Qu'est-ce que que (7) L'orthographe de requise

le 01 juillet 2011. dans Ecrits, La une, Société

Qu'est-ce que que (7) L'orthographe de requise

« Jé vu un oizo : cété un péroké. Il été bo ! » Merci ma poule, pour ce message SMS à l’orthographe idoine ! Quand on lit ça, on a envie de se taper la tête contre un mur, et de lancer une croisade pour la sauvegarde de l’orthographe de la langue française ; tout juste si on ne voterait pas Marine Le Pen aux prochaines élections présidentielles ! Non, je rigole, puisqu’en tant qu’anarchiste patenté, je me défends de voter depuis plus de vingt ans.

Alors, que penser d’un tel tintouin ?! Est-ce que cela signale l’émergence d’une contre-culture, qui donnerait naissance à quelque chose d’équivalent au jazz ? Est-ce que ça en vaut la peine ? Certainement, s’il y a de l’argent à se faire. Car la valeur d’une idée, c’est déjà plus ou moins sa valeur marchande, et la demande crée l’effet de mode.

Là, j’entends des dents qui grincent, et pourtant, c’est ainsi, que cela nous plaise ou non, l’orthographe SMS aura de beaux jours devant elle, pour peu que quelques opportunistes se mettent à commercialiser des produits qui l’utilisent.

De surcroît, le pourcentage considérable d’illettrés que compte la population française ne peut que conforter le phénomène, au besoin.

Car, s’il est un diktat de la langue, qui est celui du vocabulaire et de la syntaxe, celui de l’orthographe en est un deuxième, tout aussi puissant. On ne peut donc pas objectivement en vouloir à qui chercherait à s’y soustraire en adoptant cet espéranto qu’est l’orthographe SMS, que nous désignerons dorénavant par OSMS. Il représente en effet la possibilité de communiquer par écrit avec tout un chacun, sans que certaines fautes de français rédhibitoires vous fassent passer pour un âne, et, mieux même, il est possible d’y exceller par des abréviations astucieuses, conformes à ses propres règles. De cette manière, il engendre sa propre échelle de valeurs, indépendante de la culture habituelle, se révélant en cela profondément subversif, voire révolutionnaire.

Et, n’est-ce pas cela même que l’on reproche à l’OSMS, indépendamment de l’examen objectif de ses qualités et de ses inconvénients ? Car il présente l’avantage d’être très tolérant, à l’inverse de ses détracteurs, tels les profs de français et autres psychorigides mal embouchés, qui militeraient encore bien volontiers pour la perpétuation de l’imparfait du subjonctif, et que c’est cette tolérance même qu’on lui reproche finalement.

L’OSMS, ça s’apprend sur le tas, en pianotant sur le clavier d’un téléphone portable ou d’un ordinateur, et cela aussi ça déplaît, car remettant en cause la sacro-sainte bénédiction des diplômes obtenus après des années d’études classiques, et tout le jeu de soumissions et de compromissions qui les accompagnent : c’est un langage d’autodidacte, qui s’apprend en partie par imitation. Et ça, ça ne plaît pas, car, en définitive, toutes nos simagrées habituelles ne visent qu’à déterminer qui tiendra le manche de pioche, et qui le stylo du chef de chantier.

Le plus amusant, c’est de remarquer que l’on n’a en revanche pas trouvé d’inconvénient à imposer au peuple l’heure d’été et l’heure d’hiver, et plus récemment, de compter nos sous en euros, plutôt qu’en francs. L’acceptation de l’OSMS comme orthographe alternative arrangerait pourtant bien les dyslexiques !

Mais, quelque part, accepter l’OSMS, ce serait la fin de la civilisation, telle que nous la connaissons, qui, toujours, relègue les illettrés aux postes subalternes. Aussi, ne rêvons pas, ça n’est pas demain la veille que notre président de la république nous enverra ses vœux par SMS, en nous disant « kil nou kif grav ! ».

C’est bien dommage, quand on pense qu’il serait possible de condenser la trilogie de Proust et sa « madlène » en un simple volume de cent pages, avec un peu de chance.


Gilles Josse


Commentaires (4)

  • Lévy Maurice

    Lévy Maurice

    21 août 2011 à 20:27 |
    Oh ! pour moi 15000 € ça fait toujours dix millions d'anciens francs, ça nous donne l'impression d'être plus riches, c'est tout !

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  • gilles josse

    gilles josse

    04 juillet 2011 à 18:45 |
    Je m'adapte sans changer, tel un fossile vivant, genre gindko biloba ou crocodile, si vous voyez ce que je veux dire...

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  • Jean Le Mosellan

    Jean Le Mosellan

    03 juillet 2011 à 14:34 |
    O dpar lé texto ét restr1 en signes dan lé abonmt jeune. D’où développement d’une écriture économique. Pour le même prix vous avez beaucoup plus en message dans le même SMS. Voilà c’est toujours une question d’argent,comme de voyager en classe économique. Pour la même somme vous voyagez plus loin. Une simple adaptation aux contingences du temps. Vous ne vous êtes pas encore adapté ?

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  • eva talineau

    eva talineau

    02 juillet 2011 à 20:45 |
    en langage SMS, votre texte serait moins attrayant - d'un autre côté, il est probable que certaines inventions de ce jargon babare feront un jour partie intégrante de la langue.

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