Souvenirs d’enfance

Ecrit par Valérie Debieux le 16 juillet 2016. dans La une, Ecrits

Souvenirs d’enfance

Fin juin, le parfum des vacances flottait dans l’air. Tous mes camarades et moi, nous nous réjouissions d’entendre, pour la dernière fois, la cloche de l’école, annonciatrice de notre libération. Tout était prêt : chaises posées sur les pupitres, livres rangés, tableau noir lavé, poubelle vidée, fenêtres fermées et stores baissés. Le carillon retentit et chacun se précipita vers la porte grande ouverte tout en saluant une dernière fois l’institutrice.

Le temps de troquer mes pantoufles contre des chaussures de sport, je traversai le préau et j’aperçus ma maman. Comme à la fin de chaque année scolaire, elle m’attendait près du grand portail d’entrée. Elle m’avait déjà repéré, un grand sourire aux lèvres. Je m’élançai à sa rencontre. Elle me prit tendrement dans ses bras, m’embrassa sur les joues et me félicita pour mon année accomplie.

Nous avons longuement discuté sur le chemin du retour. Ça fleurait bon l’été. L’exhalaison des fleurs, sublimée par la douce moiteur d’une fin de journée, me transportait dans un sentiment de joyeuse légèreté. Le parfum des lauriers roses et du jasmin me chatouillait les narines. Maman avait le ventre rond, elle attendait ma petite sœur. J’étais impatient qu’elle vienne au monde car je me réjouissais de partager avec elle les merveilles que la nature m’offrait sur le chemin de l’école.

La classe terminée, j’aimais toujours prendre le temps de flâner, là pour écouter le chant des oiseaux, ici pour admirer le vol des papillons ou là encore, pour respirer le parfum des fleurs. J’étais un enfant certes rêveur et, parfois même dissipé, mais j’aimais bien apprendre. C’était mon côté studieux… Par chance, la place près de la fenêtre était la mienne, personne d’autre ne la voulait et pourtant, c’était un lieu d’évasion extraordinaire pour qui aime rêver.

Maman était fatiguée, elle ne dormait plus beaucoup et la chaleur l’incommodait quelque peu. Alors que nous marchions tranquillement en direction de la maison, elle m’annonça que j’allais passer tout l’été en Normandie chez mes grands-parents et qu’elle me rejoindrait, avant la fin des vacances estivales, avec papa et ma nouvelle petite sœur.

Je me souviendrai toute ma vie de ces vacances en Normandie !

Peu après mon arrivée dans la demeure de mes grands-parents, à Clécy, surnommée la capitale de la Suisse Normande, je fus invité, après le départ de mes parents, à passer à table. Tous deux avaient mitonné un excellent repas, ils y avaient mis tout leur amour et tout leur savoir-faire. Ce soir-là, j’eus le bonheur de déguster des moules au cidre, de la salade de penne aux courgettes grillées, des tomates farcies et un clafoutis aux cerises. Je goûtai chaque plat, j’étais content, mes grands-parents l’étaient également, je parlais, ils m’écoutaient et s’échangeaient de temps à autre un regard complice. Puis arriva l’heure de regagner ma chambre. J’embrassai mes grands-parents et les remerciai pour leur gentillesse. Mamie m’accompagna jusqu’à ma chambre et ce soir-là, je m’endormis rapidement, emporté vers le pays des rêves.

Les jours qui suivirent, je les vécus comme des moments de doux bonheur. Ils nous permirent de nous découvrir les uns les autres et de nous aimer davantage encore.

Mamie avait le goût des choses bien faites et elle éprouvait le besoin de transmettre. Elle nourrissait une véritable passion pour son verger, elle connaissait chacun de ses arbres, elle leur parlait ; elle les scrutait, soucieuse de les voir bien se porter. Une véritable communion entre elle et eux ! Et, comme par enchantement, ses protégés le lui rendaient bien : les fruits – pommes, pruneaux, coings, cerises, groseilles, raisinets, framboises, cassis et mûres – étaient abondants et avaient tous une saveur particulière. Et puis, il y avait les confitures et les conserves ! J’aimais voir Mamie en cuisine, au milieu de ses fruits et bocaux. Tout était calculé, pesé, mesuré et minuté et Mamie m’associa à son travail : je fus ainsi chargé d’effectuer les pesées du sucre et des fruits. Comme à un apprenti-alchimiste, Mamie m’expliquait ce qu’elle faisait et pourquoi procéder de façon différente avec chaque fruit. J’étais admiratif de son savoir-faire. Ainsi, selon le fruit cuisant dans ses casseroles en cuivre, elle y ajoutait parfois des plantes aromatiques, c’était sa touche personnelle. Cet été-là, je passai, avec bonheur, plusieurs après-midis en cuisine avec Mamie, observant au passage qu’il y avait de nombreuses similitudes entre certains gestes de maman et ceux de ma grand-mère.

Outre son amour pour son verger et sa cuisine, Mamie aimait se promener et c’est ainsi quelle me fit découvrir les ruelles étroites de Clécy. Elle m’emmena ainsi fréquemment sur le pont du Vey pendant ces vacances. J’aimais beaucoup la maisonnette qui prenait ses aises sur le bord de la rivière, on aurait dit qu’elle se plaisait à regarder l’eau passer devant ses fenêtres. Avec Mamie, on pouvait se balader des heures, sans jamais s’ennuyer. Elle savait tout sur tout ; elle était incollable sur la géographie et les légendes de sa terre natale. Je buvais ses paroles. Ensemble, il nous arrivait de longer la rivière vers le Sud, et parfois, nous nous glissions dans une barque et c’était un plaisir de la voir heureuse, en train de diriger l’embarcation, pagaies en chaque main. Sous son air sérieux, Mamie avait beaucoup d’humour et nous riions souvent.

Papi n’était pas un grand marcheur. Toutefois, nous fîmes quelques balades. Lors de la première, il m’emmena sur les plages du débarquement. Il s’y trouvait de nombreux touristes, jeunes et moins jeunes et, certains, même beaucoup plus âgés que mon grand-père. Je ne comprenais pas la langue qu’ils parlaient mais le ton était bas et respectueux. L’émotion se lisait sur leur visage. Nous visitâmes également quelques musées et l’endroit qui me laissa la plus forte impression, ce fut le cimetière américain. Je n’étais qu’un petit garçon à l’époque mais les images sont toujours bien présentes : un alignement de croix blanches s’étendant à l’infini. Papi me fit ce jour-là un cours d’histoire, je compris que la vie n’est pas toujours facile et que l’horreur peut en faire partie. Puis, nous fîmes des randonnées dans les environs de Clécy, la nature était magnifique. J’y découvris des oiseaux que je ne connaissais pas et des insectes propres à cette région. Nous allâmes également à la rencontre de l’Orne, un cours d’eau majestueux qui borde le territoire de Clécy en méandres sinueux et, comme j’éprouvais du plaisir à regarder les pêcheurs taquinant le poisson, Papi me proposa de l’accompagner à la pêche. C’est ainsi que j’appris l’art de la pêche, sous le regard attentif de mon grand-père !

Entre moments de parlotte, promenades, récoltes de fruits, préparations culinaires, parties de pêche et matches de foot le soir devant la télé, les journées estivales défilèrent mais j’avais toujours une pensée pour mes parents. Et, un soir, au retour d’une partie de pêche, alors que nous étions à table autour du festin que Mamie nous avait préparé, je reconnus la voiture de mes parents. Je laissai couverts et serviette et, immédiatement imité par mes grands-parents, je m’élançai à leur rencontre : maman portait dans ses bras celle que j’attendais, ma petite sœur !

Ce furent-là mes plus belles vacances…

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