Indépendance. Nous ... Femmes !

Ecrit par Nadia Agsous le 06 avril 2012. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Indépendance. Nous ... Femmes !

 

Le 5 juillet 2012, l'Algérie fêtera les cinquante années de son indépendance.

Dans un élan de colère, des femmes revendiquent la fin de l'institutionnalisation de la domination masculine qui régit les rapports hommes/femmes au sein de la sphère du privé.

Écoutez ! Ecoutez, les sonorités de ce cri qui sonnent comme une musique d’accouchement d’une langue qui chante haut et fort la Liberté !

 

 

INDEPENDANCE

Nous... Femmes !

 

Chérissons la vie. Aimons la liberté. Rêvons d’une vie où nos esprits et nos corps sont libres d’aller et de venir au gré de leurs envies et de leurs désirs.

Entendez-vous le cri de la Vie qui jaillit des bas fonds de nos entrailles contorsionnées par ces gardien-ne-s du Temple de la moralité ?

Ah, si vous aviez comme il est dur d’être femme au pays du masculin pluriel ! Qu’il est humiliant de vivre confinées dans ce statut de minorité opprimée imposé par des êtres qui se nourrissent de conservatisme et d'archaïsme !

Et nous voilà dépouillées de toute individualité propre, contraintes à porter cette «identité de procuration» sur nos corps et dans nos esprits comme un stigmate !

Que sommes-nous dans cette société à structure patriarcale basée sur le privilège de masculinité et où "l’habitus culturel fonde le culte du père comme noyau et référent essentiel de la norme sociale" ?

Un bien voire un capital que l'on conserve à l’abri du soupçon et de l’offense" afin que notre comportement n’entache pas l’honneur (la horma) de la famille, et de la nation par extension.

Comment sommes-nous représentées dans le Code de la famille, document social et juridique qui puise ses origines de la culture coutumière et du droit canon islamique (Fiqh), promulgué en 11984 par une Assemblée nationale à majorité masculine ?

De simples objets contraints d’adopter "un devoir-être" et de nous "sous-mettre "à l’autorité des hommes de la famille, détenteurs des pouvoirs familiaux. Et nous voilà réduites à des épouses obéissantes ! A des mères dévouées ! A des "filles de"..., cantonnées dans une fonction de reproduction et de socialisation où la maternité à plein temps est notre unique source d’identité et une fonction sociale qui prime. Le silence, la résignation, l’abnégation, «la remise de soi", ces "vertus" féminines de passivité et de soumission sont autant de qualités naturelles profondément ancrées dans les habitus sociaux et moraux.

Et gare à celles qui osent braver les règles de l'ordre établi !

Cette vision des rapports sociaux de sexe suscite deux remarques.

Primo, la construction des genres en "catégories binaires et hiérarchisées" en masculin actif et féminin passif est une violation du principe d’égalité entre les sexes proclamé dans les textes internationaux et dans l’article 29 de la Constitution algérienne qui stipule que "les citoyens sont égaux devant la loi, sans que puisse prévaloir aucune discrimination pour cause de naissance, de race, de sexe …"

Secundo, ce schéma archaïque de la domination masculine semble être largement dépassé. Car en décalage avec la réalité sociétale sans cesse traversée par des mouvements, des interactions et des influences internes et externes qui incitent à des prises de conscience et ainsi à des bouleversements et à des changements des moeurs et des mentalités.

 

INDEPENDANCE !

 

Savez-vous qu’un grand nombre de femmes ne veulent plus vivre par procuration et refusent d’être des "objets" utilisés comme "des machines caressantes", "maternantes" et "butins de guerre" ? Avez-vous conscience que les femmes autant que les hommes sont des êtres avec "une tête», c’est-à-dire une «liberté", capables de définir par elles-mêmes ce qu’elles veulent être ?

Les générations précédentes ont rêvé d’une Algérie libérée de ses chaînes coloniales. Imprégnées et nourries des idéaux humanistes, de justice, d'égalité, de liberté qui ont motivé et guidé les nationalistes algériens dans leur lutte contre la politique dominatrice du colonialisme, nos générations rêvent d'une Algérie où les femmes ne sont pas en position d'éternelles secondes.

Alors, cinquante années de domination masculine, "barakat" ! (ça   suffit).

 

INDEPENDANCE !

 

 

Avez-vous conscience que les inégalités de genre constituent une                           entrave au développement de la société et à l'épanouissement de ses       membres ?

Savez-vous qu'un genre qui en opprime un autre ne  saurait être  libre ?

Alors, sans hésiter un seul instant ! Laissez parler les mots qui coulent sur le papier tels une rivière en crue ! Brisez !

Brisez… Le silence ! Brisez !

Brisez … Les menottes de l'esprit ! Et libérez !

Libérez         les esprits, les corps et les comportements !

Et vous vous libérerez !

- "Rêve", avez-vous dit ? Mais ne devrions-nous pas "faire de notre vie un rêve et de notre rêve une réalité" ?

- "Utopie", avez-vous rétorqué ? Mais les utopies n’ont-elles pas vocation à devenir les réalités étincelantes de demain ?

Saadia. Noura. Zahia. Sabrina. Meriem. Salima. Fouzia. Bahja... et bien d’autres voix silencieuses !

 

 

Nadia Agsous

Journaliste

 

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Nadia Agsous

Nadia Agsous

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Commentaires (7)

  • Simon Dominati

    Simon Dominati

    11 avril 2012 à 10:52 |
    Bonjour,
    Que des évidences, des choses qui devraient aller de soi fassent encore l’objet de luttes et de combats, me surprend toujours… Que d’énergie perdue pour atteindre le bon sens. Mais s’agit-il de bon sens et est-il la chose au monde la mieux partagée ? Je ne puis imaginer qu’il s’agisse d’autre chose… quelques fois candide a bien raison d’être ingénu.

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  • myriam

    myriam

    10 avril 2012 à 18:18 |
    Merci Nadia Agsous pour votre texte qui nous porte....

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  • Lévy Maurice

    Lévy Maurice

    08 avril 2012 à 15:35 |
    Il faut se réjouir d'une telle déclaration de paix et d'égalité.
    Oui, les femmes, quels que soient leur pays, leur langue, leur religion ont droit d'égalité avec l'homme ...
    Bravo pour une telle déclaration de PAIX entre hommes et femmes.
    M.L.

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  • Vaillant Sabine

    Vaillant Sabine

    07 avril 2012 à 09:51 |
    Si toutes les femmes du monde se donnaient la main...
    Sabine

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  • Martine L

    Martine L

    06 avril 2012 à 21:51 |
    " femmes au pays du masculin pluriel" et presque tout est dit là, avec l'espoir si fort que chante votre texte, très beau manifeste qui résonne bien plus loin que vos rives algériennes.

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    06 avril 2012 à 21:31 |
    Jusqu’en 1938, la femme, dans le code civil français, était considérée comme une « incapable majeure » : à l’instar des mineurs (incapables mineurs!), elle était sous « tutelle » la tutelle de son mari. Jusqu’en 1965, elle ne pouvait exercer un métier sans l’accord de ce dernier…Alors qui sommes-nous pour pouvoir donner des leçons de féminisme à l’Algérie ?

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    • Nadia Agsous

      Nadia Agsous

      11 avril 2012 à 00:58 |
      Mais Cher Jean- François Vincent, personne ne donne de "leçon" à personne. Ce texte est le cri de colère, de paix d'un être, d'une femme qui s'indigne contre les inégalités de sexe et la domination d'un sexe sur un autre. Je suis concernée par cette idéologie qui minimise et infantilise les femmes. Savez-vous que lorsque je vais en Algérie au retour je dois absolument "montrer" une autorisation paternelle à la police de la douane algérienne afin que mon fils puisse voyager avec moi ? Savez-vous que pour faire figurer mon fils sur mon passeport, on a exigé la présence de son père ? Savez-vous que les femmes héritent la moitié des hommes ? et j'en passe cars la liste est longue. Personne ne donne de leçon à personne mais les inégalités de sexe existent bien en Algérie et bien ailleurs. Un sexe qui en opprime un autre ne saurait être libre et j'en suis plus que convaincue. Nadia Agsous

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