Tu ne peux plus imaginer

Ecrit par Mélisande le 11 novembre 2011. dans La une, Ecrits

Tu ne peux plus imaginer

 

J’ai préféré les cieux violets à l’horizon calme, quand le cri était prêt de jaillir dans l’orage d’un jour chaud, brusquant soudain les esprits endormis, même pas chagrins sur le bord des vies. Cela était sans doute plus exaltant que le bleu maussade des étés où le dehors est envahi de joies estivales.

On y voyait souvent avec effroi cette espèce de raccourcissement de la pensée, comme un fouet qui ne claque plus dans le désir d’être, on y devinait l’ennui dans l’intérieur des demeures.

A trop vouloir savoir si l’on aurait pu, comme un arc en ciel, enjamber la rivière pour rejoindre l’autre rive sans trop attendre, petits, frileux, et harnachés pour l’intense, histoire de ne pas trop se faire mal, quelque chose est mort, quelque chose n’est plus.

C’est peut-être cette absence de lumière dans les intentions qui nous le dit, ce regard qui ne voit plus, mais qui veut prendre le ciel des autres sans rien donner, capturant avec indécence un blessé exsangue qui respire déjà peu.

L’espace où rien n’est laissé vacant est déjà planté de bonnes intentions. Pour s’assurer contre des déserts redoutés et leur silence infini, sables immenses qui nous demandent de naître si l’on veut vivre, il a fallu renoncer. Le vertige qui dirait que l’on tombe à terre, en perte de maîtrise de sa masse corporelle, ouvert au champ universel du confondement, dans l’oubli de soi, n’est plus. Ici gît le vertige. Ici gît le risque de vivre. Et celui de changer totalement d’existence si nous avions laissé la place…

Les accents tremblants d’une voix qui s’en va loin de nous, et l’on se sent abandonné, alors le réflexe du noyé est terrible, il s’agrippe avec fièvre et violence, ne reculant en rien l’échéance : il faut affronter sa solitude, comme une armée en marche sur notre nudité. Effroyable passage. Autour de moi la pluie dilue l’écho aigu de la cruauté, incitant au baptême.

Une arche s’avancera sans doute pour que nous y montions après réflexion sur l’opportunité de survivre quand tout a été enseveli nettoyé, quand tout ce qui était familier a disparu. Ce silence, qui est la respiration avant la création, est long, si long dans le cœur blessé qui ne voit que le sang.

Les yeux devront réapprendre à regarder dans l’amour, et surtout l’humilité. Nous devrons sans doute aussi baisser d’un ton, la boucler une seconde, et jetant un œil derrière l’épaule, découvrir avec émerveillement l’orchestre, qui attend depuis longtemps notre calme, pour jouer enfin.


Mélisande


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Commentaires (4)

  • Simon Dominati

    Simon Dominati

    12 novembre 2011 à 11:00 |
    Bonjour Mélisande,
    J’aime ces textes qui vous embarquent, qui disent mais qui vous laissent vagabonder aussi…
    Vous me demandiez quand ? Je me suis fourvoyé dans d’autres médias avec des petits pamphlets inutiles et qui m’amusent pourtant. A chacun ses faiblesses. Je viens souvent incognito, vous lire, je me manifeste un peu maintenant, comme quelqu’un d’effrayé qui reprend confiance. J’admire le vol des condors mais crains toujours qu’ils s’abattent sur la carcasse de mes textes pour la mettre en pièce sans que j’aie les moyens de me défendre… Je n’ai pas la plume académique pour cela. Un jour peut-être, quand je serai grand… Ne retenez, lecteurs, que le côté majestueux des condors.

    Bonne journée Simon

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    • Mélisande

      Mélisande

      12 novembre 2011 à 17:50 |
      @Simon
      C'est un piège, les condors ! Aimer sans se laisser impressionner ni surtout dévaluer son travail , voilà un chemin pierreux et difficile mais c'est le seul.
      Quand le coeur parle, c'est toujours pour l'oreille amie, un souffle de vérité qui doit permetre d'y aller aussi.
      Ce monde ne doit pas devenir écrasant maissurtout circulation d'énergies et échanges tous azimuths. Très loin de l'Académisme engoncé et poussiéreux.
      Ecoutez les propos de Le Clezio qui est venu sur le plateau de la dernière "grande librairie", en baskets, évoquer entre autres son prix nobel de littérature; voilà un vrai écrivain, un vrai être humain, c'est l'humilité qui toujours fait la grandeur des uns et des autres..

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    11 novembre 2011 à 20:26 |
    Certains auteurs parlent de l'Arche qui, à la fin des temps, contiendra le petit nombre de ceux qui seront sauvés...Mais, avant, il y a l'apocalypse!

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  • Elisabeth Guerrier

    Elisabeth Guerrier

    11 novembre 2011 à 17:09 |
    C'est bien !

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