Maître Jakubowicz, bienvenue au pays de l'humanité souffrante !

Ecrit par Mélisande le 23 février 2018. dans La une, Actualité, Société

Maître Jakubowicz, bienvenue au pays de l'humanité souffrante !

Opinion

 

Voilà une personnalité étonnante, une charnière métaphysique faite homme, entre Bien et Mal, qui se présente, au-delà d’une quelconque dualité, ou manichéisme réducteurs.

Voilà un homme de foi profonde, un militant actif de la transcendance, bref quelqu’un qui a été confronté à l’expérience tragique de la volonté d’anéantissement. Voilà un homme qui a éprouvé dans sa chair le désir sadique de certains, désir qui illustre une époque sournoise et diabolique, alors qu’il était question de vouloir jusqu’à :anéantir l’âme.

Un avocat qui suit l’inaccessible étoile de la rédemption en l’homme, et ce, même quand tout le condamne aux enfers : accusé, assassin, auteur d’actes abominables, pour qui est de la nature du Vivant et encore plus, de l’Humain.

Et parfois, sans qu’il n’ait rien fait de répréhensible, condamné par sa propre origine. Ce qui le fait douter de l’existence même de Dieu quand chacun en garde l’idée en lui, alors qu’il se trouve confronté à l’absence épouvantable de justice divine, alors même que la notion de l’homme comme émanation de l’Unité Divine semble devenir l’objet, dans une époque donnée, d’un désir coercitif collectif et synchronisé, de destruction totale.

Alors cet homme, cet avocat, défend un assassin et pas n’importe lequel : celui d’une enfant de 9 ans. Une engeance que même les détenus menacent : ils sont prisonniers et défendent leur dignité blessée, par un code de déontologie strict, une forme d’honneur carcéral qui se dresse vent debout contre toutes les adversités qui condamnent quelqu’un à l’exclusion de l’humanité. Ils sont en prison et ils savent au plus profond de leur âme, ce que c’est qu’être un mauvaisau milieu des hommes, et devant l’Eternel aussi.

Mais pour les détenus, et devant Dieu – même s’il est apparemment exclu des débats – il est des crimes qui mènent directement en enfer, tuer un enfant est considéré comme le plus odieux des forfaits. Alors aux supposés assassins, qu’ils détectent avant même les preuves tangibles de la justice, ils le signifient : viol, menaces de mort, passage à l’acte meurtrier. Comme disait Jacques Mesrine en son temps à Lucien Léger qui avait tué un petit garçon dans les années 60 : « Je ne veux pas d’un tueur d’enfants dans ma prison »… Comme si l’enfant représentait cette part d’innocence bafouée, anéantie au cours de l’Histoire de la relation dominant-dominé souvent perverse et brutale, qui caractérise l’humanité…

Qui que l’on soit sur l’échelle du Bien et du Mal, on défend cet enfant en chacun, souvent malmené, maltraité, parfois assassiné par les drames successifs qui ne manquent pas d’arriver dans la vie et dans l’Histoire. Voilà cet avocat qui défend la part de rédemption en chaque être humain, qui défend l’humanité en l’homme, alors merci Maître, pour cela. Même s’il n’y croit pas beaucoup ou fait peut-être semblant d’y croire. Une intelligence rare au plus près de l’expérience de la tragédie d’êtrehumain.

Merci pour ce chemin chaotique et empreint de vérité : c’est celui de Don Quichotte…

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Mélisande

Rédactrice

Commentaires (3)

  • Mélisande

    Mélisande

    24 février 2018 à 15:34 |
    Plutarque a écrit un chapître: "Des délais de la Justice divine" , il me semble comprendre que la "causalité cosmique" ne répond pas aux lois temporelles "humaines" , mais s'inscrivent dans un ensemble qui dépasse l'individuel, d'où une temporalité qui est d'une autre dimension.
    Chez cet avocat , dont une partie de la famille a été décimée pendant la Seconde Guerre, et qui s'est , me semble t-il, porté Partie Civile dans le procès Barbie , c'est la notion de défendre la partie divine qui est en l'humain, dans chaque être humain, même si il a défiguré l'humanité, et son droit à la rédemption, si présente par exemple , chez le peuple russe, beaucoup plus que chez nous!
    C'est cela qui est porteur d'espoir , et tout à fait singulier dans son parcours, que je ne prétends pas du tout connaître par ailleurs.
    C'est juste une forme d'intuition....

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  • martineL

    martineL

    24 février 2018 à 15:26 |
    En vous lisant, on ne peut que penser à ces grands procès de personnes infâmes assistées par des avocats hors pair ; ainsi de R Badinter poursuivi par la foule qui lynche. Il y a les faits, le ressenti des opinions largement bâti sur le transfert ( et si c'était mon enfant...) et l'honneur de l’État de Droit, installé entre le procureur, l'avocat général et la défense. Et fort heureusement pour nous tous et notre société, nous relevons autant que possible de l'état de droit.

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    24 février 2018 à 13:28 |
    Vous posez là, Mélisande, l'éternel problème de la théodicée, c'est-à-dire de la justice de Dieu. L'iniquité est un mystère insondable qui légitime la colère de Job, lequel met Dieu en accusation. A quoi Celui-ci répond (Job 38, 4-7) : "où étais-tu quand je fondais la terre? Dis-le, si tu as de l'intelligence. Qui en a fixé les dimensions, le sais-tu? Ou qui a étendu sur elle le cordeau, le sais-tu?". Et Hashem de conclure (Is 55, 8) : "car vos pensées ne sont pas mes pensées et vos voies ne sont pas mes voies". Que dire d'autre? Si ce n'est que la mort n'est pas la fin de l'histoire, contrairement à ce que tout le monde - y compris certains croyants - s'imagine...

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