprouvée, avant que de la formaliser et la nommer, ce qui ne représentait pas un grand effort, avouons-le.

Mais, après tout, si l’homme venait à oublier l’eau tiède, ne conviendrait-il pas de la réinventer ?


Gilles Josse


Commentaires (5)

  • Jean Le Mosellan

    Jean Le Mosellan

    16 septembre 2011 à 09:21 |
    Puisque personne n’en parle,je citerai volontiers la méthode de Cheval,facteur à pied de son métier,qui sut mettre avec détermination un pied devant l’autre dans sa distribution du courrier,tout en rêvant dans le mouvement, d’un village à l’autre. Le résultat était fantastique dans tous les sens. Dessus,dessous,de long en large,en profondeur. C’est ainsi qu’il devint architecte,et laissa après trente ans de labeur une œuvre classée,comme chacun sait,monument historique,sortant de l’ordinaire, ressemblant étrangement à un palais venu d’ailleurs,mais qui fait penser à un temple de Katmandou. On se demande si le même résultat aurait pu être obtenu,si le courrier était distribué en vélo,ou pire en voiture,circonstances peu apte aux rêves. Par contre,s’il était distribué à cheval,le facteur aurait certainement conservé sa chance.

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  • Jean Le Mosellan

    Jean Le Mosellan

    12 septembre 2011 à 13:14 |
    J’ai découvert ces derniers temps une méthode qui a fait ses preuves, flottant comme un oriflamme sur toute la longueur des flancs des bus de ma ville. L’oriflamme se déployait élégamment dans le vent. On y lit cet aphorisme de Lao Tseu : Il faut toujours un premier pas, même pour un voyage de mille lieues.

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    • Emile Eymard

      Emile Eymard

      14 septembre 2011 à 19:38 |
      Sun Tzu, lui, disait "Ne pas avoir de méthode est mauvais. Rester dans la méthode est pire encore"

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      • Jean Le Mosellan

        Jean Le Mosellan

        15 septembre 2011 à 08:26 |
        Sun Tzu était machiavélique. C’était un militaire dont la méthode consistait à persuader l’ennemi qu’il n’avait aucune chance de l’affronter,la reddition étant la seule solution,du moment que toutes les autres méthodes étaient mauvaises. S’asseoir entre deux chaises est inconfortable,mais le faire entre une bonne méthode et toutes les autres ça ne peut que donner le vertige.

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  • Emile Eymard

    Emile Eymard

    12 septembre 2011 à 02:14 |
    En ce qui me concerne, dans l'écriture de mes nouvelles, et dans l'espoir que la narration converge vers une chute imprévisible, le texte me sert parfois d’accessoire au dénouement final.

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