« … Un peu avant midi nous revenions par les ruines… » (Albert Camus, Noces)

Ecrit par Mélisande le 27 août 2016. dans La une, Ecrits

« … Un peu avant midi nous revenions par les ruines… » (Albert Camus, Noces)

Dans ce village riche et bruyant des campagnes de l’Ardèche, entre deux coups de canons guerriers, se glissant prudemment dans la nuit bleutée des Perséides, la caravane-maison des gitans est arrivée.

Comme un oiseau résigné blessé elle s’est tue, malgré le chant profond qui montait de ses entrailles. Discrète quant à ses rêves d’absolu vis-à-vis du quidam qui jouait ses boules sur le parvis des platanes massacrés par un élagage, le jour même de l’équinoxe, quand les oiseaux migrateurs s’étaient donné rendez-vous dans leur vaste feuillage pour partir, elle s’est figée à l’endroit même du délit, bien à même de saisir le crime des tronçonneuses et de ceux qui les avaient brandies.

Splendide dans sa rondeur romane, avec ses chevaux qui défiaient la beauté, et dans le regard d’ambre de ses occupants, un silence altier, une fierté sombre fatiguée du mensonge et de la cruauté. C’était ce matin suivi d’un soir ordinaire d’été : un temps mort où il ne s’est rien passé de sérieux, rien de divin s’entend.

Flouée, mais fidèle, dans le lit des âmes fortes, le cœur haletant sur le long chemin de la vie, alors que la mort serait délivrance et que chaque aube est une prouesse, honneur au noble voyage. La caravane a déployé son silence sur la place des hommes.

Lovée muette dans le mouvement des astres et de Dieu, assignant au monde diurne la présence du voyage et de la liberté, cris puissants, et la trace en l’homme qu’il ne cédera en rien, alors que les eaux dévalent après l’orage sur la terre sèche des femmes, et que dans la nuit bleutée, la voix se voue aux dieux de l’amour, et clairement si il le faut, mourra ci-devant en cas de non retour. La roulotte, la caravane des Gitans est amarrée près de moi, elle roule en même temps que les étoiles pas dans le temps humain, mais dans celui céleste qui définit et le jour et la nuit, et la vie et la mort, avec le souffle de l’onagre qui s’ouvre au crépuscule dans le silence d’été, offrant son calice au dieu de l’amour.

Gitans auprès de Dieu compagnons de silence, agneaux devenus loups par « le-sang-versé », en fraternité avec le galop effréné d’une biche, la roulotte est arrivée. C’était la nuit.

Dans le bruit des humains inquiets qui ont oublié le langage, posée entre deux arbres, elle s’arc-boute volutes en toiles, chevaux, enfants-voyants, et les chiens aussi, qui sont là près du feu dans le silence. Ciel léger d’été quand il n’y a plus personne pour la guerre. Gens du voyage à la fois sur l’arbre mais aussi chassés de la terre qui leur offre des racines, dans votre maison profonde et silencieuse, vous êtes entre deux mondes, celui du chant céleste et celui terrestre où s’affrontent ceux qui possèdent la terre : maudits, ils ne veulent plus bouger et ont laissé derrière eux le vent, les chants, et l’océan qui va qui vient, dans le silence souffrant du monde. Ne devenez jamais comme eux malgré les regards lourds derrière les vitres de leurs maisons basses. Soyez les bienvenus, ô mes frères d’espoir et de vie.

Liberté harnachée parée apprêtée pour un jour de gloire. Il viendra.

A propos de l'auteur

Mélisande

Rédactrice

Poster un commentaire

Vous êtes identifié en tant qu'invité.