DAESH ; Racines d’actu

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 21 novembre 2015. dans Monde, La une, Politique, Actualité

DAESH ; Racines d’actu

Daesh provient d’une conception extrêmement rigoureuse de l’islam sunnite, à travers une charia (loi islamique) très radicale : le wahhabisme ou salafisme, tout en sachant que l’on peut très bien être un salafiste ayant une vision rétrograde de l’islam sans pour autant passer à des pratiques terroristes. Cette conception a un cœur principal : les émirats pétroliers sunnites du Golfe, et surtout l’Arabie Saoudite, sans pour autant qu’ils apportent un soutien politique en tant que tel au terrorisme de Daesh (comme pour Al-Qaïda avant ce « groupe de l’État Islamique »). Par contre, pendant longtemps, Daesh (encore comme Al-Qaïda) fut (et demeure ?) financé notamment par l’Arabie Saoudite, et ceci pour deux raisons. D’abord, afin de détourner le terrorisme et le risque d’une prise de pouvoir politique dans ce pays lui-même. Ensuite, parce que Daesh (à nouveau comme Al-Qaïda) est en guerre contre une autre façon de voir l’islam : celle des chiites, avant tout iraniens, dans la mesure où l’Iran est de plus en rivalité géopolitique avec les Saoudiens pour la domination régionale (dans toute la zone du Proche et du Moyen-Orient). L’Arabie Saoudite et les autres émirats du Golfe ne sont certes pas les seuls responsables de la naissance et de l’essor d’Al-Qaïda puis de Daesh. En effet, il est incontestable que Bush fils, pour la Seconde Guerre d’Irak, voire Nicolas Sarkozy à propos de la façon dont l’intervention fut menée en Libye, ont une part de responsabilité dans ces structurations terroristes de type islamiste.

Daesh contrôle des territoires situés au nord-est de l’Irak et de la Syrie, mais ne constitue pas, contrairement à l’expression encore trop utilisée par les grands médias, un réel « État islamique », même si son but est bien d’en construire un, préludant à la mise en place d’un « califat » élargi progressivement au monde entier. Il s’agit en fait d’une secte totalitaire islamo-fasciste mortifère et apocalyptique. Pour elle, la fin des temps est proche, en conséquence de quoi il faut absolument imposer le plus rapidement possible ce qu’ils appellent « le vrai islam » (traduisez : leur conception radicale d’un islamisme politico-religieux). Ce rapport à la mort (avec accès direct au paradis pour les « martyrs » qui se sacrifient en tant que kamikazes, comme à Paris) rappelle celui des unités SS « à tête de mort » avec leur nihilisme intégral. Pour atteindre son objectif, cette secte développe, sur le plan de l’idéologie, au niveau de ses cadres, la nécessité de détruire la « zone grise », c’est-à-dire tout ce qui met en contact pacifique les musulmans et les non-musulmans (qu’ils nomment « Les Croisés et les Juifs »). Du point de vue de ses chefs, elle veut donc aboutir à une guerre des religions, un choc entre civilisations, et à des guerres civiles au sein des pays occidentaux (notamment) dans lesquels les musulmans constituent des communautés assez nombreuses. A la place de la « zone grise », ses idéologues veulent en arriver à l’opposition entre ce qui apparaîtrait comme étant le « blanc » (eux et leurs partisans armés et kamikazes) et le « noir » (tous les autres, et avant tout les musulmans non radicaux – qu’ils éliminent en priorité).

Disposant d’une armée véritable, contrairement à la nébuleuse Al-Qaïda qui n’intervenait que par des attentats et des actions de commandos, Daesh est donc une organisation prenable, puisque ayant des chars d’assaut, des blindés légers, etc. ; se situant ainsi nettement moins (jusqu’à présent) dans le cadre d’une « guerre asymétrique ». Mais que faire, face à cette organisation qui vient d’infléchir fortement sa tactique depuis les divers attentats de Paris (en janvier et novembre), dans la mesure où les combattants et les combattantes (peshmergas) musulmans kurdes, avec le soutien des frappes aériennes occidentales, leur infligeaient des pertes importantes (malgré l’arrivée de nouvelles recrues djihadistes) ? Cela ne pourrait être traité que dans le cadre d’un autre article, d’un plus grand gabarit, et en attendant de voir à quel point le choc ressenti par les peuples du monde entier à la suite des attentats du 13 novembre peut ou non provoquer une évolution des alliances internationales afin d’éradiquer cette menace que constitue cette secte pour la planète entière. Et ceci tout en ne faisant pas l’impasse sur les problèmes de désaccords qui existent toujours entre Occidentaux et Russes (plus Iraniens) en ce qui concerne la question du régime syrien dominé par le tyran sanguinaire Hafez El-Assad…

Quant au nom « DAESH », qui sonne partout ; ce sigle est à utiliser de préférence à ce EI, dont ils aiment faire étalage (« Etat islamique », prétentieux et faux). C’est ce qu’ont fait ceux qui ont rapidement perçu que cet éclairage traduit ainsi dans nos langues avait un danger propagandiste important, et ont seulement utilisé Daesh, acronyme arabe, même sens, mais du coup moins impactant : « dowlat al islamiyah f’al irak wa Belaad Al Sham ». Ainsi dès le début, notre président qui à présent franchit une étape de plus en accentuant une prononciation glissante (crachante ?), « Dech »… signifiant un rejet complet.

 

L’Etat islamique Multinationale de la violence, Loretta Napoleoni, Calmann-Lévy, 2015, 192 pages

L’Etat islamique Anatomie du nouveau califat, Olivier Hanne, Thomas Flichy de La Neuville, Bernard Giovanangeli Editeur, 2014, 178 pages

A propos de l'auteur

Jean-Luc Lamouché

Jean-Luc Lamouché

Rédacteur

 

Professeur d'Histoire

Auteur d'ouvrages sur Tulle et la Corrèze

Rédacteur à "Tutti-magazine - La musique à voir et à entendre"

 

Commentaires (6)

  • JF Parent

    JF Parent

    23 novembre 2015 à 12:11 |
    Bonjour,

    Voici enfin un texte assez clair et court pour nous exposer le problème et même si certains y ont découvert des erreurs (qui n'en fait pas ?), pour un non spécialiste comme votre serviteur, ces mots n'en sont pas moins édifiants.
    Si moi aussi j'ai pensé aux SS, j'ai également discerné des similitudes avec la période qui a précédé la seconde guerre mondiale. La responsabilité de certains comme l'ancien président de la République fait peur pour un être humain. Quand on le voit commettre les erreurs actuelles dans l'approche des attentats de vendredi 13, on ne peut que s'inquiéter de la suite. L'inconscience a toujours de lourdes conséquences.

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    21 novembre 2015 à 21:39 |
    Je suis, bien sûr, globalement d’accord avec votre texte. Deux nuances toutefois.

    Le « Totenkopf » n’est pas en soi l’expression d’un « nihilisme intégral » : ce ne sont pas les SS - ni même les nazis en général - qui l’ont inventé. Le premier régiment de hussards noirs « Totenkopf » remonte à Frédéric II. En France même, en 1793, fut formé un régiment de hussards à tête de mort, les « hussards noirs du nord ». Et le Kronprinz Friedrich Wilhelm, le fils de Guillaume II, lui-même hussard Totenkopf, a arboré l’insigne pendant toute la durée de la guerre 14-18.

    D’autre part, vous n’insistez, à mes yeux, pas assez sur le rôle décisif qu’a eu la guerre de George W. Bush dans la formation de Daech. Comme l’écrit Myriam Benraad, chercheuse à Sciences Po, dans son livre, « Irak, la revanche de l’histoire – De l’occupation étrangère à l’État islamique », Deach est né en Irak, dans le chaos qui a suivi la chute du régime – sanguinaire mais stable – de Saddam Hussein et l’occupation américaine. Sans cette guerre, il n’y aurait pas eu de Daech.

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    • Martine L

      Martine L

      22 novembre 2015 à 11:02 |
      Si Daesh n'était que ce qui est dit dans ce commentaire, à savoir en ligne directe avec la guerre d'Irak ; seconde ou première ; il y a beau temps qu'on aurait entrevu la fin du problème. Daesh est certes l'hydre du Djihadisme, mais ce n'en est qu'une tête. Ce qui est particulier dans Daesh, et qui complexifie l'équation, c'est que justement, sous les déguisements de l'Islamisme et de l'intégrisme, Daesh est de moins en moins quelque chose de religieux. S'en éloigne de fait, malgré l'affichage, et , ce, par exemple à travers son recrutement en Occident. On voit, en écoutant les revenus de Syrie ( tous sens du terme) combien a paru insupportable le cadre religieux strict, à beaucoup. Ils vont rejoindre Daesh fascinés par le jeu vidéo ou le film d'action qu'on leur fait miroiter. En situation de rupture par rapport à nous, famille, école, excès consommatoires, valeurs. Ils partent sur une autre planète, et bricolent là-bas, ou ici – de fait, pour les terroristes eux mêmes, de l'identitarisme de pacotille qui leur sert de ciment. Donc, séparer religion et Daesh ; et bien entendu, Religion musulmane et Daesh est un commencement à la résolution du problème in négociable. Je suis assez séduite par la thèse de la secte ; ses mécanismes ; ses dangers considérables. Où l'on voit qu'on est très loin des fondamentalistes passés à l'acte du temps d'Al Qaida. Donc de la simple cause des guerres d'Irak.

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      • Jean-François Vincent

        Jean-François Vincent

        22 novembre 2015 à 11:22 |
        Bien sûr, mais il y toujours un commencement à tout : de même que la décomposition de l'empire ottoman, dans les années 1910, a été à l'origine des différentes guerres balkaniques de cette époque, et donc - indirectement - de Sarajevo en 1914; de même, la seconde guerre du Golfe, par la décomposition étatique et territoriale qu'elle a causée, a donné l'idée aux "djihadistes" d'avoir un territoire propre, donc un "état"...

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    • Jean-Luc Lamouché

      Jean-Luc Lamouché

      22 novembre 2015 à 10:36 |
      A propos de la Seconde Guerre d'Irak, dont j'ai montré l'importance, je ne puis qu'être d'accord avec vous, mais en partie seulement. En effet, comment pouvez-vous dire : "Sans cette guerre, il n'y aurait pas eu Daech" ?! Vous faites dans votre commentaire l'impasse totale sur le rôle ancien de l'Arabie Saoudite dans la structuration religieuse du wahhabisme ou salafisme sunnite à partir de la reprise de certains textes obscurantistes médiévaux ! De plus, dans la mesure où Daesh est en train d'avaler progressivement Al-Qaïda, quid des attentats du 11 septembre 2001 ?! Toutefois, et j'y reviens, la politique de Bush fils et des "néoconservateurs" de la droite américaine la plus dure et religieusement illuminée fut effectivement un facteur particulièrement aggravant dans la naissance du terrorisme de Daesh. Sachez pour finir qu'il n'y a jamais qu'une seule cause en Histoire...

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  • Jean-Luc Lamouché

    Jean-Luc Lamouché

    21 novembre 2015 à 18:06 |
    Veuillez pardonner une inattention de ma part dans cette chronique, une erreur liée à l'existence d'une dynastie de tyrans sanguinaires en Syrie. J'ai en effet écrit Hafez El-Assad au lieu de Bachar El-Assad... Mes excuses à nouveau à vous toutes et tous... !

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