« Petite magouille 98 ? » Le dilemme des footeux

Ecrit par Martine L. Petauton le 26 mai 2018. dans La une, Actualité, Sports

« Petite magouille 98 ? » Le dilemme des footeux

Et voilà qu’on en cause, et que partout, des tables familiales aux gradins des matchs-petite série, ça bruisse et ça enfle : – t’en penses quoi, toi de la magouille dont a parlé Platini ?

Chez moi, itou, et le résultat interfamilial : 1 choqué « quand même », 2 plutôt pragmatiques, me conduit à venir vous entretenir, toutes affaires cessantes, de la chosette…

Jalons pour suivre le match : 1998 ; la France est pays organisateur de la coupe du monde de football, le Brésil tenant du titre (les deux sont qualifiés d’office) et Michel Platini est co-président du comité d’organisation de la coupe. C’est vous dire s’il sait de quoi il cause, le Michel, respecté et respectable joueur, sélectionneur, administrateur (ça, en gros seulement, quoique !). Pas plus tard qu’hier, notre Dany (Cohn-Bendit), que je valide autant pour ses qualités footballistiques que politiques et citoyennes, a dit : – Platini, un homme de Droite, qui quand il s’occupe de foot est de Gauche, car il veut rationaliser, bouger le réel. Je signe.

Mais, de quelle « magouille » est-il question ? Pas mince, ni inoffensif, le mot, même si Platini l’amoindrit d’un « petite », derrière lequel n’importe qui n’entend que – grosse – magouille, tripatouillage, tricherie, passe-droit, bref, du pas très propre, du trouble, si ce n’est glauque. Quoi ! Notre« et 1, et 2, et 3 »de 98 serait-il moins blanc que blanc ?? Et dans votre entourage, comme dans le mien, commence le chant persifleur des pleureuses – qui dit sport, dit tricheries, dopage, dessous de table, et notamment le foot, où le ballon ne circule qu’à coups d’achat de match ! Et l’un d’entre eux de pointer le menton et d’y aller du Bernard Tapie / OM / Valenciennes qu’on garde tous en sinistre mémoire. Pôvres ! Comme on dit à Montpellier, où l’on connaît le foot…

Logiquement, pour placer les équipes de la coupe dans les séries, s’affrontant, comme vous le savez, en petits galops d’éliminations réciproques (avec des histoires de points ici, et non là, qui bonne coupe, mauvaise coupe, continuent de me parler chinois, tant d’années après ma conversion au foot – justement 98), logiquement, donc, on tire au sort, un peu comme dans ces quines d’écoles de village, d’où sortent des jambons et une couette passée mode, et chacun de s’étriller avec ceux de sa série. Ça, c’est la règle. Or, si l’on s’y tient, on pouvait – en 98, et juste demain, en juin – faire se tuer les équipes sélectionnées d’office, en 3 jours de matchs. Terminé ; le champion du monde en titre retourne chez lui, l’équipe du pays organisateur (mesure-t-on ce qu’on entend par là !) campe en survêt dans les tribunes…

Pas imaginable, pas souhaitable, contre-productif. Une coupe du monde est un spectacle, une immense entreprise, de l’argent, mais pas que. D’où la « rationalisation » dont parlait Cohn-Bendit, l’intelligence de la situation, les aménagements à produire par des hommes pour éviter la bêtise mathématique de la machine. Application : en 98, lors du tirage au sort, deux équipes ont été pré-affectées dans les groupes A et C, et en aucun cas ne pouvaient se rencontrer, si victoires elles avaient, avant la finale. Brésil et France. Out l’aléatoire ! Yes ! Mais, miaulent les esprits chagrins (dont mon fils) – que faites-vous de la règle, du la même chose pour tous, de cet état de droit, dont paraît-il je me ferais chantre de chronique en commentaire dans les colonnes de mon RDT… Ne serait-on pas nettement là dans le passe-droit, le « bon pour tous, sauf », donc tricherie, donc magouille, même rhabillée magouillette… Le pragmatisme, le choix par défaut, le sacrifice le regard haut et assumé de la torah démocratique, que je débusque à l’envi dans le système Macronien, la parabole de Solon-le-sage, père de la démocratie grecque – coupons les épis qui dépassent –, décousue pour l’occasion, voilà que je l’adouberais en Platini et consorts, et le regard des grands démocrates qui m’en causent de se faire reproche lourd, si ce n’est très déçu. Dam !

J’accorde une carte à l’adversaire, une seule : le dissimulé de cette procédure peu légale, durant ces 20 ans, l’absence de recherche de solution justement légale, pendant toutes ces années – un « sauf », par exemple, qui s’inscrirait dans la loi – des stratégies éloignées le plus possible de l’aléatoire (et l’affaire Platini-Magouille doit à présent impérativement faire bouger les choses).

Mais – objection, votre Honneur ! qu’on n’appelle pas magouille ce qui n’est pas chercher à gagner ou perdre par intérêt, voire pire, tomber-singer dans la surface, pour guigner le penalty convoité, trafiquer les tarifs des transferts (tout ça n’étant, on le sait, pas complètement pur imaginaire). A ma connaissance, les deux équipes en cause, en 98, ont, passé le positionnement hors normes du début, fait un parcours impeccable jusqu’à la finale, et il y eut d’autres coupes (la France en sait, ainsi que quelques autres, quelque chose) où les sélectionnés d’office se cassèrent la figure assez rapidement.

Seule la qualité du spectacle doit, à ce niveau de compétition, être le maître mot, et – oui, il faut aménager, corriger, comme on dit dans les sondages d’opinion, péréquationner, rationaliser, car bien d’accord avec notre cher et vieux Dany-le-sage, c’est là, marquer la présence de l’homme.

Si l’on s’autorise la comparaison, quand je vais à Carcassonne, mon immersion dans le Moyen-Âge marche dans et sur du tout refait, tendant vers l’identique – Viollet-le-Duc étant largement passé par là. Or, les puristes, les tenants de l’Histoire dure, n’ont pas de mots assez sévères pour tancer ce qu’ils nomment carnaval, pas loin du Puy du Fou et de ses spectacles. Faudrait-il n’accepter que rogatons de vieilles fouilles et rejeter toute restauration un peu poussée, pourtant si efficace pour nos jeunes collégiens ?– tu vois, ça devait ressembler à ça, mais cette pierre que tu touches ne date pas du Moyen-Âge. Le spectacle, le monument, sa charnure, son essence réelle et dûment mesurée, mais aussi son image, son apparence, l’utilité et donc l’efficacité de ce que l’Histoire donne à voir, vous dis-je.

La règle, et ce qu’en fait l’homme, pour peu qu’il s’en empare, intelligemment, sans doute. La nécessité de l’adapter, de la changer, d’en faire des lectures multiples et toujours humanistes – les saintes écritures ne jouant pas au foot.

Pour ce bonheur unique, et selon moi, intact, du – et 1, et 2, et 3, dans une soirée douce en Juillet 1998…

A propos de l'auteur

Martine L. Petauton

Martine L. Petauton

Rédactrice en chef

 

Professeur d'Histoire-Géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)

 

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