Opinion. L'horreur

Ecrit par Jean-François Vincent le 23 mars 2012. dans France, La une, Actualité

Opinion. L'horreur


« The horror, the horror ! », c’est par ces mots que le héros de Conrad conclut son roman, Heart of darkness. Oui, nous sommes au cœur des ténèbres. La « dédiabolisation » de l’antisémitisme a produit ses effets : ce n’est plus seulement le « sale juif » asséné aux élèves porteurs de kipas ou d’un nom « suspect » : maintenant on tue. Peu importe que le tueur soit ou non un fou, « ça » a été possible : « ça », l’inimaginable, tuer des enfants simplement parce qu’ils étaient juifs ! Ce crime a beaucoup de complices. Tous ceux qui stygmatisent les abattages rituels, bien sûr ; mais, plus généralement, tous ceux qui minimisent les actes d’antisémitisme, notamment lorsque ceux-ci proviennent d’autres élèves : « oh ! Il ne faut pas dramatiser… Ces gamins sont eux-mêmes en grande difficulté… ». Non ! Il faut dramatiser ! Il faut instaurer une tolérance zéro. Il n’y a pas, il ne saurait y avoir d’excuse de minorité pour l’antisémitisme. Tout propos, tout acte de violence antisémite doit être sanctionné et durement. L’irénisme n’est plus de mise : les « gamins » font le lit des futurs assasins. Leur impunité encourage les exactions.

Des familles vivent maintenant dans la peur. « Cela pourrait arriver à tout le monde », lit-on dans la presse. A tout le monde, vraiment ? Non, pas à tout le monde, car tout le monde n’est pas concerné ! Pour que cesse la peur, il faut que cesse cette impunité, que les antisémites soient condamnés, quels que soient leur âge et leurs origines, que la justice passe, sans clémence, dura lex sed lex… Autrement ? Autrement, beaucoup de familles feront le choix de l’alyah : là-bas, au moins, un mur protège contre les terroristes.

Le signal d’alarme est tel que tous ceux qui l’ignoreront se rendront complices du criminel. A bon entendeur salut !

 

Jean-François Vincent


A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Commentaires (10)

  • eva talineau

    eva talineau

    24 mars 2012 à 17:22 |
    "cette alyah que vous évoquez à l'horizon, est pour moi en tout cas, et je pense pour la plupart des français juifs, totalement hors sujet. Le judaïsme est parfois une religion et une appartenance, pour certains, elle est tout autre chose, une manière de traverser la vie, incompatrible avec le fait d'aller l'enfermer derrière un mur - ceci ne vautnullement "condamnation" de ce mur, sans lequel les tirs de roquette auraient fait beaucoup plus de morts.

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    • Jean-François Vincent

      Jean-François Vincent

      24 mars 2012 à 18:31 |
      Cher Eva Talineau,
      "Une régression éthique abyssale", dites-vous...Mais nous y sommes! Un crime de genre (assassiner froidement des enfants dans une cour d'école parce qu'ils sont juifs) aurait été absolument impensable il y a 30,40 ou 50 ans. Pour retrouver un crime comparable dans l'histoire, il faut remonter à la période nazie.
      Dans cette perspective, l'alyah - ou un départ dans quelque autre pays - ne serait qu'une planche de salut, quelle que soient les manières - et je sais à quel point elles multiples! - dont vit le judaïsme.

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      • eva talineau

        eva talineau

        24 mars 2012 à 20:32 |
        le fait que tant de français aient collaboré pendant la guerre, et que dans l'ensemble, la lâcheté aie été plus fréquente que le courage, ce ne sont pas que les juifs assassinés qui l'ont payé - les descendants de ces pères lâches aussi. Il existe une sorte de justice symbolique qui fait que ce que font les pères, les fils, malgré eux, en répondent. L'alyah dont vous parlez "sauverait" sans doute quelques uns, ceux qui pourraient envisager une chose pareille - une faible minorité, tant sont diverses et singulières les manières d'être en relation avec ce mot, juif - elle ne "sauverait" pas la société qui aurait laissé se déliter le lien social au point où certains de ses membres seraient contraints à cela pour ne pas être la cible d'assassins dont tout en désapprouvant avec véhémence les actes, elle laisserait croire qu'elle "comprend" et "excuse" les mobiles au nom de ceci ou de cela.

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      • Jean-Gaspard Bénichou

        Jean-Gaspard Bénichou

        24 mars 2012 à 19:33 |
        J’ai suivi – par accident – depuis hier votre étrange périple M. Vincent dans les remous du drame de Toulouse/Montauban. Le langage étant chose impitoyable, il vous démasque, quelle que soit votre volonté d’avancer masqué !
        Ainsi, il suffit de mettre bout à bout votre billet « opinion » et votre dernier commentaire à Mme Talineau pour savoir quel est votre vrai visage. Ami des juifs M. Vincent ? Evidemment pas ! Les juifs, si on les embête, ils se tirent en Israël dites-vous. Ce ne sont donc pas des citoyens français à part entière (Mme Talineau vous répond d’ailleurs sur ce point). Un pied en France, un pied en Israël : des israéliens de l’intérieur en quelque sorte. C’est, tout nu, le discours antisémite le plus éculé que vous reprenez à votre compte sans état d’âme. Normal puisque c’est votre discours.
        Vient alors votre dernier commentaire à Mme Talineau. Le pompon ! Je vous cite : « Dans cette perspective, l'alyah - ou un départ dans quelque autre pays - ne serait qu'une planche de salut, quelle (sic) que soient les manières - et je sais à quel point elles (sont) multiples! - dont vit le judaïsme. » Voilà ce que M. Vincent, « ami des juifs », pense des juifs : un peuple protéiforme, apatride, se glissant dans tous les habits possibles, jamais attaché à aucune terre et à aucune nation puisque prêt à partir n’importe où pour peu que ses intérêts y soient. Dans la grande tradition du juif errant qui a nourri les fantasmes antisémites les plus mortifères, vous écrivez, tranquillement, que le judaisme vit de toutes les manières possibles : le juif tout terrain quoi. Si on ne veut plus de lui en France pas de problème il a des solutions en pagaille dans la poche.
        Je vais vous décevoir M. Vincent : je suis (et nous sommes probablement quelques centaines de milliers) non pas un juif français mais un français juif. S’il y a en France, mon pays unique, ma patrie unique, un problème d’antisémitisme (et vous êtes une des manifestations de ce problème) je me bats en France, comme un citoyen de France et nulle part ailleurs ! Mme Talineau, psychanalyste, doit savoir de quoi relève votre dérapage langagier – Verneinung ? Bejahrung ? – De fait vous rêvez du départ des juifs de France. D’autres aussi avaient envisagé cette « solution » en d’autre temps.
        Vous affichez votre islamophobie sans complexe. C’est plus dur pour les juifs M. Vincent ?

        Jean-Gaspard Bénichou

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        • Jean-François Vincent

          Jean-François Vincent

          24 mars 2012 à 21:12 |
          Lisez mes autres textes, cher monsieur, vous jugerez par vous-même s'il y a la moindre trace de l'antisémitisme que vous m'imputez.
          Je n'ai en rien dérapé : beaucoup de citoyens français, juifs ou goyim, pourraient avoir envie de partir dans la perspective où nous nous plaçons, "une régression éthique abyssale", moi le premier, tout goy que je suis. Il se trouve simplement que les juifs ont une possibilité supplémentaire que les autres n'ont pas.
          Quant à l'islamophobie, je vous renvoie supra à l'une de mes réactions, sur cette page même, où j'écris "l'Islam n'est pas le problème".
          Mais je salue, monsieur, votre patriotisme : vous êtes, à n'en pas douter, beuacoup plus cocardier que moi, cosmopolite revendiqué et apatride sur les bords.

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  • eva talineau

    eva talineau

    24 mars 2012 à 16:26 |
    (suite et fin). Le problème que pose la montée, évidente, d'un antisémitisme français, différent de celui traditionnel de l'extrême droite, mais reprenant les mêmes poncifs (juifs tueurs d'enfant, se tenant les coudes, tenant les medias, se soutenant, pleins de fric etc..) qui vient de trouver, ces jours-ci, son épiphanie ne concerne pas que les juifs, mais le lien social tout entier. Lorsque, vers la fin du 17ème siècle, Louis XIV a révoqué l'Edit de Nantes, provoquant l'exode de protestants industrieux qui sont allés apporter leurs talents ailleurs, diminuant d'autant les forces vives du pays, la France a été appauvrie, mais pas touchée dans ce qui la fondait alors, l'Eglise, la Royauté. Si aujourd'hui, en France - mais aussi bien en Europe - il s'avérait qu'il n'était vraiment plus possible aux juifs de vivre dans une sécurité raisonnable - c'est à dire concernés comme tout le monde par les difficultés des temps, mais pas autrement que tout le monde - cela indiquerait une régression éthique abyssale, telle que la question importante ne serait pas le fait que quelques personnes choisissent de partir ailleurs - tant mieux, ou tant pis pour ceux ou celles qui feraient ce choix, d'ailleurs heureusement réversible, vu la libre circulation des biens et des personnes qui existe encore - mais celle du devenir de nos sociétés, de leur devenir spirituel. On ne vit pas impunément, à un niveau collectif, dans le mensonge et l'hypocrisie, disant une chose et en faisant une autre. A un moment donné, cela a un coût. Sans que qui que ce soit le "veuille".

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  • eva talineau

    eva talineau

    24 mars 2012 à 15:55 |
    cher Jean François Vincent,
    j'avais pour diverses raisons, cessé de venir par ici, cependant, au vu de votre article, je lève un moment cette auto-inhibition. Je ne sais pas si les lois sont d'un grand secours contre l'anti-sémitisme, même s'il est bon qu'elles existent. Quoi qu'il en soit, je suis sensible au souci que vous avez qu'elles soient respectées. Il est très respectable. Ce souci n'est pas une parole purement verbale, comme on dirait chez Audiard, il est agissant, puisque vous faites en sorte que Yossi Malka puisse continuer à venir dire ici ce qu'en bien des espaces médiatiques, en France, il n'est plus possible de dire. Ceci dit, je voudrais revenir sur la fin de vote article.
    La question de l'alyah. De la manière dont vous vous exprimez, on a l'impression que vous supposez que c'est là l'issue en quelque sorte logique, du fait d'être français et juif, aujourd'hui. Je m'inscris complètement en faux contre cela. Je suis française, comme vous, juive, quoique cela veuille dire, et ce n'est pas notre cher Daniel Sibony qui me contredira si je vous dis que ce mot est bien loin de recouvrir un concept d'une simplicité biblique - et je vous dis qu'il est hors de question, tant pour moi que pour beaucoup de gens que je connais, qui sont dans le même cas, d'aller vivre ailleurs que chez moi, en France, sous prétexte que des débiles mentaux pervers comme ce Mohammed Merah - et son frère, qui vient de déclarer "admirer" les oeuvres du petit - ont incorporé les messages subliminaux que secrètent nos medias "anti-sionistes" qui à longueur d'années, depuis 20 ans et contre toute réalité, présentent les soldats israéliens comme des tueures d'enfants et les israéliens comme auteurs d'un génocide - l'ont incorporé, amalgamé au fonds anti-juif coranique, été touiller le tout en Afghanistan, pour in fine, faire flamber l'ensemble dans un grand orgasme vaguement satanique.
    Cette alyah que vous évoquez à l'horizon, sans doute par sollicitude, et on ne peut que vous en remercier, est quelquechose qui est absolument hors sujet. Si je peux me permettre, malgré votre sympathie pour Israel, et votre remarquable érudition, je ne crois pas que vous compreniez ce qu'est le judaïsme, en tout cas, soyons plus modeste, un certain abord du judaïsme. Il ne s'agit pas, en tout cas pas pour tous, d'une religion, ou d'une appartenance, plutôt d'une manière de traverser la vie. Incompatible avec le fait d'aller l'enfermer derrière un mur - ceci ne vaut nullement "condamnation" de ce mur, sans lequel les tirs de roquettes auraient fait beaucoup plus de morts.

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  • Yossi Malka

    Yossi Malka

    24 mars 2012 à 09:10 |
    Combien vous avez raison cher J.FV. Le laxisme qui dure depuis presque vingt ans en France , sous tous les gouvernements , de gauche comme de droite , ne peut plus durer , sinon ni vous ni moi ne seront là pour avoir une liberté de parole et de mouvement .Prendre des mesures sévères pour sanctionner tout acte raciste et/ou antisémite , devient une priorité et un devoir pour sauver les Valeurs de la France et empêcher la montée du Nationalisme . Cela ne doit être ,ni discuté ni interprété ,car c'est l'avenir de ce pays qui est en jeu . J'ai de nombreux amis musulmans qui m'ont tenu un langage similaire au votre , certains tellement révoltés qu'ils ont eu des suggestions impraticables pour ce monstre dans un pays civilisé .Il y a en France une majorité de Musulmans qui souffre de l'imposture du fondamentalisme islamique . Il faut aussi les délivrer de cette emprise qui a choisi l'antisémitisme comme vecteur directeur de son idéologie .
    Vos propos sont à leur place et ne font aucun désordre , sauf aux yeux des faibles qui choisissent la « politique de l'autruche » pour ne pas assumer leur devoir .

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    • Jean-François Vincent

      Jean-François Vincent

      24 mars 2012 à 13:20 |
      Le problème n'est pas l'Islam. Le problème, c'est un certain nihilisme, une révolte tous azimuts - ce n'est pas si nouveau ni si "oriental", cf. le film "A rebel without a cause" des années 50! - qui se pare de la religion pour mieux dissimuler sa propre vacuité. Le pseudo-Islam des banlieues est le pendant des multiples contre-cultures qui ont jalonné les révoltes des "jeunes" des cinquante dernières années. Le point commun entre toutes est ce vide interne,ce non-être qui s'affuble de fausses valeurs pour tenter - mais en vain! - d'exister un peu.

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      • Yossi Malka

        Yossi Malka

        24 mars 2012 à 17:40 |
        Je n'ai jamais considéré la Religion Musulmane comme problème . Je connais cette religion, sa langue , ses récits , ses louanges et ses chansons , et je ne peux rejeter une partie de ma culture dont je suis fier . Ce qui est véhiculé dans les banlieues n'a rien à voir avec la Religion Musulmane , telle que pratiquée en Afrique du Nord . C'est un Islam radical , importé du Moyen Orient , celui des frères musulmans ,et du Mufti de Jérusalem dans les années 30 à 45 et qui a coopéré avec les nazis .

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