Tenir son rang

Ecrit par Mélisande le 17 novembre 2012. dans Monde, Racisme, xénophobie, La une, Actualité

Tenir son rang

Dans notre société blanche, propre sur elle, on peut encercler un maire qui a ouvert un espace officiel à quelques familles Roms, et provoquer, tout au long de son échine, la peur, peut-être la même que celle qui secouait l’auteur d’Un sac de billes, quand il affrontait, enfant, avec sa stigmatisation d’étoilé jaune, le regard de ceux dont il ne faisait soudainement plus partie, les autres, si jeunes, et déjà si spontanément haineux..

Il faut voir cette vidéo sur Le Monde.fr, et vite passer à quelques douceurs domestiques, sinon, il y a une forme d’inquiétude sourde qui monte, devant cette peste brune qui pointe un fantôme terrifiant car nourri par la haine sèche. Ce fantôme revient sur des ressorts rabâchés, faciles donc jouissifs : la haine de l’autre, rendu responsable de tous nos maux, et cette revendication colère, pour « être servi avant, devant », en tant que Blanc..

Mon Dieu, un jour, dans une mauvaise lumière qui éclairerait mal nos intentions, tout peut basculer, tout peut revenir. Ceux, les grands « Ceux » qui ont l’usage de la Parole, sacrée devant Dieu, n’en font usage – souvent – que pour leur gloire personnelle : ils alimentent sans fin une forme d’auto-érotisme, et sont devenus aveugles par paresse, les pieds bien chaussés, le ventre trop plein. Cette médiocrité de l’être repu dans la soie de ses atours provoque rarement un cri d’effroi devant la bassesse de nos sociétés occidentales et leurs chasses récurrentes, et meurtrières..

Mais il y a, par-delà le monde, encore des Hommes, des vrais, et des Femmes, des êtres qui ont une direction spirituelle et mentale en airain. Sur cette terre qui souffre d’une absence totale de dignité comme exigence suprême chez tous et chacun. Il y a par exemple : Juan Goytisolo, écrivain Catalan.., qui a refusé beaucoup d’argent – celui d’un prix littéraire –, au nom d’une éthique indérogeable, et puis Malala Yousafzaï, Pakistanaise qui a reçu une balle dans la tête à 14 ans, pour avoir critiqué et défié le pouvoir totalitaire des Talibans. Il y a aussi Nasrin Sotoudeh, une avocate démocrate Iranienne, qui fait une grève de la faim, et leurs visages effarés éclairent le monde, ils disent l’improbable succès d’un asservissement des êtres, sous la botte d’un pouvoir totalitaire, ils disent la Résistance, par-delà la peur de la mort.

Ces êtres sont notre lumière en ces temps brumeux d’absence de transcendance des bas instincts. Ils sont notre espoir quand la nuit menace.

 

Mélisande

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Commentaires (2)

  • Maurice Lévy

    Maurice Lévy

    20 novembre 2012 à 12:06 |
    J'appécie votre style qui dit les choses : c'en est presque poétique et le ton fragile, doux, celui d'un être qui pense aux autres, aux malheureux, touche bien plus que de savantes dissertations. Merci. M.L.

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    18 novembre 2012 à 07:48 |
    Vous avez, Mélisande, une vision manichéenne des êtres et des choses. Il y a les bons et les mauvais, les "vrais" hommes et les faux, les bourgeois, repus, nantis et racistes, et les immigrés, en particulier les Roms, comparés aux Juifs sous l'occupation...Que d'outrance!Que de raccourcis! La haine de l'autre est la chose la mieux partagée au monde; nul n'en exempt et, pour ainsi dire, immunisé : ni les non blancs, ni les non bourgeois, ni, semble-t-il...vous!,

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