Sulfureuses Lumières : du féminisme islamophobe au nouveau complot mondial

Ecrit par Jean-François Vincent le 19 mai 2012. dans La une, Actualité, Société

Sulfureuses Lumières : du féminisme islamophobe au nouveau complot mondial

L’extrême droite a changé : elle a abandonné la haine à visage découvert, l’antihumanisme avoué, la négation des droits de la personne ; elle a embrassé – du moins feint-elle de se présenter ainsi – les valeurs de progrès et de liberté pour lesquelles s’étaient battus les philosophes des Lumières…

Oui, mais dans quel but ? Les exemples hollandais, belges et français le montrent : il s’agit de mieux distiller la xénophobie.

Au Pays-Bas, le politicien Geert Wilders est à l’avant-garde du féminisme islamophobe. Son discours a les apparences de la pondération, puis, au cours d’une phrase, dérape dans l’excès. Ainsi déclarait-il sur le site Infonu.nl :

Islam-apologeten spiegelen niet-moslims vaak het beeld voor dat de vrouw in de islam heel veel rechten heeft en op gelijke voet staat met de man. Als we echter een blik werpen in de koran en de Hadith, dan rijst een heel ander beeld op. De vrouw in de islam is allesbehalve gelijkwaardig aan de man, alle propagandistische verhalen van islamverdedigers ten spijt. « Les thuriféraires de l’Islam renvoient souvent aux non-musulmans l’image d’une femme qui aurait des quantités de droits et serait sur un pied d’égalité avec l’homme.

Si par contre l’on jette véritablement un coup d’œil sur le Coran et les Hadith, c’est une tout autre image qui apparaît : la femme, dans l’Islam, est tout sauf égale à l’homme, n’en déplaise à la propagande des défenseurs de l’Islam ».

En Belgique, le Vlaams Belang, avatar du tristement célèbre Vlaamsblok, parti frère du Front National français publie sur son site, vlaamsbelang.org, des articles aux titres sans ambiguïtés :

Vrouwen vormen front tegen islamisering : « Les femmes forment un front contre l’islamisation ». Le reste est à l’avenant : De toenemende invloed van de islam op onze samenleving is in de eerste plaats een probleem van de vrouwen : « L’influence croissante de l’islam sur notre vivre ensemble est d’abord un problème pour les femmes ».

Au-delà de la dignité des femmes, il s’agit, pour eux d’une pseudo défense des libertés. La dernière affiche du Vlaams Belang clame crânement : Vrijheid of Islam : durven kiezen ! : « la liberté ou l’Islam, il faut choisir ». C’est bien une reprise de la lutte contre l’obscurantisme liberticide de la religion ; simplement celle-ci a changé : ce n’est plus le christianisme, c’est l’islam. À cela, s’ajoute le mythe de la religion complotant pour dominer le monde. Thème récurrent aussi bien dans l’Aufklärung du XVIIIème – les jésuites ! – que dans la littérature antisémite du XIXème (cf. Le protocole des sages de Sion). Dans son dernier livre – paru en anglais – Marked for death. Islam war against the world and me, « A mort, la guerre de l’Islam contre le monde et moi », Geert Wilders développe l’idée d’un complot islamique, destiné, dans un premier temps, à coloniser la vie quotidienne, puis à assoir sa domination politique :Islam is a religion who wants to rule the world est leitmotiv de l’ouvrage.

En sommes-nous si loin en France ? La polémique sur la viande Hallal s’inscrit dans la même perspective : petit à petit l’islamisation rampante se déploie de l’alimentation au leadership politique… N’établit-on pas un lien direct entre le Hallal et le vote des étrangers aux élections locales ?

Le processus est, dans tous les cas, le même : on part de concepts rationnels – l’égalité en droits, les libertés publiques, la laïcité – pour s’égarer dans la déraison : une tentative hégémonique du fait religieux visant à instaurer une sorte d’empire universel.

Que derrière ces théories du complot se dissimule – à peine ! – une haine à caractère racial, ne doit pas occulter le fait que l’on est en présence d’un véritable détournement : les instruments intellectuels d’émancipation de l’individu sont utilisés pour justifier un retour à son assujettissement. Justification d’un différentialisme, d’un « vivre à part » – le terme d’« apartheid » ne fait pas peur à Geert Wilders – la liberté, en son usage dévoyée, devenant elle-même liberticide car ségrégative. Cet accaparement des Lumières relève de l’abus de droits et d’une mauvaise foi (c’est le cas de le dire !) sans limites.

 

Jean-François Vincent

 

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Commentaires (1)

  • Danielle Alloix

    Danielle Alloix

    21 mai 2012 à 22:01 |
    Votre article est urgent à lire ; Le Nouvel Observateur de cette semaine publie une inquiétante carte pleine page , en rouge et carmin de l'Europe de l'extrême droite . Que de cris après notre 1er tour des présidentielles ; certains envisageaient l'exil ; M Le Pen n'était-elle pas à presque 18 ! mais qu'ils aillent donc méditer sur cette carte et lire votre article !! terrorisant, tout simplement : la maladie rampe et s'étend, proliférant sur la situation économique et les dégradations sociales, s'arrimant au délitement des sociétés et du lien social. L’Europe est touchée au nord comme au sud, populiste ou vraiment affichée fasciste ou nazie – 21 députés en Grèce pour les «  Aube dorée », donc, entrée dans le système parlementaire ; leaders écoutés se référant tous au «  renversement de la table », se voulant porteurs d'étranges lumières – vous le dîtes.
    Est il besoin de dire l'urgence de la vigilance, devant ces partis baptisés de noms qui interrogent : parti de la liberté ( P bas ) ; parti du peuple ( danois ) , ligue ( du nord),  vrais ( finlandais)... et même démocrates ( suédois) sans compter le parti du progrès de Breivik.

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