Comment poser des limites aux enfants ?

Ecrit par Jean Gabard le 29 novembre 2014. dans La une, Actualité, Société

Conférence-débat organisée par l’APAAM IDF avec Jean Gabard

Comment poser des limites aux enfants ?

le samedi 22 novembre 2014 à 14 h à Paris 15ème

Maison des Associations du 15e, 22 rue de la Saïda, 75015 Paris

 

Autorité ? Limites ? Sanctions ?…

Que nous soyons parents, grands-parents, éducateurs, enseignants, assistants maternels ou simples citoyens… nous sommes parfois confrontés à des enfants difficiles à gérer !

Nous savons pourtant qu’il n’est plus « interdit d’interdire » comme dans les années 1970 et qu’il faut poser des limites aux enfants.

Nous avons aussi appris que nos enfants étaient des personnes, qu’il convenait de les respecter et de savoir leur parler pour qu’ils obéissent.

Il nous reste cependant un point important à régler pour pouvoir être davantage entendus en leur fixant les limites : bien nous positionner (à une place acceptable par eux) pour jouer pleinement nos fonctions d’éducateur.

Un point essentiel mais délicat !

En effet, parler de la place des « pères » et des « mères » fait encore trop penser aux rôles traditionnels attribués aux hommes et aux femmes par la société patriarcale traditionnelle que nous rejetons à juste titre pour son autoritarisme et son sexisme.

Alors, sans être réactionnaire et sans entrer dans des polémiques stériles, comment peut-on poser des limites pour qu’elles soient intégrées par les enfants (petits ou grands) qui ont tant besoin de repères pour se structurer et devenir des adultes responsables ?

C’est à cette question que nous pouvons tenter d’apporter, si ce n’est des réponses, des éléments de réflexion.

La place du père et de la mère dans la famille a considérablement évolué depuis une cinquantaine d’années et ne paraît toujours pas évidente aujourd’hui : plus que jamais, en ce début de XXIème siècle, elle pose question !

 

   Pendant des siècles, les rôles des hommes et des femmes ont été cadrés avec rigueur par la société patriarcale. La marche vers la démocratie a apporté, avec l’égalité en droits, des ouvertures. Aujourd’hui les hommes ne se sentent plus obligés de maintenir une posture rigide et acceptent de dévoiler leur sensibilité. Ils peuvent se permettre d’exprimer leurs sentiments et de participer à des tâches autrefois réservées aux femmes, sans pour autant sentir leur virilité défaillir. Ils sont même des papas beaucoup plus présents, plus proches, qui savent entourer leur famille de leur protection et de leur affection.

 

   Si on ne peut que se féliciter du recul des comportements sexistes chez l’homme, celui-ci doit-il cependant devenir dans la famille « une femme comme les autres », une seconde maman ? Si l’homme peut « être dans l’affectif » et même dans le ludique avec ses enfants, doit-il, pour favoriser l’harmonie, entrer dans la dyade maman-enfant comme de nombreux papas s’y essaient avec plus ou moins de succès ? Doit-il oublier la fonction d’autorité à laquelle les « pères » traditionnels  avaient le tord de s’identifier ?

 

L’idéologie égalitariste a parfois des difficultés à assumer la différence des sexes. La petite fille mise au monde par une personne du même sexe qu’elle et le petit garçon né d’une personne du sexe opposé n’ont pourtant pas le même rapport avec la maman qui leur a tout apporté et qui pour cela est perçue toute-puissante. Quand, en découvrant la différence des sexes, l’une se sent, comme sa référence et se croit hors des limites, l’autre souffrira de ne plus pouvoir s’identifier à son modèle premier. Pour supporter cette castration psychique primaire, il a besoin de la refouler en se prouvant qu’il n’a jamais voulu devenir comme sa maman et qu’il n’a donc aucune raison de souffrir. Pour cela, il lui faut dénier sa fascination pour le féminin et se persuader qu’il est préférable d’être un garçon. Ceci l’amène à exhiber ses attributs masculins et à dénigrer ce qui appartient à la féminité. Si ce machisme grotesque n’a pas lieu d’être cautionné par l’adulte, il est pourtant indispensable pour l’enfant qui a besoin, à ce moment, de trouver un modèle d’homme dont il est fier pour pouvoir sortir de sa sidération de la femme et se construire différemment.

 

  Cette structuration différente du psychisme conditionne le rapport à la loi. La  maman n’est perçue ni comme le papa et ni pareillement par les petits garçons et par les petites filles. Fantasmée toute-puissante, elle ne peut jouer les mêmes fonctions symboliques que le père. Ce qu’elle fait et dit est toujours interprété différemment par le  tout petit enfant, qui, s’il peut enregistrer énormément de sensations n’a pas encore les moyens de tout comprendre. Cette maman peut, certes, faire preuve de sévérité. Si elle fixe seule des limites sans faire intervenir un tiers, l’enfant risque cependant de ne pas les intégrer. Il peut se soumettre mais cherche surtout à lui faire plaisir pour ne pas la perdre. Son but est de la copier pour rester dans la toute-puissance avec elle. Quand la maman veut le limiter, l’enfant lui n’a en fait qu’une idée : l’imiter. Il n’est jamais question de loi à respecter puisque  les mots viennent d’un lieu où, pour lui, la limite n’existe pas. Il reste hors la loi (contrairement à l’enfant victime de l’autoritarisme qui peut la rejeter, lui, ne la connaît pas !).

Le compagnon (qui n’est pas forcément le géniteur ou le papa) n’a pas mis au monde l’enfant. Il n’est pas perçu tout-puissant et peut faire intégrer les limites aux enfants. Pour cela il doit non seulement jouer la fonction symbolique de père en disant la loi mais aussi être écouté. Et il ne le sera que s’il est nommé père et donc valorisé par la mère.

En consentant à se présenter comme quelqu’un qui écoute le père,  la maman entre alors dans la fonction de mère. En donnant l’autorité à un Autre différent, elle signifie à l’enfant qu’elle n’est pas toute-puissante puisqu’elle manque et qu’elle a besoin de quelqu’un. Cet homme mérite alors d’être écouté et la loi à laquelle il se plie et qu’il se contente de dire (il ne s’agit pas de faire sa loi), sera plus facile à accepter. L’exemple de ses parents acceptant leur non toute-puissance (L’homme au pouvoir absolu ne peut être dans la fonction de père) permettra  aussi à l’enfant de mieux assumer sa propre castration.

 

Il semble donc que le tout petit enfant qui ne voit pas la réalité comme l’adulte, ait besoin de ce jeu pour intégrer la loi dans les premières années. Ce n’est que s’il l’assimile à cet âge, qu’il pourra, par la suite et après des années d’explications,  comprendre que la loi puisse être dite aussi par la mère et par d’autres. Si la tendance est de le considérer très vite comme un grand, il ne faut cependant pas oublier que lui n’aspire qu’à fusionner avec sa maman. De même qu’il a eu des difficultés à supporter que sa maman ait eu besoin d’un homme pour enfanter (le mythe de la vierge Marie), il résiste longtemps à admettre que sa maman puisse être limitée et dans la loi. C’est en effet, pour lui, assumer qu’il n’est pas tout-puissant alors qu’il veut rester l’enfant-roi sans contrainte !  C’est pour cela qu’il reste longtemps  nécessaire de répéter sérieusement mais sans se prendre au sérieux, ce qui n’est qu’un jeu.

 

 

La différence des sexes est une limite qui n’autorise pas les discriminations. Lorsqu’elle est assumée et donc gérée, elle permet aux hommes et aux femmes d’entrer en relation, de se structurer et de grandir. Elle n’est pas la cause ou la conséquence de la guerre des sexes mais au contraire source de liberté. Sa gestion intelligente est la condition de l’éducation des enfants et du vivre ensemble …

 

Jean GABARD 

Conférencier et auteur de « Le féminisme et ses dérives – Rendre un père à l’enfant-roi »,

Les Editions de Paris Max Chaleil, réédition nov. 2011. ISBN : 978-2-84621-158-1  PP 16 €

 

 

Jean GABARD

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A propos de l'auteur

Jean Gabard

Jean Gabard

Auteur de « Le féminisme et ses dérives – Rendre un père à l’enfant-roi »,

Les Editions de Paris, nov 2011.

Commentaires (1)

  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    29 novembre 2014 à 18:44 |
    Cher Jean Gabar,

    Pour une fois, nous sommes d’accord. Et je puis parler de mon expérience personnelle de père. Ma femme, pétrie de lectures erronées sur la petite enfance, suivait le consensus général – toujours dangereux ! – selon lequel : 1)- tout traumatisme, de quel ordre qu’il soit dans les premières semaines ou les premiers mois de la vie provoque des séquelles indélébiles et dramatiques, 2)- un enfant ne fait jamais de caprices pendant les dix-huit premier mois. Moyennant quoi, nous fûmes son esclave tout au long de la première année de mon fils. Les caprices ? Il les manifesta dès le troisième mois : un jour que nous étions accourus un peu moins vite que d’habitude, il tourna la tête, de colère, de l’autre côté, en nous voyant…une de ses phrases habituelles, d’ailleurs encore maintenant et seulement à moitié pour rire, est : « j’ai failli attendre ! ».
    Après un an, les fameux livres disant que le risque de traumatismes était passé, nous tentâmes de remonter la pente : trop peu et trop tard ! Il faut négocier, parlementer, transiger. La notion même d’ordre, ou – horresco referens – d’obéissance est banni. Il est sur un pied d’égalité avec nous, et l’idée même de hiérarchie lui est étrangère, ainsi qu’à ma femme, incorrigible soixantuitarde New Age. Je ne nie pas d’ailleurs ma propre part de responsabilités dans cette affaire : j’ai accepté de suivre les conceptions absurdes du consensus médico-psychologico-pédagogique.
    Pour revenir un point de départ du débat, les « limites », puisque ce sont d’elles qu’il s’agit, doivent être établies TRES tôt. A un an, c’est fini ; la bataille est déjà perdue. Et toute autorité avec.

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