La curée et l'enculeur

Ecrit par Jean-François Vincent le 25 novembre 2011. dans La une, Actualité, Société

La curée et l'enculeur

 

Il y a des cas où un non-lieu est une malédiction, où l’absence de jugement alimente la rumeur, où l’on ne cesse de présumer – l’innocence ou la culpabilité – faute d’avoir une certitude. Seule l’autorité de la chose jugée permet de clore les débats.

Disculpé sans être totalement blanchi, libre tout en restant sur la sellette, DSK purge une peine à la fois politique et médiatique. Politique, il est devenu un pestiféré : mis au ban de la campagne présidentielle, cordialement invité à ne pas venir aux meetings, DSK vit reclus, d’une réclusion bien involontaire, dans son appartement de la Place de Vosges, recevant les rares visites de la poignée de fidèles qui ne l’ont pas encore renié ou trahi. Médiatique, il subit l’amalgame des amateurs de faits divers salaces et de sensationnel : mélangeant la carpe et le lapin, ceux-ci confondent allègrement et délibérément des accusations d’agression sexuelle et des participations à des parties fines, sans doute embarrassantes sur le plan de l’image, mais parfaitement légales. Bref, DSK n’en finit plus de porter sur ses épaules le poids de son libertinage passé. La curée dont il est l’objet stimule cette joie maligne, cette « Schadenfreude » qui fait que l’on prend un répugnant plaisir à envoyer un dernier coup de pied à l’homme déjà à terre.

C’est ici qu’intervient l’enculeur, je veux dire l’auteur d’un livre infâme intitulé L’enculé qui vient de sortir et se présente comme une autobiographie fictive de DSK. Marc-Edouard Nabe, car c’est de lui qu’il s’agit, accumule les clichés antisémites dépeignant – à la manière d’Umberto Eco dans son Cimetière de Prague – ce juif (mais pourquoi pas les juifs en général ?) comme un libidineux obsédé, un érotomane obscène. Ainsi le récit de la première fellation octroyée par Anne Sinclair : « je me souvenais précisément de la première fois qu’Anne m’avait sucé : c’était dans son bureau de TF1, avant un tête-à-tête avec Patrick Timsit (passionnant), je me disais : voilà la bouche sur laquelle des millions de français fantasment (…) et c’était moi, le petit prof d’économie sépharade, qui lui faisais, en quelque sorte, fermer sa grande gueule de sioniste de gauche caviar » (opus cité par Marc Weitzmann dans son excellent article, paru dans lemonde.fr  (Livres 2011/11/17).

 

Le drame avec les peines politiques et médiatiques, c’est qu’on ne sait jamais quand elles prendront fin : perpétuité virtuelle, elles durent jusqu’à ce que l’oubli – amnistie/amnésie – fasse son œuvre, et que la rentabilité crapuleuse des écrits diffamatoires ne soit plus telle qu’elle justifie l’outrage à la personne.

 

 

Jean-François Vincent

 

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Commentaires (4)

  • Lévy Maurice

    Lévy Maurice

    01 décembre 2011 à 15:12 |
    Ouf, vous avez enfin dit, et comment, ce qu'on aurait eu du mal à affirmer.
    Entre cette trop longue période d'affabulations journalistiques et celle que nous traversons, horrible d'allusions racistes, le verre déborde de dégoût.
    Votre texte nous apporte un soulagement d'une qualité rare. ...
    M.L.

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  • Mélisande

    Mélisande

    25 novembre 2011 à 16:40 |
    DSK comme Nabe , font partie des gens qui tirent vers le bas, une société voyeuriste dont les membres sont curieux de savoir si ceux que l'on interroge, ont autant de mal qu'eux mêmes avec l'existence et comment ils s'en tirent.
    Ors, les personnages sondés et mis en exergue par les médias audio visuels, nous offre une forme affligeante de fixation infantile érotisée à la quéquette comme ultime ancre qui dirait que l'on ne coule pas vraiment, mais aussi une vulgarité médiocrité où l'autre devient un objet mort dont on se sert à dessein de ne pas faire naufrage seul dans ce grand vomi existenciel qu'est devenue pour certains, leur vie ici bas.
    Il me semble qu'il y a deux personnes dont on doit parler ce soir: Elie Wiesel, et son nouveau livre, lui dont les propos font voler en éclats les miasmes bêtifiants des fixés du zizi, et aussi Mona Ozouf, et tous ceux que reçoit François Busnel et qui ont le droit d'évoquer les vrais enjeux tragiques de la Vie et de la Mort, dans la dignité , parce qu'ils vivent VRAIMENT;
    Tous les autres subiront tôt ou tard une épreuve fondatrice qui les réveillera..

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    • eva talineau

      eva talineau

      26 novembre 2011 à 10:35 |
      "une épreuve fondatrice qui les réveillera" - bravo, Melisande ! ce n'est en effet qu'à travers cela qu'on nait à l'existence, comme partagée - si l'épreuve n'a pas été vécue seul, dans la déréliction. Je ne lirai pas le livre de Nabe, qui ne m'intéresse pas, et dont je doute qu'il aie la moindre valeur littéraire - contrairement à Houellebeck qui peut être parfaitement odieux, dontle monde est compolètement glauque,surtout les premiers romans, mais du moins, sait écrire - mais je ne suis pas spécialement "indignée" de ses propos. Plutôt triste pour lui.

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    • Martine L

      Martine L

      26 novembre 2011 à 10:11 |
      Vous avez, chère Mélisande, 2 ou 3 formules, que, comme disait un certain, dans la préhistoire, " je note" ; votre analyse des raisons pour lesquelles les " gens" de tous les jours se penchent sur ces élus glauques des média, à moins que ce soit sur les média glauques, tout simplement ; votre analyse est pertinente mais... j'ai du mal à faire glisser au même niveau, un DSK qui, pour lors, est un " présumé non coupable" et un pseudo auteur qui ne s'honore que de s"empiffrer, à la va vite des dessous de poubelle. Pour autant - et c'est à JF que je m'adresse ; il y a deux territoires en la matière : le privé ( séparation, ou non du couple DSK/ Sinclair ), le public, ou ce qui peut avoir des résonances dans le champ politique au sens large ; et, là, il me semble que ce qui concerne Lille, en relève .

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