De la nécessité des peines de substitution

Ecrit par Jean-François Vincent le 01 septembre 2012. dans La une, Actualité, Société

De la nécessité des peines de substitution

Anders Breivik a donc été condamné à 21 ans de prison, incompressibles et prolongeables. Il pourra donc théoriquement sortir à 54 ans, âge où, sauf maladie ou accident, il lui sera possible de récidiver. Or, non seulement il n’a jusqu’à présent émis aucun regret par rapport à ses crimes, mais il a clairement signifié que, si c’était à refaire, il recommencerait… Il tuerait donc à nouveau et le plus tranquillement du monde 77 personnes.

Au-delà de la question psychiatrique (il a été reconnu – comme il le souhaitait d’ailleurs – responsable de ses actes), se pose le problème de la justification de l’enfermement. Classiquement – j’y consacre une chronique dans ce même numéro de Reflets du Temps – les motifs qui fondent la privation de liberté sont : la punition, l’amendement et la rééducation en vue d’une réinsertion sociale (c’est la raison invoquée par les experts et juristes norvégiens interrogés sur ce point). Il y a cependant un autre motif, avancé également par les partisans de la peine de mort : l’élimination.

Sans aller jusques aux ridicules peines américaines de 200 ou 300 ans de prison (sauf certaines figures bibliques, comme Mathusalem, une telle longévité est inconnue chez l’homme), on pourrait concevoir des peines de 50 ou 100 ans, assorties de périodes incompressibles respectivement de 25 et 50 ans. Ainsi Breivik ne sortirait pas avant ses 83 ans !

Certes, on peut discuter sur ce qui, au fond, est le plus cruel : la mort ou une vie d’enfermement ? Le condamné à ce genre de sentences pourrait se voir offrir, comme alternative, le suicide assisté. Mais, en tout état de cause, on ne saurait négliger le seul et unique véritable fondement de la prison : la mise hors d’état de nuire des individus dangereux à la fois pour la société et pour eux-mêmes.

Tant que les neurosciences n’auront pas transformé le crime en simple pathologie mentale, curable chimiquement, tant que subsistera, en droit, la notion de responsabilité individuelle, alors il faudra bien « éliminer » – et parfois à vie – les sujets que l’on sait être des récidivistes potentiels. La médecine soigne, le rôle de la justice, lui, est de protéger.

 

Jean-François Vincent

 

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

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