Rapport hommes-femmes : du chevalier servant au porc

Ecrit par Jean-François Vincent le 04 novembre 2017. dans La une, Actualité, Société, Histoire

Rapport hommes-femmes : du chevalier servant au porc

Weinstein, DSK, Baupin, et combien d’autres ? Certains même seulement en paroles et non en actes, tel Dominique de Villepin, songeant un instant à se présenter à l’élection présidentielle et murmurant : « la France a envie qu’on la prenne, ça la démange dans le bassin ».

Ainsi l’omerta a été levée ; on avait déjà ressorti les texto salaces de Denis Baupin adressés à l’adjointe verte à la mairie du Mans, Elen Debost : « je suis dans le train et j’ai envie de te sodomiser en cuissarde », ou encore « j’ai envie de voir ton cul »… Maintenant, on déballe tout et la chasse est ouverte. La journaliste Sandra Muller, de la Lettre de l’audiovisuel, a lancé le hashtag #balance ton porc, avec le tweet inaugural suivant : « Toi aussi, raconte en donnant le nom et les détails du harcèlement sexuel que tu as connu. Je vous attends ». Bref, appel à la délation, dénonciation des ci-devant mâles libidineux, épuration des cochons impénitents…

Faire la cour risque de devenir un parcours du combattant, une ordalie, un peu comme à l’époque du Fin’amor médiéval. L’on se souvient, en effet, que le chevalier passionnément amoureux d’une dame mariée (mais qui ne repoussait pas totalement ses avances respectueuses), devait se soumettre à toute une série d’épreuves destinées à tester sa flamme, épreuves qui culminaient dans l’asag : le chevalier devant rester nu toute une nuit, à côté de sa bien-aimée, également nue, avec – souvent, entre les deux – une épée, gardienne de la vertu de chacun… frustration terrible mais délicieuse, « j’aime mieux, dit Arnaud de Mareuil, dans son Saluts d’amour (XIIème siècle), le désir de vous que d’avoir d’une autre tout ce que reçoit un amant charnel ». C’est l’amor imperfectus, imparfait physiquement au sens de non parachevé par une émission de semen. Tout au plus l’amoureux transi peut-il espérer un chaste câlin. Dans le Roman de Jaufré (XIIIème siècle), la comtesse de Die récompense de la sorte son soupirant : « j’aurais grand plaisir, sachez-le, à vous presser dans mes bras, pourvu que vous m’ayez juré d’abord de ne faire que ce que je voudrai ». Tout chevalier se devant, avant tout, de demeurer obediens, obéissant…

Ce passage d’un excès à l’excès inverse invite à réfléchir sur le caractère éminemment subjectif du délit de harcèlement : ce dernier, en droit, repose, non sur élément matériel, mais sur un élément psychologique (art. 222-33 du Code Pénal) : « Le harcèlement sexuel est le fait d’imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle qui soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante ».

Problème, l’appréciation de ce qui est « dégradant », « humiliant » ou « offensant » varie grandement d’un individu à l’autre ; où finit la cour ou la drague, socialement admise ? Et où commence le juridiquement punissable ? Le risque, bien sûr, serait de transformer les hommes en ce personnage que joue Woody Allen dans Tout ce que vous avez toujours savoir sur le sexe sans jamais oser le demander, observant d’un regard – triste et perplexe à la fois – un sein dénudé…

Que veut-on au juste ? Un homme inhibé servant/servile et à disposition ? N’osant plus, de peur d’être accusé ? Un féminisme trop sûr de lui-même et dominateur (pour reprendre une expression célèbre) n’aboutirait finalement qu’à être castrateur.

Au grand dam de ces dames…

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Commentaires (4)

  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    08 novembre 2017 à 18:01 |
    Bien sûr, l'union du ciel et de la terre, du yin et du yang, de l'ish avec son Isha (l'homme et la femme en hébreu); tout cela participe d'un retour à l'état hermaphrodite originel.
    C'est précisément cela qu'annihilent la pornographie et l'obscénité béante de la prostitution, libre - ou pire encore - imposée. La femme, ravalée au rang d'instrument à jouir, d'artefact masturbatoire, cesse d'être la Dame des romans courtois...

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  • Mélisande

    Mélisande

    06 novembre 2017 à 14:52 |
    Petite coupure :
    L'épée donc, à laquelle vous faîtes allusion, est peut être ce qui sépare le visible de l'invisible, animus, anima, le chemin à faire pour retrouver l'unité, les épreuves sur le chemin, et ce n'est pas un problème de matérialité.ou martial me semble t-il.
    Ce que nous traversons en 2017 , en ce qui concerne le rapport homme femme, comme tous les autres traitements humains, sado-maso, s'apparente au chaos, à la perversité, on questionne la matière, on veut la perpétuer, il n'y a plus d'existence éventuelle, ni d'esprit, ni d'âme, bref: l'enfer soi-même...

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  • Mélisande

    Mélisande

    06 novembre 2017 à 14:46 |
    J'ajouterai, que peut-être, l'épée à laquelle vous faites allusion, séparant l'homme de la femme, peut aussi être interprétée comme séparant le visible de l'invisible, et pas forcément dans notre sémantique contemporaine, qui voit du martial partout.
    Animus anima: ce qui les relie est amour, confondement, et ce que nous traversons en 2017

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  • Mélisande

    Mélisande

    06 novembre 2017 à 14:23 |
    Si on se met à penser:

    l'Autre , qui me permet de quitter ma dualité souffrante, et de vivre mon unité telle qu'elle existait avant la grande séparation, celle qui pousse l'un ou l'une vers l'autre, et qui est de tout temps, d'obédience spirituelle , habillée d'une matérialité de circonstance qui s'appelle la vie, l'existence, mais qui va bien au delà, si on se dit aussi qu'il est un caractère sacré dans la mémoire de l'attraction homme femme,c 'est à dire qu'il nous rend à l'unité originelle, alors on répond à la question...
    Tout le reste n'est que conneries et circonstances historiques: la "Dame" du Moyen -Âge, c'est l'anima, la partie manquante, le féminin cosmique, pas quelques beafsteaks susceptibles de putréfaction, le désir est immense il est l'expression d'un désir mystique de retour à l'unité divine, bien autre chose que ces effets pitoyables dans lesquels chacun se débat , sans voir la profondeur de ce que signifie Amour, Désir, qui relèvent de la métaphysique. Les grands Mystiques l'expriment , les philosophes Grecs aussi, mais avant: l'Ancienne Egypte.
    Lisez le livre de Michel Petit, contemporain, mais qui synthétise et l'explique très bien tout cela: c'est important de comprendre la source: c'est à dire le besoin néolithique de dominer l'autre pour en jouir, alors qu'il nous permet dans son altérité, de retrouver Cette fameuse "unité divine" qui n'est récupérabLe par aucune religion: elle est ontologique.

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