Senex Triumphans

Ecrit par Jean-François Vincent le 30 septembre 2011. dans France, La une, Politique, Actualité

Senex Triumphans

Première non seulement sous la Vème, mais sous toutes les républiques : le sénat passe à gauche ! Le bicaméralisme a toujours été conçu comme un dispositif de modération de la chambre basse par la chambre haute ; d’où souvent un mécanisme de désignation qui exclut le suffrage universel direct. En France, le caractère provincial de l’assemblée du Luxembourg (surreprésentation des campagnes par rapport aux villes) et l’âge de ses membres – minimum 35 ans et, la plupart du temps, beaucoup plus ! – semblaient l’ancrer définitivement à droite… Mais voilà ! À force, pour la majorité, de perdre élection locale sur élection locale, la défaite a fini par prendre un caractère national.

Reste à expliquer ce paradoxe issu d’une idée reçue : pourquoi serait-on plus à droite quand on est vieux ? Parce qu’on est moins enclin à la colère ? Plus prompt à la résignation/conciliation ? Les exemples d’évolution vers la gauche à travers le temps ne manquent pourtant pas ; ainsi Victor Hugo, de légitimiste qu’il était dans sa jeunesse, a fini républicain après un bref passage par le bonapartisme, suivant ainsi fidèlement la ronde des régimes successifs !

Sans doute la gérontolâtrie qui présida à l’institution du bicaméralisme a-t-elle quelque chose à voir avec le culte des ancêtres : à mesure qu’on vieillit, on se rapproche de l’Autre Monde, bref du « numineux », du divin. La sénescence sénatoriale apporterait donc un je ne sais quoi de transcendance qui renforcerait l’autorité du cénacle. À notre époque qui souffre tant de jeunisme, cette revanche des anciens, bouleversant le convenu et le convenable, a quelque chose de piquant et de rafraichissant : senex triumphans !


Jean-François Vincent


A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Commentaires (3)

  • Jean Le Mosellan

    Jean Le Mosellan

    03 octobre 2011 à 11:57 |
    Le Sénat n’est-il plus,depuis La Fontaine au moins,qu’une maison de retraite pour nos hommes politiques? Aller son train de sénateur, se hâter avec lenteur,voilà ce qui convient merveilleusement à l’assemblée. C’est fou ce qu’il y a d’anciens députés,d’anciens ministres sur ses bancs. Des ex de ceci,des ex de cela,des has been à bout de souffle,qui n’ont plus leur place ailleurs, mais attention notables encore , voire pairs de ceci ou de cela, qui connaissent les bons usages, comme mettre les bâtons dans les roues. A leur décharge,comme dans la fable,c’est la tortue au train de sénateur qui franchit devant le lièvre la ligne d’arrivée. Et cela a dû énerver plus d’un. C’est toujours ça de pris.

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  • Lévy Maurice

    Lévy Maurice

    02 octobre 2011 à 10:29 |
    Un premier signe avant-coureur d'espoir pour l'élection suivante.
    Le règne de Sarko serai-il sur sa fin ???
    Il faut y croire !!!

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  • Danielle Alloix

    Danielle Alloix

    01 octobre 2011 à 14:17 |
    Toute la question de ce" machin" honni par De Gaulle, est bien là : inscrire dans l'imaginaire politique des gens l'incontournable " sagesse - sic - des anciens"; l'arbre à palabres à la française; la lenteur, le tiède, le mou, aussi, déguisés en science politique de haut vol. On les a vus, ce dimanche soir - peureux devant l'arrivée des " racailles de banlieue?", un Hollande, une Aubry ! dire à qui voulait encore entendre " qu'au sénat, on ne fait pas de politique, on est dans l'échange d'idées" sic et encore sic.

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