Elections allemandes : eine « GroKo » oder ein Kroko ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 27 septembre 2017. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Elections allemandes : eine « GroKo » oder ein Kroko ?

Telles sont les principales données des résultats des élections allemandes du 24 septembre : à nouveau, une possible « Grosse Koalition » (GroKo) CDU/SPD ; mais, tapi en embuscade, « ein Krokodil » (Kroko), l’AfD, l’Alternative für Deutschland…

Die GroKo

Avec un peu moins de 35% des voix et 238 députés, la CDU/CSU reste – très largement ! – le premier parti allemand, mais n’atteint pas, loin s’en faut, la majorité absolue au Bundestag (313). Le SPD de Martin Schulz, ex-président du parlement européen, enregistre, quant à lui, avec quelques 20,4% des suffrages, son plus mauvais score de l’après-guerre – souvenir des effets sociaux dévastateurs des plans Harz successifs et de la paupérisation des salariés qui s’en est suivie ; mais aussi du débat télévisé perdu contre Angela Merkel. L’Allemagne se dirigerait ainsi peut-être, en dépit des réticences de Schulz, vers une reconduction de la « grande coalition » du centre droit et du centre gauche, le curseur – comme en France ! – penchant fortement vers la droite sur le plan économique… malgré – cerise sur le gâteau – une ou deux mesures sociétales « progressistes » (migrants, mariage gay). Tiens ! On dirait du Macron.

Das Krokodil

L’entrée en force – 13%, 94 élus – de l’AfD au parlement constitue évidemment LA grande nouveauté de l’heure, rendue possible par le mode de scrutin à la proportionnelle. « Vote historique », titre Die Zeit, « le jour le plus sombre », surenchérit la Frankfurter Allgemeine Zeitung. La journaliste Evelyn Peternel, du quotidien autrichien Kurier, comparant, elle, les trajectoires respectives du FPÖ de feu Jorg Haider et celle de l’AfD : « il y a manifestement des parallèles, écrit-elle, la xénophobie, la lassitude face aux grandes coalitions (en Autriche, celle du VPÖ démocrate-chrétien et du SPD) (…) je pense que la plus terrible erreur, en Allemagne, serait de former derechef une telle coalition ».

Au fait, qu’est-ce que l’AfD ?

Coexistent, en son sein, trois courants :

– Les « National-Deutschen » d’Alexander Gauland, dont les mots d’ordre sont sécurisation des frontières et contrôle des migrants… mais également une relecture de l’histoire. Gauland, par exemple, se déclare « fier de ce qu’ont fait les soldats allemands pendant les deux guerres mondiales ». Passe encore pour la première ; mais quid de la seconde ? Sachant que la Wehrmacht a prêté main forte, à l’occasion, aux Einsatzgruppen de la SS, chargés de liquider juifs et communistes, à l’arrière du front de l’est. Mais Gauland n’en a cure, il continue : « par conséquent, nous avons le droit de récupérer non seulement notre terre (allusion à la réunification) mais et non moins notre passé. On a plaqué, à la légère, un faux passé sur le peuple allemand, comme jamais sur aucun autre peuple ».

– Les « National-Völkischen » emmenés par Jorg Meuthen. C’est la frange la plus dure, « die identitäre Kraft », la force identitaire, au racisme sous-jacent. Nataliste – trois enfants par famille – Meuthen combat la théorie du genre, cette « destruction de l’ordre naturel des sexes ».

– Enfin les « Chrétiens » sous la houlette de Beatrix von Storch, homologue de Béatrice Bourges, l’organisatrice en France de la Manif pour tous. Elles tiennent, à peu près, le même discours.

On le voit, les alliances « centrales » des modérés – les « GroKos » – ne font qu’alimenter le crocodile néo/post fasciste…

Macron devrait en prendre de la graine…

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Commentaires (1)

  • Martine L

    Martine L

    28 septembre 2017 à 11:04 |
    Excellent billet nous donnant en quelques lignes très pédagogiques, l'essentiel de la peur à avoir après ce tournant – considérable !! dans l'histoire allemande et européenne. Cette extrême droite, celle -là ( pire sans doute que celle des bavards de chez nous) et surtout, là.
    La femme lisse ( on la verrait facilement emporter le casting dans un film dans le rôle du kappo) qui les porte a une tactique de communication qui se rapproche à terme de la stratégie ; utile de le rappeler ici : elle commence ses meetings par une annonce ; elle est lesbienne et vit avec une Asiatique d'origine ; derechef, elle interpelle son public - et personne ne hurle ?? tout ce petit monde est donc fort bien élevé et contraire aux représentations diaboliques courant les médias et l'opinion derrière. On peut décliner ainsi tous les « poncifs » de son point de vue, racisme, xénophobie, sexisme etc, et obtenir les mêmes conclusions déculpabilisantes, évidemment.

    Répondre

Poster un commentaire

Vous êtes identifié en tant qu'invité.