Présidentielles 2012 - Les espaces politiques (2)

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 20 janvier 2012. dans France, La une, Politique, Actualité

Présidentielles 2012 - Les espaces politiques (2)

 

Après avoir décrit l’espace politique sarkozyste dans une première chronique, voici une courte analyse de l’espace centriste, qui apparaît comme assez limité au niveau des appareils politiques, parce qu’il est extrêmement divisé. Il correspond, en effet, à un centre-droit – l’aile modérée de l’UMP – et un réel centre d’opposition organisé autour de la personnalité de François Bayrou (et du Modem). Il n’empêche que le centre a – en soi – vocation potentielle à gouverner. D’ailleurs, une majorité de français semble rêver d’un regroupement centriste allant de certains courants venant de la gauche à d’autres issus de la droite. Ceci étant à mettre en relation avec cette tradition (ou plutôt exception… ?) française, dite du « baiser Lamourette » – remontant à l’époque de la Révolution de 1789 (1).

Si l’on détaille les composantes de l’espace politique centriste, on peut citer : le Nouveau Centre (Hervé Morin), les Radicaux Valoisiens (Jean-Louis Borloo), le Parti Chrétien Démocrate (Christine Boutin), et surtout le Modem (François Bayrou). On doit mettre à part le mouvement République Solidaire (Dominique de Villepin), qui n’a rien à voir – idéologiquement – avec le centrisme politique traditionnel, à moins de considérer le néo-gaullisme comme le vrai centre entre gauche et droite.


Mais alors, quel sera le poids du centrisme politique en 2012 ? Il faut – semble-t-il – exclure la présence de François Bayrou au second tour des Présidentielles à venir (il n’atteint pas actuellement le seuil important de ses 18 % et plus de 2007). On sait que des électeurs potentiels de François Bayrou peuvent être tentés, au premier tour (avril 2012) par un « vote utile » – pour barrer la route au FN – en faveur de Nicolas Sarkozy ou de François Hollande. Le plus probable réside donc dans le comportement de report des voix de l’électorat centriste, enjeu du combat – au second tour – entre la droite et la gauche. Comment s’effectuera ce report entre Sarkozy et Hollande (s’ils sont effectivement bien présents tous les deux au second tour) ? L’électorat centriste sera sans doute encore « faiseur de roi » en mai 2012.

Le grand problème du centrisme politique, c’est que son principal représentant – François Bayrou – ne peut exister sans une grande force politique structurée derrière lui et un réseau d’élus (pour les législatives à suivre). De plus, la grande contradiction de Bayrou, c’est que le centrisme – issu essentiellement de la démocratie chrétienne – n’aime pas les hommes providentiels et les systèmes un peu trop autoritaires, ceci par tradition « orléaniste » (2). Et il est vrai que le chef du Modem apparaît un peu comme tel. Cela dit, sans lui, le centrisme (ancienne UDF rénovée, en réalité) n’existerait plus vraiment en tant que débouché politique réel et potentiellement efficace.

Au-delà de la question de François Bayrou et du Modem pour 2012, est-il possible de regrouper – dans un avenir plus ou moins proche – les centres dans une grande confédération, qui irait du centre-droit jusqu’au centre-gauche ? Cela semble très difficile aujourd’hui, car on doit davantage parler « des » centres que « du » centre. C’est pour cette raison que Bayrou et le Modem appellent à la création d’une « majorité centrale » (abandon du terme « centriste »…) qui regrouperait, autour du leader du Mouvement Démocrate, des modérés venant de la gauche et de la droite. Le devenir centriste – tous les politologues le disent – se heurte à une sorte de masse de granit : celle des institutions de la Vème République mises en place par le Général de Gaulle en 1958-1962, et qui obligent – notamment en fonction du mode de scrutin majoritaire – à la bipolarisation, au second tour, aussi bien pour les présidentielles que pour les législatives.

Pour conclure, le centre ne pourrait donc vraiment jouer un rôle fondamental au pouvoir que dans le cadre d’une coalition (avec la droite ou la gauche ?), ou – de manière plus explosive – dans celui d’un éclatement général des structures politiques actuelles entraînant une recomposition globale qui jouerait essentiellement en sa faveur. A suivre…

 

 

Jean-Luc Lamouché

 

 

(1) Le 7 juillet 1792, à l’Assemblée Législative, alors que des divisions politiques importantes s’affirmaient, le député Antoine-Adrien Lamourette demanda à ses collègues de s’embrasser en signe de réconciliation. Les députés situés à la gauche du Président de l’Assemblée se mêlèrent à ceux placés à sa droite et vice-versa. Louis XVI lui-même y participa…

(2) Le grand politologue français René Rémond, dans son célèbre livre Les droites en France, nous a montré qu’il existe une famille de droite modérée, issue de ce qu’il appela la tradition « orléaniste », par référence – à l’origine – à la famille des Orléans, favorable à une monarchie constitutionnelle et parlementaire. Il a ensuite expliqué en quoi les républicains modérés (dès 1875), puis la démocratie chrétienne – ultérieurement – en furent les héritiers.

 

 

Présidentielles 2012 – Les espaces politiques (1)

 

A propos de l'auteur

Jean-Luc Lamouché

Jean-Luc Lamouché

Rédacteur

 

Professeur d'Histoire

Auteur d'ouvrages sur Tulle et la Corrèze

Rédacteur à "Tutti-magazine - La musique à voir et à entendre"

 

Commentaires (10)

  • Jean Le Mosellan

    Jean Le Mosellan

    21 janvier 2012 à 10:45 |
    Historiquement le Centre a gouverné avec Giscard d’Estaing. Donc, contrairement à ce que disent vos politologues,malgré la bipolarisation du scrutin,le Centre a conquis l’Elysée et dominé la vie politique durant un septennat. Reste à savoir s’il y a en son sein actuellement un leader de la trempe de Giscard . Derrière Giscard au moment de sa conquête du pouvoir il y avait le Parti Républicain, fédération de petites formations centristes. En face du Parti Républicain se dressait pourtant la masse du parti gaulliste au pouvoir l’UDR, ancêtre du RPR . On imagine que la conquête du pouvoir n’a pas été facile pour Giscard,qui a quand même rendu ensuite aux élections législatives non pas minoritaire l’UDR mais partenaire obligé au sein de la majorité présidentielle. Il manque,pour soutenir Bayrou,des lieutenants comme Poniatowski,Lecanuet,ou Jean-Jacques Servan-Schreiber,fondateurs de l’UDF, elle-même fédération en conséquence du PR,du CDS et du Parti Radical Valoisien,(ce dernier actuellement absorbé par l’UMP avec Borloo et Rama Yade,défection lourde de conséquence pour Bayrou).

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    • Jean-François Vincent

      Jean-François Vincent

      21 janvier 2012 à 13:36 |
      Giscard n'était pas tout à fait le centre : son parti, au moment de son élection, les Républicains Indépendants, était issu d'une scission, en 1962, avec le Centre National de Indépendants et Paysans (CNIP), classé franchement à droite. Giscard a d'ailleurs incarné une pensée très minoritaire en France, le libéralisme économique (cf. son projet de "société libérale avancée").C'est au cours de son septennat qu'il a rallié le CDS (Centre des Démocrates Sociaux) de Lecanuet, authentiques centristes, eux, qui étaient dans l'opposition sous Pompidou. Avec eux et les radicaux valoisiens, il a créé l'UDF pour faire pièce au RPR de Chirac, fondé en 1977. Suite à la fusion de Démocratie Libérale (nouveau nom des RI) avec le RPR pour former l'UMP,L'UDF fut réduite aux seuls centristes.

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      • Jean-Luc Lamouché

        Jean-Luc Lamouché

        21 janvier 2012 à 18:08 |
        Cher JFV, vous faîtes ici - en quelques lignes - la mise au point historique qui devait l'être sur le centrisme giscardien. Les erreurs - ou approximations - de notre autre commentateur ayant été rectifiées, je n'ai rien à ajouter - pour l'instant (?).

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        • Jean Le Mosellan

          Jean Le Mosellan

          22 janvier 2012 à 17:23 |
          A vous lire,chers amis débateurs,Giscard l’inventeur de l’UDF, créée pour avoir son espace politique face au RPR,ne serait pas centriste. Que faisait donc Bayrou,auquel vous collez sans façon l’étiquette de centriste,lorsqu’il se présentait ,au moment de fonder son mouvement le MoDem, comme l’héritier de l’UDF ? Le Nouveau Centre faisait de même,qui a préféré s’associer à l’UMP. Giscard a attendu de quitter l’Elysée pour succéder à Lecanuet (centriste celui-là ?) à la présidence de ce parti pour des lustres. De quel droit Giscard présidait-il ce parti,s’il n’est pas lui-même centriste? Entre l’UDF et le RPR,ça ne trompe personne,a dit,avec son bon sens politique sentant bon la caricature partisane, Jacques Duclos,c’est bonnet blanc et blanc bonnet. La classe politique a suivi avec intérêts les démêlées entre les héritiers de l’UDF. Qu’en ont donné comme éclairage les historiens ? Toujours bonnet blanc et blanc bonnet ? J’ose à peine dire,sous peine d’être accusé d’approximation et d’erreur devant votre jugement expéditif, qu’avec Giscard la France a été centriste,tout comme avec Mitterrand elle était socialiste.

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          • Jean-François Vincent

            Jean-François Vincent

            22 janvier 2012 à 19:25 |
            L'UDF de Bayrou, c'est-à-dire après que Démocratie Libérale et une partie des centristes aient émigré à l'UMP, était, en effet, vidé de sa composante libérale, famille de pénsée de droite et non du centre de Valérie Giscard d'Estaing. Il n'y avait donc plus, à cette époque,en effet, que des centristes. Oui, mais cette UDF là n'était plus celle de Giscard. Vous persistez donc, cher Docteur, dans vos erreurs...Mais rien de nouveau sous le soleil!

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          • Jean-Luc Lamouché

            Jean-Luc Lamouché

            22 janvier 2012 à 19:07 |
            Si VGE - qui était effectivement "centriste" (centre-droit) a accédé au pouvoir en 1974, ce ne fut que grâce à la trahison de Jacques Chirac envers le gaulliste historique Jacques Chaban-Delmas.
            Par ailleurs, lorsque vous faites allusion à la formule célèbre de Jacques Duclos (...bonnet blanc et blanc bonnet..."), prononcée en 1969 - à propos du duel entre Georges Pompidou et Alain Poher -, le RPR et l'UDF n'existaient pas. Le premier fut créé en 1977 et la seconde en 1978.

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    20 janvier 2012 à 19:17 |
    Je suis d'accord avec vous : François Bayrou est à la fois la chance et le handicap du "centrisme". Mais, au-delà de sa personne, se pose un problème structurel : le centrisme - vous l'avez dit - est issu du courant de pensée chrétien-démocrate. Celui-ci a toujours été faible en France. Le MRP de la 4ème république n'osait même pas - laïcité oblige - afficher son caractère confessionnel (le mot "chrétien" ne figurait pas dans son sigle, à la différence de la DC italienne et des CDU, CSU allemandes). Sa fortune, dans les années 50, tint à la quasi disparition des droites, compromises avec le régime de Vichy, et au scrutin proportionnel de listes : le MRP, allié à la SFIO faisaient figure de tampon rassurant entre deux extrêmes inquiètants et gonflés par le mode de scrutin; à droite, le RPF, au parfum bonapartiste (gare au 18 brumaire!), à gauche le PCF, stalinien.
    La configuration actuelle n'a rien à voir avec cela. Le scrutin uninominal à deux tours impose une bipolarisation de la vie politique; et, à la différence des années 50, la perspective d'une venue au pouvoir de l'un ou l'autre des deux Fronts (national ou de gauche) est si improbable qu'elle n'effraie personne. Une "troisième force", si elle parvenait à se reconstituer, ne tarderait pas à devenir un repoussoir universel qui profiterait...aux deux Fronts!

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    • Jean-Luc Lamouché

      Jean-Luc Lamouché

      20 janvier 2012 à 21:18 |
      Tout à fait d'accord avec vous : cette espèce de tentative potentielle de reconstitution d'une "troisième force" - alliant centre-droit et centre-gauche - semble exclue.
      D'abord, parce qu'elle se situait dans un contexte politique précis, sous la IVème République : celui de la Guerre froide, qui excluait gaullistes et communistes. Cette époque est révolue depuis bien longtemps.
      Ensuite, parce qu'en dénonçant - un peu comme le FN de Marine Le Pen - "L'UM/PS", François Bayrou se refuse à préciser ce que pourrait être vraiment la "majorité centrale" qu'il appelle de ses vœux, sauf pour nous faire comprendre implicitement qu'il souhaiterait en être le leader...

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  • Jean-Luc Lamouché

    Jean-Luc Lamouché

    23 janvier 2012 à 17:50 |
    Cher monsieur, nous ne nous sommes pas compris.
    Je n'ai jamais nié le fait que VGE se soit présenté comme "centriste" ; en tout cas au centre-droit - je le répète.
    Comment contester en effet - comme historien - le fait qu'il ait senti la nécessité de tenir compte de l'évolution de la société française depuis mai 68 (par rapport à l'ancien pouvoir gaulliste) ?
    Il n'empêche qu'il fut obligé de regrouper autour de lui à la fois le centre et la droite. Cela ne peut pas être sérieusement contesté non plus.
    Amicalement.

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  • Jean Le Mosellan

    Jean Le Mosellan

    23 janvier 2012 à 12:00 |
    Alors ça ne vous plait pas, ni à l’un ni à l’autre, que la France ait été centriste avec Giscard ? Auteur comme vous le savez d’un livre manifeste « Démocratie française », qui a donné son nom à l’UDF, rassemblement centriste dont il occupe l’aile droite. Pour faire un parti démocratique, il faut un éventail d’opinions, lesquelles ne sont pas de ce fait monolithiques. La France se gouverne au centre, dit Giscard.
    Avec des arguties tenant à peine debout vous niez cette donnée. Vous avez votre vérité, je la respecte, mais elle me parait partisane, et entachée de mauvaise foi. Ce débat devient ainsi stérile, permettez moi de l’arrêter ici.

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