François Hollande et les primaires

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 25 juin 2016. dans France, La une, Politique, Actualité

François Hollande et les primaires

Après avoir, il y a quelques semaines, annoncé qu’il n’y aurait pas de primaires pour la gauche, le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, vient de changer complètement sa position, et l’on peut douter que cette décision n’ait été prise sans une consultation préalable auprès du chef de l’État François Hollande. Dans ce papier, je vais tenter de cerner les éléments de cette affaire qui fait les choux gras des grands médias, ce « Léviathan » toujours avide de nouvelles nourritures, quitte à se comporter comme le Saturne de notre démocratie ! Quelles sont donc les bases de réflexion que l’on pourrait envisager pour ce nouveau « grain à moudre » médiatique ?
D’abord, il convient de relever le côté exceptionnel de ce qui est, en l’occurrence, décidé. En effet, ce sera la première fois qu’un président sortant – se présentant donc pour un second mandat – ne sera pas automatiquement le candidat naturel de son parti. Même aux États-Unis, où les primaires sont une très ancienne tradition, l’intronisation du président Démocrate ou Républicain est automatique ; on ne fait que respecter certaines formes, mais il n’y a pas d’exemple de candidat à la candidature et à sa propre succession qui se soit produit dans le cadre des traditions de la grande nation américaine.
Ensuite, n’oublions pas de signaler que ces primaires ne vont concerner que la « gauche de gouvernement », c’est-à-dire le PS, le PRG (Parti Radical De Gauche) et les Écologistes favorables à la participation à l’action du gouvernement dirigé par Manuel Valls. En effet, « la gauche de la gauche » a refusé il y a déjà longtemps d’envisager des primaires de toutes les gauches : Jean-Luc Mélenchon, bien sûr, qui s’est déjà déclaré candidat, prenant à contre-pied ses amis du FDG (Front De Gauche), et le PC – qui tente actuellement la mise en place d’une « candidature citoyenne » pour les présidentielles à venir.
Puis, mais alors pourquoi, ce revirement de Jean-Christophe Cambadélis ? L’explication la plus probable réside dans deux points. En premier lieu, faire sortir un vainqueur des primaires de « la gauche de gouvernement » qui serait, une fois élu, un candidat globalement incontestable, religitimé. Soit une façon de remettre de l’ordre « dans la maison », tout en calmant les ardeurs critiques des « frondeurs » du PS, plutôt satisfaits de cette annonce des primaires. Remarquons au passage que ce procédé, qui apparaît à certains comme « politicien », me semble au contraire indéniablement démocratique. En second lieu, l’espoir, pour François Hollande, qui est donné actuellement dans les sondages au coude à coude avec Jean-Luc Mélenchon (même si nous sommes à un an environ des futures présidentielles et que la situation économique semble s’améliorer assez nettement), de ne pas être humilié. Je rappelle en effet que ces derniers jours 4 à 5% seulement des Français souhaitaient qu’il se représente… Il y aurait donc là comme une sorte de pari, voire de politique – comme on dit – du va tout, si c’est bien François Hollande qui s’est mis d’accord avec l’actuel premier secrétaire du PS pour organiser ces primaires de « la gauche de gouvernement » – qui auraient lieu en janvier 2017, un moment où l’on connaîtra le candidat de la droite classique (dont les primaires se dérouleront en novembre) ; soit un atout important pour l’actuel président de la République, surtout si Nicolas Sarkozy gagne les primaires en question (on sait qu’en effet celui-ci est un excellent catalyseur des gauches par détestation à la fois de sa personne et de sa reprise des thèmes d’extrême droite).

Mais enfin, si tout ce que je viens d’écrire correspond bien à la réalité, François Hollande prendrait un risque énorme : celui de perdre les primaires en question, ce qui nous ramènerait à cette notion d’humiliation déjà signalée. Toutefois, en tant qu’excellent connaisseur du PS (dont il fut très longtemps le premier secrétaire), et ayant parfaitement saisi les divisions de « l’aile gauche » de ce parti (des « Frondeurs » jusqu’à Arnaud Montebourg et Martine Aubry, etc.), François Hollande a compris qu’il disposait là d’une sorte de « fenêtre » – peut-être pas de tir, mais de défaite honorable lors du premier tour des présidentielles de 2017. Entre la défaite et l’humiliation, il a choisi, je pense, et mettons-nous à sa place… Je signale au passage que les « appétits » se sont déjà fait jour au sein de « l’aile gauche » du PS et des Écologistes, sans oublier le PRG : on a pu en effet observer plusieurs velléités « d’y aller » : avec Marie-Noëlle Lienemann, Benoît Hamon, Gérard Filoche (?), Jean-Michel Baylet et probablement un écologiste « gouvernemental »… (?)
Pour conclure cette chronique, François Hollande, qui n’est pas d’un naturel pessimiste (cela est bien connu), sait qu’il lui faut regagner un minimum de crédibilité auprès des cadres des partis qui soutiennent encore (plus ou moins) l’action du gouvernement de Manuel Valls ; et ceci d’autant plus que, malgré les provocations de nature éminemment politiques de la CGT et de SUD, qui voudraient obtenir sa non-candidature, en remettant en cause par leurs agissements irresponsables les bons chiffres de l’économie française depuis quelques mois, le président français est certain que si ceux-ci continuaient de s’améliorer il aurait une chance de retrouver l’étiage convenable des % du PS depuis les débuts de la Vème République, c’est-à-dire entre 18 et 20%. Cela ne le qualifierait certes pas pour le second tour face (probablement) à Marine Le Pen et à Alain Juppé ou Nicolas Sarkozy, mais il pourrait encore jouer un rôle important dans la recomposition des gauches après le nouveau « 21 avril 2002 » qui s’annonce en 2017 ; à savoir, l’élimination de tout candidat de la gauche pour le second tour ! Il n’est pas sans savoir non plus que Jean-Luc Mélenchon, fort de sa montée dans les sondages, axé sur une stratégie de « partage des dépouilles », fera tout pour entraîner « la catastrophe finale » des gauches afin d’assurer la recomposition d’une gauche exsangue (et pour des décennies !) autour de sa seule personne, en dehors même de ce que pourraient vouloir ses alliés communistes. Comment en effet expliquer autrement la déclaration unilatérale de candidature de Mélenchon ? N’oublions jamais par ailleurs que le PC a un groupe de députés à sauver à l’Assemblée, ainsi qu’un reste de réseau d’élus municipaux, et que sans alliance (même limitée) avec le PS, le suicide deviendrait collectif… ! Soit un François Hollande qui voudrait simplement « sauver les meubles » de la « maison » socialiste… et de la gauche ?

A propos de l'auteur

Jean-Luc Lamouché

Jean-Luc Lamouché

Rédacteur

 

Professeur d'Histoire

Auteur d'ouvrages sur Tulle et la Corrèze

Rédacteur à "Tutti-magazine - La musique à voir et à entendre"

 

Commentaires (2)

  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    25 juin 2016 à 13:06 |
    Peut-on sérieusement parler de défaite « honorable », pour François Hollande, si celui-ci était éliminé au premier tour de la présidentielle de 2017 ? Et ce même après une « victoire » à la primaire socialiste ? Ce serait un événement sans aucun précédent dans l’histoire politique française. Le cas de Lionel Jospin, en 2002, en effet, n’est pas comparable : Jospin n’avait jamais été élu président de la république (échec, en 1995, face à Chirac), il n’était que premier ministre. Les deux présidents sortant battus (Giscard, en 1981 et Sarkozy, en 2012) ne l’ont été qu’au deuxième tour et de peu (moins de 2% d’écart avec le gagnant). Pareille défaite serait donc déshonorante pour Hollande et signerait la fin calamiteuse de sa carrière politique. Le simple fait d’avoir à en passer par les fourches caudines d’une primaire constitue, en soi, une humiliation, que François Hollande a été contraint d’accepter, du fait de l’extrême faiblesse où il est tombé. Cette primaire, d’ailleurs, désacralise – encore un peu plus, s’il en était besoin – une fonction présidentielle déjà minée par des décennies de rabaissement (cf. ma chronique de cette semaine).
    L’unique intérêt de la primaire, pour Hollande, serait, au contraire, d’y être battu, afin de lui épargner une rebuffade encore plus cinglante et flétrissante pour son amour propre : mieux vaut, après tout, se faire « virer » par ses « camarades » que huer par les électeurs…

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    • Jean-Luc Lamouché

      Jean-Luc Lamouché

      25 juin 2016 à 14:43 |
      Oui, la défaite, et même l'humiliation (d'une certaine façon), apparaissent comme quasi évidentes pour François Hollande. Mais, je maintiens un point fondamental : sachant qu'il est un homme politique excellemment bien informé, il a compris - c'est évident - que s'il gagnait ces primaires et obtenait ensuite un % de l'ordre de 18 à 20 pour le premier tour, ce serait beaucoup moins catastrophique que ce que vous dîtes ! En effet, un tel score correspond traditionnellement à celui obtenu bon an mal an par le PS et ses alliés du PRG. Votre comparaison avec Giscard d'Estaing ou Nicolas Sarkozy ne tient pas vraiment, car vous savez aussi bien que moi que la droite n'est pas aussi facile à cerner que la gauche en ce qui concerne la notion de "partis" (cela remonte à la Révolution de 1789-1794)... Je maintiens donc que François Hollande est persuadé - et je pense qu'il a raison - que s'il obtient un % tournant même un peu en-dessous de 20 % (surtout si Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy sont les principaux candidats), il pourrait encore avoir un avenir politique. Sinon - et là nous serions en accord -, il semblerait complètement "mort"... Voilà d'ailleurs pourquoi Jean-Luc Mélenchon tient tellement à faire plus de voix que lui - s'il devient le candidat de la "gauche de gouvernement" pour 2017...

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