"Qu'est-ce que que" : Le paradoxal poilu

le 29 juillet 2011. dans Ecrits, La une, Société

 

La réalité humaine, quelque part, est gouvernée par le désordre ! Voilà mon parti-pris, qui me vient de mon expérience, de mes lectures et de mes réflexions personnelles. C’est pourtant tout le contraire que l’on cherche habituellement à enseigner aux enfants. L’histoire des hommes, de l’univers et de la vie seraient porteuses d’un sens qui serait celui du progrès, et régies par des lois immuables qu’il conviendrait de découvrir, de reconnaître, d’apprendre et d’étudier, une vision rationaliste du monde qui légitimerait toutes les prétentions politico-morales réactionnaires des partisans de la loi et de l’ordre.

L’existence des lois de la physique et de la biologie nous obligerait de fait à organiser de même toutes les activités humaines, et jusqu’à celles de la pensée. Je tiens pourtant que la vie elle-même est de nature accidentelle, miraculeuse, improbable, et l’absence de vie apparente sur les autres planètes de notre système solaire m’incline à penser que j’ai raison. Partant de là, si nous admettons que l’apparition de celle-ci n’est gouvernée par aucune nécessité, pourquoi voudriez-vous qu’elle, et nous avec elle, évoluions en conformité avec un plan préétabli ?

Aussi, si notre existence individuelle, tout autant que celle des sociétés humaines, est dénuée d’objectif qui nous transcende, en quoi nous nous devrions d’agir dans la continuité des motivations que se sont choisies nos pères et nos mères, qu’ils tenaient soi-disant de celles de leurs aïeux. Bien sûr, quelque part, c’est ce qu’il y a de plus pratique, puisqu’alors, en cas d’erreur, les responsabilités deviennent partagées avec des morts.

Il y a là, me semble-t-il, une énorme méconnaissance, véritablement hypocrite, à penser qu’il convient d’imiter et de perpétuer, pour répondre avec succès aux défis que la vie nous lance perpétuellement, sur le plan individuel, comme sur le plan collectif.

Bientôt sept milliards d’individus sur terre, et bientôt dix, puis quinze : faudra-t-il donc recourir au génocide ou à la guerre pour nous adapter, en ramenant cette population à des proportions plus raisonnables ? N’y a-t-il pas plutôt urgence à décréter que les défis que pose cette démographie explosive demandent des solutions de nature radicalement différente de celles que l’humanité a pu adopter jusqu’alors ?!

Un principe me rassure, qui est que « nécessité fait loi », et m’incite à croire que la réalité finira par « dégainer les masses du rêve anxieux des bien assis », et les pousser à inventer de nouvelles façons de vivre ensemble et de partager les richesses, qui ne soient pas nécessairement décidées et organisées par ceux qui sont au pouvoir, mais naissent spontanément, sous la pression de la réalité.

Le point de vue habituel, c’est de poser le problème dans les termes suivants : il y a deux steaks dans une poêle et dix individus affamés autour, et forcément, il y en aura bien au moins cinq pour se passer de viande au bout du compte. Vu comme ça, l’inégalité, l’arbitraire, et la raison du plus fort semblent avoir force de loi. Mais c’est la façon elle-même de poser le problème, trop simpliste, qui engage à penser de manière défaitiste qu’il faut des baiseurs et des baisés !

A l’échelle de l’humanité, le problème est certainement bien plus complexe, et je tiens qu’on n’a pas le droit de le ramener à cette situation élémentaire, qui nous engage dans une solution tout aussi élémentaire. En la circonstance, c’est même un devoir de chercher coûte que coûte à le résoudre d’une manière alternative, et, j’ose imaginer que ceux qui nous suivront y parviendront.

Mais pour cela, n’est-il pas indispensable que les individus se détournent du conforme, comme de l’inconforme, du jeu du mérite, des récompenses et des punitions, de toutes ces notions qui sont autant de baillons et d’œillères à notre créativité, et qui constituent l’univers mental dans lequel nous évoluons, en nous traînant dans la soumission, quelquefois ?

Autrement dit, il s’agit d’oublier l’ordre et la loi, qui nous sont transmis comme une maladie vénérienne, avec ce mensonge toujours répété qu’elles seraient inévitables, inéluctables, obligatoires. Dans la liberté, il n’y a pas d’obligation, bon dieu ! Qu’on se le dise dans les chaumières !

Car, « le désordre, c’est l’ordre, moins le pouvoir » ; entendez par là que ce que d’aucuns appellent le désordre est une manière particulière de s’organiser en dehors de toute autorité constituée, comme héréditaire et quasi génétique.

« Un peuple, un état, un gouvernement », ça ne vous rappelle pas quelque chose, quelque part, une réalité honnie que l’on aurait bien aimée ne jamais devoir émerger du néant, et qui fait pourtant encore des soubresauts dans nos mémoires ?

Tout cela nous vient de cette idée, qui semble difficilement contournable, d’une obligation réciproque entre générations. Moi, je me plais à penser qu’elle ne provient en définitive de ce que les générations successives se chevauchent, et que nous ne nous sentirions pas les mêmes obligations, si, comme certains insectes, nous naissions dans un monde où nos parents seraient déjà morts.

C’est pourquoi ce monde qui est le nôtre, nous nous le partageons, mais toujours de manière inégale, au bénéfice des « vieux », ce qui n’est qu’une manière particulière de faire. « Jeunesse, lève-toi », chante Damien Saez, qui parle de tuer le père. N’y a-t-il pas en effet urgence à tuer le père, tel que nous l’envisageons, et le combat des femmes ne va-t-il pas dans ce sens ?

J’en reviens alors tout naturellement à mon affirmation de départ, concernant la prévalence du désordre dans la vie humaine. Car, pour moi, l’homme, privé de la femme, serait également privé de motivation, et du sens même de son action sur le monde. Tout vise ainsi chez lui ordinairement à se poser en maître et régent des affaires du monde et de la vie elle-même, comme s’il tenait à oublier et faire oublier cette dépendance fondamentale de la raison au sentiment et à l’instinct, privilégiées par celle-ci.

On peut bien me traiter de sexiste à affirmer que la femme envisage la vie et la réalité de manière habituellement double, ambigüe, contradictoire, mais pourtant, elle est à la racine de ce que j’ai appelé tout au long de ces pages le « paradoxal poilu », en ce qu’elle est la gardienne du sentiment, et de la vie elle-même.

Et pour conclure, j’irai jusqu’à dire que « Dieu est une femme, que certains appellent la vie », et que c’est la vie qui doit nous guider, et non la raison, et par là même que nous nous devons de nous ouvrir à d’autres possibles, éventuellement contraires à ce que nous pensons être l’ordre des choses, qui n’est qu’une vue de l’esprit.


Gilles Josse


Commentaires (4)

  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    30 juillet 2011 à 21:36 |
    L'ordre dans le désordre est une contradiction dans les termes...Par ailleurs utiliser la vulgarité "cul-cul" et le blasphème "nom de Dieu" comme arguments n'est pas vraiment un signe d'intelligence ou de capacité dialectique...Autrement dit c'est con-con!

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    29 juillet 2011 à 19:40 |
    Toute observation de la nature, depuis la biologie végétale jusqu’à l’astrophysique, dément la théorie du désordre. Les mythes – voyez Hésiode ! – définissent le cosmos (le mot lui-même contient l’idée d’organisation : initialement il s’appliquait à une armée) par opposition au chaos originel. Nombreuses sont les philosophies et religions qui font équivaloir les lois de la nature et celles de la cité. Pour les stoïciens, c’est le même Logos qui régit l’univers et qui inspire les nomoï (lois) humaines (c’est d’ailleurs de cette notion qu’est né le concept de droit naturel et de droit de l’homme) ; et, bien sûr, pour le Judaïsme, la Thorah (la Loi), antérieure à la création, est cela même qui fonde tant les lois de la physique que celles qui gouvernent (ou devraient gouverner) l’humanité. Non, cher Gilles, l’anomie (ou l’anarchie) est décidément un mythe, un vrai celui-là!

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    • kaba

      kaba

      30 juillet 2011 à 20:39 |
      J'ai cru lire ceci dans le texte de Gilles Josse, M. Vincent :
      "« le désordre, c’est l’ordre, moins le pouvoir » ; entendez par là que ce que d’aucuns appellent le désordre est une manière particulière de s’organiser en dehors de toute autorité constituée, comme héréditaire et quasi génétique"
      Autrement dit, je trouve votre commentaire un peu "cul-cul", nom de dieu !
      Je me permets ici de citer Jean Ferrat :
      "On va laisser ces pauvres mecs pour faire une java d'enfer,
      "Manger la cervelle d'un évêque avec le foie d'un militaire,
      "Faire sauter à la dynamite la bourse et le Panthéon..."

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  • gerald

    gerald

    29 juillet 2011 à 16:25 |
    La raison, à mon sens, n'est pas plus dangereuse que les préceptes établis au nom de Dieu avec leur kyrielle de guerres, de crimes, de dominations, de manigances.Je préfère une femme qui raisonne, un homme qui raisonne, une libre conscience, à des troupeaux asservis par des croyances inventées et moralistes. Bien sûr, je reconnais que l'Homme peut être dominateur et manipulateur avec ou sans Dieu.

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