Atterrée à moins que sidérée...

Ecrit par Martine L. Petauton le 15 octobre 2016. dans La une, Politique, Actualité

Atterrée à moins que sidérée...

L'actualité – c'est formidable pour RDT – nous alimente avec une constance de mère nourricière, et cette semaine, le choix s'est présenté vaste comme ces buffets où l'on peut pour un prix x, se goinfrer à l'infini.  Quid des premières lances brisées au tournoi des Primaires de la Droite, tandis que, presque dans le même temps médiatique il nous fallut dresser l'oreille – à défaut de l’œil, au vrombissement du «  Confidences d'un président qui ne devrait pas dire... », si l'on me permet d'en bidouiller le titre.

 Dans les deux cas, j'en ressors atterrée, c'est à dire consternée, et sidérée, comme arrêtée en vol, rassouillée plus que par notre épisode cévenol Héraultais ; de la flotte froide qui vous étouffe et un vent de tempête qui submerge le peu de sérénité que vous aviez encore au fond des poches.

 Les 7 chevaliers tout sauf blancs des Droites, agencés comme à la messe, pas toujours à l'aise – ce genre de ballet démocratique n'étant pas si usuel dans ce camp – nous en ont donné pour feu notre redevance. Tant, par le dessous des programmes aux hampes ( il faut tendre l'oreille à ce – plus libéral que moi, tu meurs, et à ce simplet défaire le quinquennat Hollande, et tout baignera), que par – jouissif – ce parfum saturant le studio de haines recuites ou plus fraîches, dont le spectacle fut vraiment à la hauteur. Tout ça nageait dans un XVIème siècle des guerres de religion, des Guise aux abois ou des lansquenets de Henri III, planqués dans l'escalier de Blois, aux petites heures. Les regards, les postures gestuelles, les mimiques retenues ; parfois le bruit d'une arme tombant : ce marmonnement de Fillon à Coppé – tu réécris l'Histoire, ce glaçant – tu n'étais pas assez important pour traiter de cette loi sur la  Burka, à Coppé encore,  venu d'un Sarkozy, impérator fulminant égaré dans ce peuple ... J'encourage ceux qui ont loupé ce volet 1 de la série à s'y précipiter en replay d' urgence...

A tout seigneur... il convient aussi de s'occuper du  président... le mien, notamment. Premier exploit, il y a peu, souvenons-nous : avoir accepté la manœuvre quasi folle d'acheter des trains – foin de la SNCF, pour contenter un petit nombre d'employés d'Alstom-Belfort, que l'on voulait « déporter » quelques miles au Nord. Trains qu'on donne à fabriquer, puis à faire rouler, si j'ai bien compris, sur d'improbables et non nécessaires trajets, assortis de contraintes techniques, donnant au projet un air de conte pour enfants quelque peu crédules... Grands travaux du XIXème à moins qu' image de ces rois – d'Ancien Régime bien sûr, octroyant de baroques cadeaux à leurs sujets. Carie  déjà fort dérangeante. Non content de ça,  et quasi dans la foulée, le livre, non du siècle mais du quinquennat, ce Verbatim au petit pied, pas d'un conseiller partant de sa position pour regarder et causer sur le règne, mais – autre façon,  sorte de fenêtre ouverte sur l'Exécutif  dans ses œuvres, au quotidien, observant « tout » et le reste ( à quatre yeux et oreilles de deux journalistes choisis, comment et sur quels critères, mystère) pour en faire un rendu-somme – plus de 600 pages – censé  être un Mon quinquennat vu par moi,  par  François Hollande... La démarche m'échappe un peu, si ce n'est la certitude de la maladresse et de l'inopportunité.  La façon dont on l'exploite, triturant bribe de confidence et reste de phrase tronquée, par contre, n'échappe à personne, en ces temps difficiles et délicats de fin de mandat. Il fallait s'y attendre et  il est impossible, pour autant, me semble-t-il de défendre là, quelque chose ou quelqu'un.

On voit  pourtant le projet d'origine, il y a 5 ans : faire expertiser par des éléments neutres et possiblement extérieurs, tout au long du chemin présidentiel, l'ensemble du travail, ses chocs, même personnels ( Valérie-le-retour, la barbe !) ses essais fructueux ou moins, ses échecs, sa manière de travailler, de recevoir de plein fouet l'Histoire avec le courage et l'intelligence qu'on ne peut que lui consentir. Tout ça avec un maître mot : liberté ; pas d'interventions, aucune censure au bout ; une sorte de vaste mise sur écoute du fonctionnement présidentiel ( le contraire en son temps de Maître Mitterrand). Cela ne  pourrait qu' honorer le président, colorer  sa période de cet air scandinave qui aurait dû lui aller comme un gant.

 Pourquoi alors, ne pas avoir attendu d'être sorti du temps des évènements pour agencer ce livre-mémoire-réflexion ? Aucun travail historique, à ma connaissance – or, ce document le revendique – ne peut se construire dans le même temps que l'action ( s'engranger oui, mais pas s'écrire). François Hollande – qu'on me permette encore de dire : d'après ce que je connais du personnage – s'il était un élève, on lui ferait savoir qu'il a encore des progrès à faire en Histoire ! Ce n'est pas sa discipline préférée, loin s'en faut. On le sait, mais c'est  là que  ça pèche, par ce mélange des temps, des lieux d'où les choses se disent et ensuite partent. Je parle à qui, d'où, comment.  Prenez ce qui est dit sur la venue de François Fillon à l’Élysée, demandant que les feux contre Sarkozy soient poussés ; très probablement véridique, mais comment le prouver ? On l'a vu, illico dans le débat des primaires de la Droite. Hollande réitérant, avec hauteur de vue, la prévalence de la justice ; cela lui ressemblerait ; mais, là encore, preuves ? Dans tout ça, et en l'absence de pièces supplémentaires à joindre au dossier, aucun usage politique efficace ne peut être fait. Chou blanc, donc.  Maladresses, inopportunité d'écrits dont on veut  faire un usage visiblement politique ?  Plusieurs fers au feu, stratégies compliquées très Hollandiennes, nous disent évidemment les contempteurs. Le document y  perd de  son essence, et se diffuse dans une inutilité contre productive. On trouve là les caractéristiques  de cette fin d'époque, on en est fatigué. Et puis, mais là encore, il faudrait savoir parler couramment Histoire, cette façon de prétendre à la non relecture ( patent dans ce document à la publication précipitée, suicidaire à sa façon) à la non censure, ce qui n'est pas réalisable, de toutes manières. Tout passe, nous dit-on.  Ce qui est pesé dans le discours officiel, ce qui est marmonné en off, de toi à moi, dans des lieux presque privés ; même couleur, même odeur, même sens ? Quel besoin de fausse transparence, ici ? Ainsi  de ces propos – à peine croyables – sur la justice. Consternants, évidemment inacceptables par leur violence, et plus gravement par  leur généralisation, si je les entends et les lis tels quels.  Réels puisqu'il ne les a pas niés, mais posés un jour sur je ne sais quelle table en des circonstances qui demeureront mystérieuses. Il faudrait – il faut – connaître et éclairer l'avant,  l'après, le contexte précis de ces propos, tenter de cerner dans quelles circonstances cette colère a éclaté, à priori plus Sarkozienne ( «  casse-toi » et le florilège) qu'Hollandienne.  Le président donne l'impression de trous de mémoire sur la question ; c'est une immense insuffisance que ne rattrapera pas l'évidence de son respect de la séparation des pouvoirs, notamment du pouvoir judiciaire durant son quinquennat. Nonobstant lamentable, tout cela, par autant d'erreurs dans la forme que de flouté dans le fond.

Oublierait-on parfois, dans la Gauche et la Droite de gouvernement, sièges des alternances possibles,  que la période tricote à la vitesse de la lumière un rejet de la politique, ses usages, son personnel, rarement atteint. Que jamais peut-être la république et ses valeurs n’auront été autant friables et attaquées. Pourquoi travailler à les rendre attaquables au centuple... Vous aurez compris que ma conclusion, je vous la laisse écrire...

A propos de l'auteur

Martine L. Petauton

Martine L. Petauton

Rédactrice en chef

 

Professeur d'Histoire-Géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)

 

Commentaires (9)

  • Martine L

    Martine L

    18 octobre 2016 à 12:02 |
    Et le côté Proustien de F Hollande ?? au fond, on n'en est pas si loin...

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  • bernard péchon pignero

    bernard péchon pignero

    15 octobre 2016 à 17:26 |
    Ces jours-ci, j’ai beaucoup pensé, amicalement et douloureusement, à ceux qui défendaient encore « notre » président. Je sais ce qui leur en a coûté de devoir constater cette sorte de suicide politique en plusieurs épisodes dont le coup de grâce dépasse tout ce que l’on pouvait imaginer. Mes liens personnels avec la magistrature s’offusquent moins de « l’engeance » et de sa « lâcheté », à quoi on nous avait habitués avec les petits pois de l’autre, que du double discours sur la déchéance de nationalité. Ici se lisent clairement la faiblesse rédhibitoire du personnage en matière juridique, son manque de vision historique et, accessoirement, la médiocrité de ses conseillers en communication. Dont acte. Atterrant et sidérant ! Vous l’avez écrit. Il le fallait. Merci pour RDT.

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    • Martine L

      Martine L

      16 octobre 2016 à 18:02 |
      Nous sommes en présence d'un technicien de la politique – c'est du reste pour sa génération, l'espèce la plus présente en magasin. Cela n'enlève rien à l'intelligence – peut-être même au contraire, ni à l'efficacité potentielle. Mais ce ne sont plus ces hauteurs et ces brillances intellectuelles, quand ce n'est pas littéraires. Or, qu'on le veuille ou non, les institutions monarcho-présidentielles de la Vème se tournent peu vers le technicien au ras du plancher ; ça, c'est pour les pays scandinaves. Donc, Bernard, que ce soit mon Histoire ou votre Droit, on est dans de la faille. Que cela, par ailleurs ne doive pas empêcher les réussites des fonctionnements, on en est bien d'accord...

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      • bernard péchon pignero

        bernard péchon pignero

        16 octobre 2016 à 21:36 |
        Bien sûr, Martine, nous sommes et serons toujours d’accord au fond. Avec ou sans points de suspension. Le problème est moins que nous soyons dans la faille que dans l’impasse. La solution de JFV, intelligente stratégiquement, me rebute autant que vous et il n’en est pas question pour moi. Mais que faire ? Espérer que « notre » président sorte de ce guêpier la tête haute en ne se représentant pas et surtout en dissolvant l’assemblée nationale avant la fin de son mandat pour que le parlement élu ne doive rien à l’élection présidentielle et que les cartes soient rebattues sur des bases démocratiques et non démagogiques (et médiatiques )? Car les maux de ce temps politique semblent bien venir de la conjugaison absurde de l’élection présidentielle au suffrage universel direct et de l’élection du parlement dans la foulée de la présidentielle. Quand j’étais à Sciences Po, le doyen Vedel y enseignait qu’une bonne constitution est une constitution qui dure. Encore fallait-il ne pas la tripatouiller plusieurs fois pour lui faire dire ce qu’elle voulait éviter. Si l’intelligence du technicien de la politique doit finalement primer, ce dont j’accepte de ne pas douter, il n’y a pas beaucoup de solutions. Espérons que la moins mauvaise sera choisie !

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        • Martine L

          Martine L

          17 octobre 2016 à 10:28 |
          Le boulet institutionnel – qui, à présent dit autre chose, dans ce qui compte politiquement – c'est cette simultanéité présidentielles / législatives avec prévalence à la présidentielle qui donne la réponse de la seconde élection et paraphe justement un régime présidentialisé à défaut stricto sensu de présidentiel. De même, ce temps ( confondu) de 5 ans ! Incontestablement trop court, pour les grandes réformes de structure – on s'y est cassé les dents – juste bon à accompagner ou à faire glisser du tout venant législatif, mais surement pas à envisager des tournants. Quand « la chose » a été votée – par Hollande et tous les autres, on aimerait connaître mieux le contenu des débats ( qui ont dû se résumer à des cris d’orfraie sur la « dictature » de l'exécutif). Qui a émis des bémols à gauche, j'aimerais savoir. D'ici peu, je publierai dans RDT et la CL une recension du « rapport pour une nouvelle démocratie » de l'équipe Bartolone / Winock. Dans les 17 propositions, le retour au septennat, mais non renouvelable. Je signe.

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        • Jean-François Vincent

          Jean-François Vincent

          17 octobre 2016 à 05:04 |
          La simultanéité des deux élections avec antéposition de la présidentielle n’a pour but que d’éviter une cohabitation. Imaginez qu’hollande suive votre conseil et dissolve, que se passerait-il ? Chambre évidemment à droite, voire très à droite, cohabitation terminale de quelque mois, et après ? Quelle contenance pourrait bien prendre le candidat PS à la présidentielle, quel qu’il soit ? « Votez pour moi et vous aurez une paralysie institutionnelle de cinq ans ! ». A quoi bon, dans ces conditions, se présenter, ou, pour un parti, présenter un candidat ?
          Ni Debré, ni De Gaulle n’avait vu la dyarchie, la bicéphalie du pouvoir contenue, en germes, dans la constitution de 58 ; car ils ne concevaient pas que majorité présidentielle et majorité parlementaire puissent ne pas coïncider. Mais telle est bien la faille originelle de cette constitution.

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          • bernard péchon pignero

            bernard péchon pignero

            17 octobre 2016 à 19:00 |
            Vous avez certainement raison, cher JFV et je ne crois pas un instant que le président suivra ma proposition mais je maintiens que ce serait assez intéressant qu'il rebatte les cartes au lieu de ce duel apparemment inéluctable entre Juppé et Le Pen. Si le FN devait d'abord faire élire ses députés avant la présidente putative, s'en tirerait-elle aussi bien au premier tour ?Vous allez encore me traiter de proustien et je sens que chez vous ce n'est pas seulement un compliment. Vous l'aurez compris, mon passage par Sciences Po a été plutôt calamiteux. C'était un temps ou on rêvait encore.

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    15 octobre 2016 à 14:04 |
    La prestation des prétendants de droite à la présidence fut – sans surprise – décevante, tant les interventions et les prises de parole étaient ennuyeuses par leur monotonie et surtout leur répétitivité : un peu comme les lessives concurrentes, qui tranchent non par leur – identique – contenu, mais par leur pub d’emballage…interminables variations sur le thème l’économie de l’offre, déclinée sous tous ses aspects : baisse des charges, baisse d’impôts, dérèglementation de la législation sociale, avec plus de temps de travail et moins de salaire. Programme insupportablement coûteux fiscalement pour les finances publiques, comme le soulignait l’observateur peu suspect de gauchisme qu’est François Lenglet. Les « nuideboutistes » et autres braillards défilant contre la loi El Khomri devraient en prendre de la graine : Hollande, ce n’est peut-être pas le rêve, mais c’est moins pire.
    Quant à Hollande lui-même et au livre – qu’il n’a pas écrit, mais qui a été écrit à partir de ce que les deux auteurs ont entendu – il s’agit probablement d’une tentative désespérée de séduire un électorat qui l’a déserté. Un petit air du genre « ne me quitte pas », sur le mode de l’anaphore qu’il a rendue célèbre, lors du débat avec Sarkozy : ne me quitte pas, moi qui dit tout (même ce qu’il ne faudrait pas dire), moi qui suis si sympa, moi qui n’hésite pas à regretter publiquement ce qui n’a pas marché (la déchéance de la nationalité, entre autres).
    Aveu ostensible de faiblesse, que d’aucuns comparent à un dépôt de bilan, et qui témoigne d’un grand désarroi. De président « normal », Hollande vire au président « dépressif ». Normal quoi, par les temps qui courent…

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    18 octobre 2016 à 04:43 |
    Cher Bernard, "proustien", pour moi, ne peut être qu'un compliment, et pas seulement stylistique : comme vous le savez, Proust est l'un des rares auteurs à avoir sauvé certains de ses lecteurs du suicide, en leur décortiquant la mécanique des sentiments humains.
    Pour revenir à la politique, la tenue des législatives avant les présidentielles serait démotivant aussi pour Marine Le Pen : elle mettrait en évidence son incapacité à gouverner, faute d'une majorité, voire même d'un groupe parlementaire. Dans une présidentielle, sur fond de futures législatives, on peut toujours rêver : qu'on va déclencher une dynamique, faire exploser les partis existants, recomposer la vie politique. Ce fut, par exemple, le rêve d'un Bayrou. Si les législatives venaient en première position, tout le monde serait - d'avance - dégrisé... et la politique plus désenchantée encore qu'elle ne l'est aujourd'hui.

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