Rire en la demeure

Ecrit par Mélisande le 24 octobre 2015. dans La une, Ecrits

Rire en la demeure

Avez-vous remarqué l’état des êtres dans leur narcissisme masturbatoire ? Ils s’aiment au-delà de toute limite et se contemplent, leur vie durant, sans la frontière d’un « Fou du roi » humble et juste, qui serait capable de dire : « Ya basta ! ». Alors on assiste, alors que notre faim de vols migratoires par-delà la mort est immense, à toutes sortes d’injonctions qui ne font l’apologie que d’un petit être satisfait. Il a posé ses frontières autour de lui-même et il veut nous faire croire à l’universalité de ses propos ! Il nous plonge dans l’odeur pestilentielle de ses culottes, croyant nous combler, mais nous sommes, depuis l’enfance, bien au-delà…

Car c’est Noël et sa désespérance qui nous ont éduqués au livre inhumain des êtres, et c’est ainsi que s’est forgée notre foi, comme un parfum d’infini, incaptable par les chasseurs… Celle, la Dame, qui espère quelqu’un dans un au-delà, un en-deçà, un lieu vierge de tout bénéfice secondaire, quelqu’un qui souffrirait en silence de ce merdier invraisemblable… Alors que tout l’automne, dans son silence, est or et amour infini…

Il oublie au passage et le ciel et le vent, que l’on prie instamment de bien vouloir chasser sans fusils ces identités sans apport, ces êtres sans perspective, ces espérances blêmes au front de nos détresses et de nos espoirs. Ils sont incapables de ressentir quoi que ce soit, mais ils mentent au fronton de nos questions, au visage de nos tragédies, ils sifflent et font entendre leur voix terne de fausset, car il est rare l’être qui a croisé sur son chemin la vérité faite homme.

Evidemment, dans cette grande nature, cette matrice cosmique silencieuse et opérante qui nous entoure et qui nous geste, et pour le lièvre qui déjoue sans arrêt le dessein meurtrier de ses prédateurs, et pour la biche et son petit qui n’ont pour projet existentiel que de fuir avec élégance et souplesse, les gras défenseurs du territoire, en immobilisme frontal et cependant guerrier, pour sauver leur peau, il y a rire en la demeure…

Est-ce que ceux qui ont peur savent encore rire de leur angoisse ? Est-ce que ceux qui chassent se rendent compte de l’inanité de leurs coups mortels, et dépassent la guerre, ce vœu désaccordé et disharmonieux dans l’univers de l’Amour ? Amour, un univers dont les frontières dépassent de loin le Verbe des humains avares…

Et combien la mort n’arrête pas la vie dans son essence. Et combien est dérisoire ce fusil devant l’espoir et la trajectoire. C’est le silence qui impose l’intériorité et le juste regard sur la vie et sa débâcle, et sur nous-mêmes. Avec le point final de la mort, comme si on acceptait de se préparer au grand voyage, adieu les déménageurs et leurs propositions, tout s’est joué en quelques secondes dans le soleil blême de l’automne qui envoie ses derniers messages : « Taisez-vous, seigneurs, taisez-vous et écoutez »…

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Mélisande

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