Un ailleurs au goût d’ici

Ecrit par Mélisande le 10 juillet 2015. dans La une, Ecrits

Un ailleurs au goût d’ici

On change d’ailleurs comme on change d’état d’être : il représente l’inaccessible, et se transforme en statue morte si on le touche si on l’atteint si on le capture, et la proie ficelée comme un rôti qui en résulte, n’est au fond que ce qui reste de cette avancée en haute mer que l’on nomme le désir, même si nous nous hâtons vers les sorties de secours, à chaque moment de liberté…

Ne demeure alors qu’un petit être ramassé dans les filets de ce désir de maître pitoyable pour l’esclave, et qui étreint en secret le cœur de l’homme, faute de mieux, faute de « Zazen » diraient les Bouddhistes. Car l’Ailleurs n’est que pour un temps quelque part. Chez un être par la grâce de l’amour, dans un pays, par la grâce du désir de partir, de découvrir, de se mettre en route, sabots levés dans le galop poussiéreux et aigu de la vie.

L’ailleurs est d’or, il est sacré en l’homme, et nul ne peut refouler son représentant terrestre avec ses murs, cela est aussi ridicule que de vouloir faire rentrer le ciel dans une cuvette, où l’on aurait peut-être avant vomi cette bile qui a remplacé la fraternité dans nos pays riches…

L’ailleurs, c’est le grand Autre, qu’il soit l’espace, qu’il soit le temps, il prend un jour naissance dans le cœur de l’esclave, et c’est son âme divine qui l’exige. Elle veut faire voler en éclats les blessures aigues et l’indignité qui ont ruiné depuis des siècles les battements de son être, et cette âme au service de l’ailleurs, oriente doucement et fermement, la vision de son regard toujours au loin dans l’azur, puisant là-haut nourriture pour ses poumons, de l’air comme la preuve intangible du grand manque : la disparition programmée de l’Ailleurs dans le cœur de l’homme.

Car ne confondons pas : cet ailleurs au grand espoir que l’on veut faire rentrer dans son être, dans son espace individuel, et celui qui s’échappe toujours : Il n’est jamais éteint jamais atteint, car son existence est la respiration de l’être libre en nous, celui qui n’est plus astreint aux règles humaines du dominant/dominé, celui qui vole, dans les cieux illimités de son propre dépassement.

Et ça, coco, c’est pas une bonne nouvelle pour les voyagistes !

Il faut y aller camarade, il faut le vouloir pour s’en trouver changé, transfiguré, devenir « ailleurs » soi-même.

Beau voyage !

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Mélisande

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Commentaires (2)

  • Sabine Aussenac

    Sabine Aussenac

    15 juillet 2015 à 10:44 |
    Un beau voyage immobile, du moi au moi en passant par toi.

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    12 juillet 2015 à 16:29 |
    Vous avez raison, l'ailleurs est comme l'asymptote en mathématique : on y tend sans jamais l'atteindre. Inévitable! sand même, sans ici, il n'y aurait pas d'autre, ni d'au-delà. Autre/Même, ailleurs/ici, mouvement/repos, c'est la même dialectique...

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