I am scandalised !

Ecrit par Martine L. Petauton le 09 décembre 2017. dans La une, Politique, Actualité

I am scandalised !

… comme on dit avec l’accent roulant dans l’Orient de la Méditerranée, dans cet anglais-loukoum, que chacun comprend si vite et bien, moi en particulier…

Obama, sa démarche de seigneur, à moins que de grand fauve chaloupant, est arrivé l’autre jour à Paris, devant une salle de sommités mélangées, people politique et people com, tous debout, pour applaudir la vedette. Enamourés, à la veille de chantonner « yes we can ». Des fans. Et quelque part, on le comprend. L’image d’une Amérique qu’on aime, face à l’autre, là-bas : l’horreur-Trump. On sourit, benoîtement… jusqu’à l’annonce des chiffres qui fâchent : le chèque remis à l’ancien président des USA, après ses blaguettes, constatations du bout des lèvres – oui, le climat, quand même ! génuflexions diverses – j’aime tant Paris ! ; mais à part ça, quoi d’autre de « very important » pour lire mieux le monde ? 336.000 euros, mes camarades, pour autour de 2 petites heures de scène, invité par « les Napoléon », réseau d’influence dans le monde de la com, dont pour ma part j’ignorais jusqu’à l’existence ; quant à l’utilité !!

On n’en peut plus de hurler partout autour de nous : – tu te rends compte ! dans nos sociétés où pullulent les précaires et en-dessous, les sans-abri qui meurent (l’autre matin, au Grau-du-Roi, à trois pas de flamands roses de chez moi, et pas par des températures polaires, mais un homme simplement oublié au pied d’une poubelle…), le sourire charismatique de Barack s’affiche au CAC 40 à ces hauteurs…

Il paraît que c’est presque vieux comme le monde politique, cet « usage » (est-ce bien le mot ?) de recyclage, de visibilité maintenue de nos anciens – pôvres ! Et les notes de frais de filer sur la page Google : Tony Blair (s’en souvient-on, de cette étoile soi-disant socialisante et de ses coups pas possible contre « son peuple », de ses mensonges honteusement suivistes couvrant la guerre d’Irak ; la seconde, mais on s’en souvient, bien sûr !). Eh bien, nous sommes là dans un 13,6 millions d’euros de gains pour l’année 2013. Oups ! Clinton – Bill – tient le haut du panier avec un petit 300.000 €/l’heure de bavette. Sarkozy nage entre 200 et 300.000 la conférence ; même un Copé encaisse autour de 30.000. Bon. Mais pour parler de quoi ? contenu, pédagogie, de la dite conférence ? de qualité ? fondamentale pour le reste de notre monde à vivre ??

Dans le lot, qu’un Hubert Védrine fasse payer – beaucoup moins – ses vraies qualités de commentateur en géopolitique, qu’un DSK, ancien patron du FMI, aille étaler sa vision économique des choses, si particulière et qui n’est pas la mienne, c’est autre chose ; ça peut se justifier ; on est dans la banalité de l’expertise. Mais ces prébendes aux allures de privilèges des autres, sur des absences de sujets, j’ose dire de compétences indispensables, là, l’arête me fait tousser et sans doute vous avec…

Alors, quand j’apprends que F. Hollande, le nôtre et accessoirement le mien, est allé causer – rémunéré – sur « les enjeux géopolitiques de l’avenir » (NB : ça devait quand même tenir la route) en Corée du Sud ; quand je lis qu’il est en partance pour Dubaï, dans les mêmes conditions, j’ai un haut-le-cœur, non sur le contenu, qui sera évidemment adapté, pas inutile et – sûr – très sérieux, mais sur cette peccadille : accepter d’importantes sommes d’argent pour ça. Monnayer son verbe via son image, dans un monde qui, que… bref ! Inacceptable.

La politique, c’est du symbole, quand on est en fonction, et après ; on continue jusqu’au bout de soi de porter quelque chose, que moi, simple citoyenne je ne porte pas. Ça pourrait s’appeler démocratie, probablement, et les hautes valeurs qui vont avec. Là, cette avalanche au bruit de tiroirs-caisse, ça s’appellerait plutôt « shame ».

A propos de l'auteur

Martine L. Petauton

Martine L. Petauton

Rédactrice en chef

 

Professeur d'Histoire-Géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)

 

Commentaires (4)

  • Lilou

    Lilou

    10 décembre 2017 à 15:21 |
    Je pars de ce pas déposer ma candidature pour une conférence sur le pourquoi ceux qui ont (presque) tout raté réussissent toujours à rester la farce pour les dindons...

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  • bernard pechon pignero

    bernard pechon pignero

    09 décembre 2017 à 17:31 |
    Moi, ce qui me scandalise par avance, c'est que quand Trump aura fini d'amuser la galerie avec ses pitreries dangereuses, il y aura encore de c... pour l'inviter à venir dire des c...... et que ses tarifs seront certainement plus élevés.

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    • martineL

      martineL

      09 décembre 2017 à 19:46 |
      Bref Bernard, vous me battez largement en pessimisme ; Trump - en supposant qu'il finisse son mandat, n'aura ni besoin d'argent, ni de sensation continuée de toute puissance - ses tweets auront épuisé le stock humainement imaginable ; quant à ce qu'il aurait à conseiller au monde...

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    09 décembre 2017 à 13:33 |
    Les conférences surrémunérées par rapport à leur peu d’intérêt objectif font partie des retraites dorées des ex chefs d’état ou de gouvernement : Clinton, Blair mais aussi Schröder, Sarkozy et le petit dernier du club : Hollande. C’est d’ailleurs Sarkozy qui le lui a conseillé : « pourquoi tu ne ferais pas pareil ? » lui suggéra-t-il alors que le scrupuleux François était perplexe quant au montant des émoluments de son prédécesseur devenu conférencier. Non, je ne suis pas scandalisé : au moins l’argent dont on les abreuve ne vient pas des deniers publics, alors que tout ancien président reçoit de l’état – donc de nos impôts – 6000 euros par mois à vie et sans contrepartie, plus, s’il le désire, le traitement d’un membre du conseil constitutionnel qu’il peut, de droit, intégrer (6338,38 euros mensuels), pas mal, non ?...

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